108 - Cinquante nuances de gris
31 mars 2013 - Hodge’s Creek - Tortola
Si tu es raccord avec l’actualité littéraire, lecteur (après tout tu es un lecteur, ou une lectrice...) alors tu dois te dire que cet article devrait être interdit aux moins de 18 ans, puisqu’il emprunte son titre au best-seller du moment, qui est paraît-il extrêmement érotique, et aussi léger que la cuisse d’une fille de joie.
Mais, nous tu sais, on ne se prostitue pas, et c’est pas le genre de la maison de mettre de la fesse là où il n’y a pas lieu d’en mettre, juste pour racoler le lecteur.
La seule chose que tu verras nue dans ce blog, c’est la vérité !
Et la vérité, c’est que ce qui possède cinquante nuances de gris aujourd'hui, c’est le ciel sous lequel Kouunji traîne sa carcasse !
Au réveil déjà, il n’y avait rien de folichon : le temps était maussade, l’alizé était toujours aussi excité, et on s’est grouillés de mettre les bouts, pour aller traîner nos étraves vers des mouillages plus hospitaliers, et en tout cas plus jolis.
On a d’abord fait cap sur Fat Hog’s Bay, avec 25 noeuds aux fesses, et Kouunji, fidèle à lui-même, a tracé à 8 noeuds, trop content qu’il était de fendre les flots bleus... euh non... les flots gris !
Car, avec ce temps, tout est gris : le ciel, les flots, notre moral...
Fat Hog’s Bay est aussi accueillante que la cellule A342 de la prison des Baumettes, de sorte qu’on n’est pas arrivés qu’on est déjà repartis ! On pousse quelques encablures plus loin, à Hodge’s Creek, qui est très bien abritée.
C’est tout ce qu’on veut, car ça fait deux jours qu’on est ballottés, avec ce vent turbulent, et on est en quête de calme, de quiétude, voire même d’immobilisme !
On s’amarre à une bouée toute pourrie, mais qui fait son office, on n’en demande pas plus !
Direction terre pour trouver du Wi-Fi, sans succès. Pendant qu’on déjeune, à quelques mètres de Kouunji, un malheureux qui navigue sur un trawler (un catamaran à moteur) se gourre en sortant de la passe, et omet d’utiliser le chenal pourtant balisé par des bouées vertes et rouges tout ce qu’il y a de visible !
Bien que nous soyons à une centaine de mètres, on entend un sinistre “crwiick”, qui est l’onomatopée la plus adaptée pour décrire le bruit de la coque du pauvre gars qui frotte sur les récifs...
Il est échoué, et dans une très mauvaise posture.
Mais, la solidarité joue à plein, toutes les annexes disponibles se rendent sur place, et toutes les bonnes volontés s’unissent pour tirer le gars de ce - très - mauvais pas.
La volonté, parfois, ne suffit pas.
Arrive alors à la rescousse un bateau minuscule, mais doté d’un moteur de 200 bourrins, et en moins de temps qu’il n’en faut pour te l’écrire, il a tiré le trawler hors des hauts-fonds, ce qui doit certainement réjouir son propriétaire, qui avait déjà commencé à rédiger une déclaration de sinistre à son assureur !
Comme quoi, en bateau, il faut toujours se méfier de tout. Il y aurait eu une vilaine houle traversière, le gars voyait son bateau couler à dix mètres de la sortie du port !
Preuve que c’est pas forcément au large qu’il y a les plus grands dangers ! Un adage marin ne dit-il pas, d’ailleurs, que le danger est toujours à la côte ?
Eh, on le sait nous, on a traversé l’Atlantique !
Après avoir expédié nos nuggets de poulet et hamburger-frites respectifs (ah, la gastronomie des îles Vierges...!) on file en pedibus au supermarket le plus proche pour ravitailler la cambuse.
C’est dimanche, mais c’est open ! Cool...!
Bien nous a pris car, si on a bien compris la très serviable autochtone qui nous a parlé avec un accent impossible, il semble que demain, ce soit férié, peut être bien parce que c’est Pâques...
On ne sait pas trop, on est un peu déconnectés.
Ce n’est peut être pas plus mal, ça nous évite de ressentir avec trop d’acuité l’antipathie des “blacks” à notre égard qui est flagrante. La serveuse au resto, le blaireau dans sa bagnole qui s’arrête et nous klaxonne parce qu’on ne marche pas dans le fossé (!), au supermarket...
J’avais prévenu le pimousse de l’animosité des antillais envers les blancs. Certes, il ne faut pas généraliser, mais c’est vrai que le contact avec les locaux est ardu, pour ne pas dire inexistant.
On a beau être polis, souriants, affables, rien n’y fait : le local te fait clairement sentir que tu n’es pas à ta place ici, et que aurais mieux fait de rester chez toi plutôt que de venir polluer son oxygène.
Bref, c’est assez décourageant, et on a le triste sentiment que le rapprochement entre les peuples n’est pas gagné d’avance. C’est bien dommage...
Un p’tit texto au frangin pour lui souhaiter une bonne fête, et zou, nous voilà de retour à bord.
Au programme, glandouille, vu qu’avec ce temps, il n’y a rien à faire d’autre qu’attendre que ça passe...
Il serait temps... Parce que si on doit avoir le même temps qu’à Lille en permanence, on va rentrer naviguer en Mer du Nord !
Euh... mais bon... on n’en est pas là !