395 - Réconciliation de courte durée
26 janvier 2014 - Compass Cay - Exumas - Bahamas
Sous un soleil chaleureux, nous quittons notre mouillage, qui est sans conteste le plus beau de tous ceux que nous avons connus aux Bahamas depuis que nous y sommes.
Nous filons vers Compass Cay, mini archipel dont nos voisins canadiens nous disent que c’est “marvellous”, ce qui signifie merveilleux au cas où tu n’aurais toujours pas décidé d’apprendre la langue d’Obama.
En effet, notre guide nous dit que ça constitue “l’un des groupes d’îles les plus beaux et les plus diversifiés des Bahamas”... Mazette, ça va dépoter !
En cours de route, la grisaille nous tombe dessus, la pluie aussi, et après un slalom périlleux au milieu des patates de corail et des hauts fonds qui nous obligent à des détours fastidieux, nous touchons enfin au but.
Nous mouillons là où il y a une petite ancre sur les cartes, c’est le moyen le plus sûr de ne pas avoir de mauvaise surprise.
La mauvaise surprise, en revanche, est à terre. Tandis que le Pimousse se repose à bord, le capitaine part en éclaireur, chevauchant Mini-Kouunji de la même façon qu’Alexandre le Grand chevauchait Bucéphale !
Arrivé à la marina miniature, c’est le choc : un gars propose au capitaine de l’aider à s’amarrer.
Le capitaine, qui trouve ça étrange, décline l’offre avec un vaste sourire, baragouinant qu’il peut très bien se débrouiller tout seul pour faire un geste qu’un gamin de 10 ans pourrait faire aussi, et qu’il a accompli environ 478 fois et demi depuis le départ...
Le gars reste planté devant le capitaine, les bras croisés, et s’ensuit le discours ubuesque ci-après, que nous te traduisons derechef :
Gars : il y a un droit d’atterrissage de 10 $ par personne.
Capitaine : c’est une blague ?
Gars (sérieux à mort) : non !
Capitaine : je dois payer si je veux simplement mettre pied à terre ?
Gars (encore plus sérieux) : ouais !
Capitaine (soucieux du bien être du Pimousse) : vous vendez des cigarettes ?
Gars : non ! On n’a rien à vendre...
Capitaine : Ok... Y’a rien à voir, rien à faire, rien à acheter, mais il faut payer 10 $ pour accoster...?
Gars : ouais m’sieur !
Capitaine : ok... ben alors, je me casse...! Ciao...!
Nous constatons, comme nous l’ont judicieusement fait remarquer les Bohémiens, qu’il existe sans doute aux Bahamas un phénomène d’involution (dixit André Comte-Sponville), ce qui signifie que l’évolution... va à reculons.
Alors que, treize ans auparavant, il y avait un semblant de vie à cet endroit, c’est aujourd’hui une marina fantôme, sans commerce, sans resto, sans rien.
Bref, tu l’auras compris, on ne fera pas de vieux os ici... Dommage, on aurait volontiers fait connaissance avec les requins...!