460 - So what…?
12 avril 2014 - La Playita - Panama City - Panama
Lecteur, si tu es fan de jazz, ce titre évoquera nécessairement quelque chose dans ton esprit congestionné par les gaz d’échappement et le travail aliénant auquel ton patron te soumet.
Si tu ne l’es pas, on te recommande d’écouter à tout le moins la version de Miles Davis (un standard) et celle de Ronnie Jordan, la préférée du capitaine.
Pourquoi cette question (celle du titre), qu’on pourrait traduire par : et alors ?
L’heure est venue de déterminer notre programme des mois à venir. Galapagos ou pas Galapagos ? Et ensuite, Marquises ou Gambier ? Quid de la saison des cyclones, qui démarre en décembre dans le Pacifique ? Où va-t-on se mettre à l’abri ?
Alors, si ça t’intéresse, voici un petit cours de géo et de navigation en même temps. Munis toi d’une carte du Pacifique pour piger, ce sera plus simple !
On a opté pour un arrêt aux Galapagos. C’est unique, et on n’aura sans doute plus jamais l’opportunité dans notre vie d’y aller. Donc, on y va !
Le dilemme vient ensuite, avec les 3.000 milles nautiques qu’il faut parcourir (5.556 kilomètres !) pour rallier la destination suivante.
La première option classique et adoptée par une immense majorité de bateaux, est d’aller aux Marquises. De là, il suffit ensuite de passer au Nord des Tuamotus pour rejoindre Tahiti et les îles de la Société. On t’écrit ça en deux lignes, mais la plupart du temps, les bateaux le font en six mois...!
L’inconvénient majeur de cette alternative, c’est que tu te retrouves au beau milieu de la zone cyclonique pile poil au mauvais moment ! Ce qui n’est pas rien... n’importe quel assureur te le confirmerait.
La seconde option est moins usuelle, et consiste à descendre beaucoup plus au Sud, pour atterrir aux Gambier, un archipel méconnu mais que d’innombrables marins de légende ont tous visité, avec un bonheur inégalé.
L’avantage de cette seconde option est de permettre de remonter ensuite aux Marquises avec l’alizé de Sud Est qui porte, en croisant dans le Sud Est des Tuamotus, alors que le chemin inverse, des Marquises vers les Gambier, est impossible, compte tenu des conditions météo généralement rencontrées.
Et tu sais maintenant que c’est la météo qui commande...!
Une fois regagnées les Marquises, si chères à Jacques Brel, Gauguin et toute une tripotée de célébrités, tu peux d’abord laisser passer la saison des cyclones puisque tu es normalement dans une zone à l’écart des risques majeurs, et ensuite boucler la boucle du Pacifique en rejoignant Tahiti, en slalomant au Nord Ouest des Tuamotus, ce qui n’est pas la chose la plus désagréable à laquelle un marin soit soumis...
Tout nous incite donc à opter pour la seconde solution. Mais tu veux savoir le mot de la fin ?
Et bien c’est simple : le calendrier doit se munir d’une élasticité certaine, puisque la première option te fait arriver à Tahiti grosso modo en décembre. La seconde en juin... de l’année suivante !
Ce qui voudrait dire, si on opte pour cette solution qui a tous les avantages, que nous ne serions pas à Tahiti avant... juin 2015 !
Tu sais depuis que tu suis nos aventures que rien n’a plus vocation à changer que le programme de navigation établi depuis des années, et que tu commences à échafauder 15 ans avant d’avoir acheté ton bateau, quand, dans la froideur de l’hiver métropolitain, tu rêves de lagons et de tropiques.
La preuve ? Les 15 ans ont passé, et en effet, notre programme ne ressemble pas du tout à ce qu’on avait imaginé au départ.
Mais finalement, est-ce que ça ne serait pas ça, précisément, qui fait l’attrait d’un voyage au long cours ?
So what...?!
