166 - Lassitude
27 mai 2013 - Canouan - Mayreau - Les Grenadines
Pour une fois lecteur, il n’y a pas de sens caché, et le titre exprime très exactement ce que nous ressentons après cette journée bien pourrie.
D’abord, le temps est gris, maussade, on a aperçu le soleil à partir de 17 heures... On a même presque froid... Pas glop...
Ensuite, le bruit assourdissant d’un groupe électrogène qui nous saoule depuis que nous sommes à Moustique ne cessera pas jusqu’à notre départ.
Lequel se fait de bon matin, après un solide petit déjeuner, et sans regret, puisque cette île, hormis une ambiance ultra décontractée, n’a rien à offrir de spécial, et, s’il n’y avait pas l’aura des stars qui y ont érigé leurs baraques à prix d’or, il est certain que la bouée coûterait moins cher...!
Et moins nombreux seraient les glands (dont nous sommes) qui désirent y faire escale !
Un vent favorable - enfin - nous incite à larguer notre code D, et c’est à allure très soutenue que nous joignons Canouan, l’île un peu plus au Sud sur la route des Tobago Cays, dont on dit qu’elle a du charme et offre des mouillages qui - sur les cartes postales - ont l’air extrêmement agréables.
On surfe dans des creux de 3 mètres, avec un vent qui atteint parfois 30 noeuds, mais c’est un régal, et on file à une vitesse vertigineuse, jusqu’à 10 noeuds dans les rafales...! Ca c’est du sport !
José aussi fait son sport, puisque peu après notre départ, il a mis à l’eau la canne à pêche, qui démarre en trombe au beau milieu du parcours.
Il faut bien reconnaître qu’il a mis toute son énergie pour lutter contre le poisson (sans doute un petit thon) qui a eu la bonne idée de mordre à l’hameçon, mais, comme on te l’a déjà écrit, le poisson a aussi sa chance, et pour le coup, nonobstant une demi heure d’efforts ininterrompus, José ne le sortira pas de l’eau.
Et pour cause : à l’issue d’une énième tentative du poisson pour décrocher, le fil casse ! Ce qui nous confirme ce que nous avons pensé au moment de voir le poisson sauter au loin, là-bas, dans le sillage de Kouunji : c’était une sacrée bestiasse !
C’est bien la première fois qu’on voit José aussi triste de ne pas avoir attrapé un thon...!
L’arrivée à Canouan se fait face à la base de Moorings, la gigantesque compagnie de location de bateaux, sur une bouée qu’un type nous aide à attraper en dépit de nos refus, mais il repart sans rien demander... Tiens...
Le pimousse et le capitaine filent faire quelques courses, tandis que José reste à bord pour préparer la popotte !
Notre sentiment à terre est assez désagréable. Bien sûr, les gens n’ont pas l’air agressifs, mais ils ne sont pas non plus particulièrement avenants, et surtout, on a l’impression d’avoir débarqué en Afrique où dans n’importe quel pays sous-développé.
On n’ose pas faire de photos du marché aux légumes, où on s’approvisionne en produits frais, à des prix sans doute réservés aux touristes... Soit... Mais nouvelle impression désagréable...
Le retour au bateau n’est pas mieux. On est en train de manger la délicieuse salade que José nous a mitonnée, quand le gars de la bouée revient réclamer son dû ! Mais pourquoi n’a-t-il pas précisé quand nous sommes arrivés que c’était payant ? Et bien, tout simplement pour être sûr d’encaisser quelque chose...
Après une discussion qui tourne rapidement au vinaigre, on lui file le quart de ce qu’il réclame, et on décampe ! De toute façon, il n’y a rien à voir ni à faire ici !
Cap sur Mayreau, et Salt Whistle Bay qui est la dernière étape “intermédiaire” avant le petit paradis supposé des Tobago Cays, mais Canouan devait aussi être un beau mouillage...
Le vent est encore bon, et on file à toute berzingue jusqu’au Nord de Mayreau, où nous jetons l’ancre (marre de se faire arnaquer avec des bouées) lorsqu’un type sur une coque de noix toute déglinguée vient nous proposer son aide pour qu’on s’amarre à une bouée - justement - qu’il veut nous vendre pour 60 $ la nuit !
Notre ancre gratuite, dans un mouillage abrité comme celui-là, fera très bien l’affaire !
Rituel dégourdissage de jambettes sur la plage, rituel p’tit coup à boire au bar de la plage, et rituel coup de massue au moment de l’addition : 60 $ E.C., soit 20 € pour une bière et deux jus de fruits !
Jusqu’à présent, Saint Vincent & Les Grenadines sont une grande source de déception : prix prohibitifs pour tout, arnaques incessantes, paysages médiocres, accueil déplorable, on est loin de ce que les loueurs de bateau te font miroiter dans leurs brochures publicitaires. Très loin...
Bref, on est un peu las et désabusés par cette ambiance mercantile omniprésente, et l’absence totale de chaleur humaine, de contacts, d’échanges. Pas moyen de lier connaissance, de faire des rencontres, les autochtones sont fermés et obnubilés par leur désir de nous soutirer autant de fric que possible.
Encore une fois, c’est de bonne guerre, et nous sommes incontestablement des privilégiés par rapport aux gens du coin.
Mais on doute que ce soit de cette façon là qu’ils amélioreront durablement leur situation.
C’est même tout l’inverse, car, si nous éditions un guide nautique, nous déconseillerions tout simplement aux navigateurs d’aller aux Antilles, à de rares exceptions près !
Heureusement, un coup du sort remet les compteurs à zéro en toute fin de journée.
Deux jeunes galèrent avec leur annexe à côté de Kouunji. Le pavillon de leur bateau, qui est jaune comme le Banana Split d’Antoine, nous indique qu’ils sont français. On échange quelques mots et une demi heure après, ils sont à bord pour l’apéro !
Clément et Sandra - ce sont leurs p’tits noms - nous expliquent plein de trucs, mais surtout qu’ils ont négocié sévère avec le gus qui tient un p’tit lolo sur la plage.
Ni une ni deux, on leur emboîte le pas, ce qui les réjouit d’autant plus qu’ils sont en rade avec leur annexe et qu’ils profitent de Mini-Kouunji !
Résultat, soirée super sympa et repas terrible (vivanneau grillé) pour trois francs six sous !
Voilà qui a de quoi nous réconcilier, au moins temporairement, avec les Antilles en général, et les Grenadines en particulier.