540 - Le Bordelais avec les dauphins
28 décembre - Hanamoenoa - Tahuata - Iles Marquises
On te rassure lecteur, on ne va pas te raconter l’histoire d’un mec de Bordeaux qui se baigne avec les mammifères marins les plus sympas du monde.
On a déjà du mal à te narrer nos aventures, alors tu penses bien qu’on ne va pas se fatiguer à raconter celles des autres, ils n’ont qu’à le faire eux-mêmes !
Le Bordelais, c’est le canal du Bordelais, c’est à dire le canal qui sépare Hiva Oa de Tahuata.
On a décidé de retourner bronzer quelques jours dans l’île voisine d’Hiva Oa, et nous voilà partis, la bouche en coeur, car on va embouquer le canal dans le bon sens, c’est à dire avec le vent, le courant et la houle qui nous portent.
On préfère ça à l’inverse.
Sous foc seul, Kouunji surfe les vagues et caracole à 7 noeuds, alors que 15 petits noeuds nous poussent au cul. Cool !
C’est au moment où on déborde la pointe Papahava, au Sud de Hiva Oa que les dauphins arrivent. Ils sont une dizaine, et ont l’air de dire qu’ils feraient volontiers un p’tit bout de chemin avec nous.
Ok les gars, pas de problème !
S’ensuit une navigation pépère, au cours de laquelle Kouunji est encadré par les dauphins, comme s’ils voulaient nous éviter de nous échouer sur les côtes qui nous entourent.
Une légende de mer tenace veut en effet que, lorsqu’un danger est dans les parages, si des dauphins pointent leur nez, c’est pour montrer au navigateur la route à suivre.
Force est d’admettre que Kouunji, escorté comme il l’est, ne risque rien.
Une fois sortis du canal, les dauphins disparaissent comme par enchantement, un peu comme s’ils avaient mené à bien leur mission consistant à nous guider entre notre île de départ et notre île d’arrivée. Merci les gars !
Après midi détente, bien que le capitaine s’astreigne au nettoyage de la coque (étonnamment propre) et à la réparation de l’étrave bâbord. Notre entrée d’eau n’a pas encore été éradiquée, même si les choses se sont bien améliorées.
Mais un examen approfondi, dans une eau nettement plus claire que celle de Tahauku, révèle que la fissure enquiquineuse mesure 50 cm de plus que ce qu’on avait pensé au départ.
Ce qui nous fait tout de même une plaie dans la coque de près d’un mètre... Certes, elle est aussi fine que si on l’avait taillée au bistouri, mais tout de même...
Scrogneutedjeu...! Comment l’expert est-il passé à côté d’un truc pareil...? Ce gland a du croire que c’était une rayure du gel-coat, alors que c’est une porte d’entrée royale pour la flotte !
Surtout que lui a vu la coque à nu, depuis, on a remis une couche d’antifouling sur la fissure. C’est dire qu’on est rudement plus dégourdis que l’expert, puisqu’on voit sous l’eau et sous l’antifouling une fissure qu’il n’a pas été foutu de détecter à l’air libre et sans peinture !
On lui règlera son compte un de ces quatre, à ce zouave... En attendant, on savoure le calme, l’eau claire, et on se fait potes avec deux poissons coffre qui passent leur temps entre nos coques, tandis que le Taporo passe derrière Kouunji.
En Polynésie, tout le monde est sympa : les gens, les dauphins, et même les poissons ! Sauf les experts, évidemment...!
Et un bon anniversaire à André, qui fait pourtant partie de ceux qui, depuis deux ans, ne donnent jamais de nouvelles... André, enfoiré !