30 - Un requin, un chat, une tortue, un ours et...
Du vent ! Depuis le temps qu’on l’attendait, qu’on en rêvait même... Enfin il est arrivé !
Au matin, révision en grand du bateau, pour tout mettre en ordre avant le départ. Plein d’eau, de gasoil, etc...
Pour tout vous avouer, le pimousse trouve mille et un prétextes pour retarder ledit départ, et le capitaine n’est pas particulièrement enthousiaste non plus de reprendre la mer, et ce pour plusieurs raisons.
Primo, le temps n’est pas terrible, il fait gris, il fait frais, on a eu une petite averse après le p’tit déj.
Deuxio, avec ce qu’on s’est pris dans les dents les jours précédents (cf. les articles antérieurs), on est modérément emballés à l’idée de retrouver notre copine la Méditerranée et son caractère de chiotte !
Tercio, on redoute un peu une nouvelle tuile avec le bateau, même si nos pompes sont neuves et qu’on a fait tout ce qu’il fallait pour qu’un événement fortuit ne fortuite pas !
Comme souvent, l’expérience nous démontre que nos appréhensions sont injustifiées, puisqu’on va se faire ni plus ni moins que la plus belle navigation depuis notre départ...!
On quitte le port d’Alicante vers 11 heures, et une fois passés les feux, on hisse nos voiles, et, selon l’expression consacrée, on a “tout dessus”, c’est à dire qu’on porte toute la toile possible, puisque la mer est belle, très belle même, et le vent modéré.
Pendant quelques heures, on va se payer un luxe inouï : ne pas toucher à nos réglages et profiter du bateau qui surfe la petite houle avec bonheur. On avance bien, et le capitaine, fidèle à lui-même, se prend à rêver que ces conditions idylliques vont durer, et que dans moins de 48 heures, on sera à Gibraltar !
Youpi !
On contemple, tranquillement allongés à l’avant du bateau, en profitant de la douce chaleur du soleil qui nous aura accompagnés toute la journée, les nuages qui tapissent sporadiquement le ciel.
C’est comme s’il y avait avec nous plein de compagnons. On a passé un peu de notre temps avec un requin (qu’on vous a photographié, vous avez vu comme on pense à vous, hein ?), une tortue, Bianca, la petite chatte des Aristochats (Hector et Berlioz l’avaient laissé tomber), un ourson, et puis encore plein d’autres personnages qui naissaient et disparaissaient au gré des vents et de notre imagination.
Que c’est beau de naviguer au soleil, sur une mer paisible et un vent complice...
Enfin... La complicité n’a qu’un temps.
En fin d’après midi, on déborde le Capo Negrete, avec une houle contraire qui constitue le premier point noir météo de la journée. Mais Kouunji tient bon, on conserve presque notre cap, qui nous permettrait de faire route directe jusqu’à Almeria.
Si la mer était clémente aujourd’hui, c’est son inséparable compagnon qui a décidé de donner de la voix, et de dire haut et fort : “désolé les aventuriers, mais c’est fini !”
Enfin, il ne le clame pas si fort que ça, il vaudrait même mieux dire qu’il le chuchote, puisque les 20 noeuds auxquels nous étions habitués depuis le matin se transforment en 8 noeuds ridicules, qui ne feraient même pas avancer un optimiste !
Mais pire encore, on dirait que le vent a décidé de se payer notre tête, car avant de s’évaporer, il s’amuse à nous balancer des bourrasques à 30 noeuds dans la poire, pour nous contraindre à faire des manoeuvres finalement inutiles, histoire de faire une frayeur au pimousse...! Vilain vent !
Fort heureusement pour nos lecteurs assidus et fidèles, nous avons mis cette belle navigation à profit pour prendre quelques clichés des côtes que nous avons longé, et vous pourrez donc vous délecter d’un p’tit aperçu compilé spécialement pour vous...!
Après quoi, le vent nous ayant lâchement abandonné alors qu’on lui demandait seulement quelques heures de constance en plus, l’heure du choix fut venue : on poursuit au moteur, ou on trouve un abri ?
A cette question fondamentale, vous savez déjà répondre, puisque si le blog a été alimenté, c’est bien qu’on est allés se réfugier dans un port pour voir venir...!
Le port en question est celui de Carthagène. Ca a l’air très beau, mais on vous en dira plus quand on aura mis pied à terre...!
Vous noterez que, une fois encore, on a atterri de nuit, sur une côte inconnue, et qu’on s’est débrouillés comme des champions pour notre navigation qui s’est déroulée sans la moindre anicroche !
Voilà qui aura de quoi rassurer ceux qui se font du souci pour nous, qui sont beaucoup trop nombreux...!
Ne vous inquiétez pas, on vous dit : on est pru-dents !
Et aujourd’hui, on a pris un pied d’enfer !