105 - En attendant Godot ? Non... Anegada !
28 mars 2013 - Necker Island - Eustatia Island
Anegada... Ce seul nom a fait rêver le capitaine pendant des années. Ca fait sacrément exotique, tu ne trouves pas ?
Seulement, comme nous ambitionnons de réaliser la croisière la plus peinarde de toute l’histoire de la navigation, on se dit que, pour parcourir les 20 milles nautiques qui nous séparent encore de cet éden (supposé) de la voile, mieux vaut y aller tranquille et faire ça par étapes...!
C’est pourquoi, au sortir de Biras Creek, nous contournons Saba Rock, et faisons cap en premier lieu sur Necker Island, au Nord de Virgin Gorda.
Les fonds sont peu profonds et nous obligent à une navigation très vigilante, puisque des récifs à fleur d’eau émaillent notre parcours d’embûches à éviter absolument, sans quoi nous transformerions Kouunji en sous-marin, ce qui n’est pas sa vocation première.
Alors on fait gaffe ! Le pimousse reste à l’avant, et signale avec des gestes précis et codifiés au capitaine resté à la barre les dangers qui apparaissent au fil de notre avancée.
Le tandem fonctionne bien, puisqu’après une navigation aussi courte qu’agréable, nous jetons l’ancre dans deux mètres d’eau translucide, dont le bleu turquoise n’a rien à envier aux autres bleus turquoise que nous avons rencontré précédemment.
Pas de jaloux chez les turquoises !
Nous mouillons pile poil là où nos cartes nous suggèrent de le faire, précisément à Devil Hill Bay, ce qui, pour ceux qui ne sont pas familiarisés avec l’english (faudrait songer à s’y mettre...), correspond en français bien de chez nous à la Baie de la Colline du Diable.
C’est à quelques encablures seulement d’un minuscule îlot de sable blanc, surmonté de... faux palmiers !
Cet artifice, à la fois drôle et pathétique, illustre en réalité ce qu’est ce mouillage : une tromperie.
Même si nous savourons les délices d’une bonne baignade et apercevons par le travers deux tortues qui pataugent gaiement, la houle est gênante, et trois bateaux ne cessent de faire la navette entre un ponton assez proche et Virgin Gorda.
Sans compter qu’à peine posés, un bateau autrichien (y’a la mer, en Autriche...?!) vient se coller à nous... Grrr...
Ca bouge, notre ancre dérape, car le bateau refuse de se mettre nez au vent (on n’a toujours pas compris pourquoi) et reste travers à la houle.
On remet les moteurs en route pour remédier à tout ça, et c’est à cet instant que l’amarre de l’annexe décide d’aller nouer des liens étroits avec l’hélice de Yanmar 1, celui qui est monté à tribord...
Scrogneutedjeu...! Le capitaine plonge illico pour aller désemberlificoter tout ça, et fort heureusement il n’y a pas de dégâts, si ce n’est que l’amarre a un peu souffert. On la raccourcira, c’est pas grave !
Après un repas frugal rapidement expédié, on décide de lever l’ancre, bien que l’autrichien nous ait finalement laissés tranquilles, pour revenir sur nos pas, vers Eustatia Island, au large de laquelle nous avons repéré ce matin un coin très sympa, mais qu’un gigantesque catamaran occupait déjà.
Comme nous nous abstenons de faire ce que nous reprochons aux autres, nous avons passé notre chemin, mais maintenant que c’est libre, on ne va pas se priver !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Cette fois le mouillage est calme, abrité, et inaccessible aux autres bateaux, car les fonds - précisément - n’en sont pas : il y a 50 centimètres d’eau sous les coques de Kouunji !
Autant te dire qu’à part un catamaran, personne ne peut venir mouiller ici ! La preuve, tous les autres bateaux (des monocoques) restent prudemment en retrait. Ils ont deux fois raison, puisque ça préserve leurs oeuvres vives et notre tranquillité ! Tout le monde est content !
La chaleur écrasante nous impose de refaire trempette sous peine de mourir carbonisés, et comme on tient à la vie, on se paye une virée dans le gigantesque aquarium des îles Vierges pour admirer une fois encore des tas de petits poissons qui frayent entre coraux multicolores, herbier clairsemé et gorgones magenta.
C’est beau, très beau même, et on ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas avoir d’appareil photo étanche pour partager ça avec toi, lecteur resté au sec !
Mais au moins, on te laisse savourer le spectacle qu’il y a en surface.
C’est déjà pas mal, non ?
On te concède, lecteur exigeant, que les photos se suivent et se ressemblent.
Il se trouve que les paysages antillais n’ont pas grand chose à offrir de plus. Il serait néanmoins incongru de faire les difficiles, puisque nous vivons 24 heures sur 24 dans une carte postale...
Et nous, les cartes postales, on préfère être à l’intérieur que de les recevoir sous un ciel gris, par temps froid !
Qui plus, et c’est sans doute cela le grand luxe, nous changeons tous les jours de carte postale.
Ce qui pourrait donc paraître répétitif ne l’est nullement, puisque, jour après jour, notre environnement change, les paysages changent, les lumières changent, les ambiances changent, et il suffit de changer de mouillage, comme aujourd’hui, pour être dans un tout autre état d’esprit.
C’est d’ailleurs tout le charme des voyages itinérants, ceux qui ne sont pas planifiés, et au cours desquels chaque jour te réserve son lot de surprises. Ce sera un poisson incroyable (tu as déjà vu sauter une raie hors de l’eau, toi ?), un mouillage parfait (tu te rappelles Sandy Spit ou Anguilla Point ?), ou tout simplement un abri idéal pour faire une pause (comme hier...).
Bref, les yeux et l’esprit grand ouverts, nous poursuivons nos pérégrinations aquatico-marino-terrestres, qui nous séduisent chaque jour davantage, et ce pour une raison essentielle qu’il ne faut jamais perdre de vue : on est libres !