103 - La carte et le territoire
26 mars 2013 - Anguilla Point - Virgin Gorda
Comme d’hab lecteur, le titre de cet article n’est pas le fruit du hasard. Bien au contraire...
Il est emprunté (mais on va le rendre...) à Michel Houellebecq, qui a ainsi intitulé son bouquin, celui-là même qui a obtenu le prix Goncourt en 2010.
En gros, l’une des idées de ce book, assez iconoclaste mais néanmoins plaisant et qu’on te recommande, c’est que la carte qui représente un territoire donné, si elle est photographiée ou mise en valeur de façon adéquate, est plus intéressante que le territoire lui-même...
Ca, si tu veux notre avis, c’est une idée d’intello parisien, et nous autres pauvres provinciaux qui sommes tellement éloignés de l’élite bien pensante, on ne peut pas comprendre. C’est trop subtil, sûrement...
On peut d’autant moins comprendre qu’on a essayé de mettre en pratique cette théorie savamment exposée. On a une jolie carte papier des côtes des îles Vierges, on a de surcroît une carte électronique des mêmes côtes.
Ces cartes nous suggéraient, ainsi que quelques brochures touristiques glanées au Tourism Office, de faire une halte à Savannah Bay, Trunk Bay, Point Bay...
Mais comme on te l’a déjà dit, de belles plages ne font pas forcément de bons mouillages. Tel est le cas de celles-ci qui, fort alléchantes sur le papier avec leur petit parasol, ne sont cependant pas très accueillantes.
Houellebecq aurait donc raison ? La carte vaudrait mieux que le territoire ?
Et bien non ! Car, continuant nos pérégrinations, on finit par dégoter un mouillage absolument :
- merveilleux
- paradisiaque
- idyllique
- fabuleux
- magnifique
- somptueux
On te laisse choisir l’adjectif que tu préfères, lecteur chéri !
Or, ce mouillage, qui, si tu en juges par les photos, est drôlement joli, ne figure même pas sur les cartes dont nous sommes dotés !
Alors, navré pour l’auteur des Particules Elémentaires, mais ta théorie ne vaut rien, Mister Houellebecq : parce que nous, on préfère de loin le territoire à la carte, a fortiori lorsque le territoire où nous nous trouvons ne figure même pas sur la carte !
D’ailleurs, à ce sujet, le début de journée aurait dû nous mettre la puce à l’oreille.
Très tôt ce morning, notre mouillage est à nouveau pris d’assaut par les bateaux, et - ce doit être la traversée de l’Atlantique qui nous a refilé ce syndrome - ça nous file de l’urticaire et une envie plus que pressante... de retrouver la solitude !
Comme la cuisine du bord est un peu restreinte, les produits frais ayant disparu dans nos estomacs gloutons, on décide de parfaire l’avitaillement en faisant une halte à Spanish Town, dans la baie de Saint Thomas, Spanish Town étant la capitale de Virgin Gorda.
Tu vas devenir incollable en géo grâce à nous, lecteur...!
Notre carte nous dit que les abords de Spanish Town ne sont guère faciles d’accès, mais bon... Une heure plus tard, après trois tentatives infructueuses pour mouiller l’ancre dans un mouchoir de poche, au milieu d’une nuée de bateaux et de récifs extrêmement peu fréquentables, nous remettons à plus tard l’approvisionnement.
Le pimousse, qui s’est payé une belle frayeur en voyant les récifs à un mètre de la coque, n’y voit pas d’inconvénient...!
C’est donc ainsi que nous nous retrouvons dans un coin méga tranquille, et que nous nous efforçons de maintenir tel quel.
Car figure toi, lecteur, qu’il n’y a rien de plus désagréable, quand tu t’es trouvé un p’tit endroit sympa, de voir 5 minutes plus tard tous les blaireaux des States se radiner pour polluer ton espace !
Alors, comme on essaye de faire fonctionner nos neurones, on a mis au point une stratégie, qu’on va s’empresser de t’exposer, sans quoi tu nous traiterais d’auteurs à la manque, ce en quoi tu aurais parfaitement raison !
Comme les Ricains sont - c’est un cliché certes, mais un peu vrai quand même - très puritains, on s’est dit que le meilleur moyen de les tenir éloignés de nous, ce serait de se balader à poil sur le bateau quand l’un d’entre eux arrive à proximité.
Après tout, on est au milieu de nulle part, le capitaine a quand même le droit de s’aérer les précieuses, et le pimousse à lui aussi le droit de se ventiler la tirelire !
Et bien figure toi, lecteur habillé, que cette technique fonctionne à merveille ! Dès que les Amerlocks pigent qu’on est en tenue d’Adam et Eve, ils renoncent aussitôt à venir jeter l’ancre dans notre espace vital, du coup on reste peinards dans notre paradis, et ça c’est du grand luxe !
A midi, on achève le jambon de Marie Laure et Christophe (qui aura tenu presque trois mois...) et on l’accompagne de bananes légume sautées... Miam...! Un délice !
Toutes ces vitamines, ça nous file une patate d’enfer ! Alors on va se dépenser, et pour ça, rien de mieux que d’aller se dégourdir les palmes dans le bleu joli que tu voudrais le même !
On s’éclate une nouvelle fois, dans un magnifique jardin corallien, et on file la trouille à une limande qui, ce n’est pas une légende, est plate... comme une limande !
On en profite pour faire marcher la boîte à images, une fois nos pieds dépalmés posés sur le sable blanc de Mosquito Island, afin de t’en refiler un max, histoire d’agrémenter ce blog qui serait bien pauvre s’il n’y avait que les conneries qu’on raconte !
Puis, en fin de journée, décision est prise par le capitaine d’aller juste un peu plus loin, car notre mouillage est exposé, dans une zone de passage où les locaux foncent dangereusement, et on aimerait autant ne pas se faire éperonner par un gougnafier pendant qu’on pionce !
Surabondamment, on aimerait bien se faire un bon p’tit resto... Enfin, le capitaine et son appétit d’ogre, surtout...
Seulement, une fois passé Anguilla Point, la déconvenue est cruelle... Certes, notre carte nous indique de nombreux mouillages dans toute la baie, un magnifique espace encadré par Virgin Gorda, Mosquito Island et Prickly Pear Island.
Le problème, c’est que... c’est overbooké !!
Il y a plus d’Amerlocks au mètre carré ici qu’en plein centre de Manhattan ! Une nuée de bateaux, amarrés devant tous les endroits sympas, et pas un espace où poser Kouunji pour la nuit... Sacrebleu, keskonvafère ?
On slalome au milieu des bateaux, et finalement, la chance nous sourit, puisque, tout au fond de la baie, à l’abri du vent, de la houle, du bruit et des Ricains en short qui picolent, on s’amarre à la toute dernière bouée disponible.
Car ici, pas question de jeter l’ancre, les fonds sont trop profonds, donc le mot d’ordre, c’est : trouve une bouée ou vas t’en !
Ouf, il en restait une... Et le plus génial, c'est qu'on a le WiFi à bord !