114 - De nouveaux boat-potes
5 avril 2013 - Nanny Cay - Road Town - Tortola
Cette journée devait être une journée de transition, sans rien de particulier.
Mais la vie, tu le sais comme nous lecteur, réserve toujours des surprises, aux moments où on s’y attend le moins. Ce qui est presque un pléonasme, puisque si tu t’y attends, ce n’est évidemment plus une surprise...
Après cette réflexion d’une intelligence rare (...) on te présente nos nouveaux boat-potes : Cécile et Arnaud.
Hier en arrivant à Nanny Cay, on galérait un peu pour trouver une place (tu m’étonnes, il n’en restait qu’une !), et, avisant le pavillon français qui flottait sur leur bateau, on leur demande les infos qui vont bien.
Une fois à quai et solidement amarrés, comme on est bien élevés, on est allés leur dire merci et tailler une bavette.
Ils étaient en plein rafistolage de leur annexe, on a par conséquent remis ça à ce matin. Bien qu’ils rafistolaient encore leur annexe, on a pris l’apéro, et on s’est raconté nos vies, nos aventures de navigateurs, et tutti quanti.
Après une vie mouvementée et une première liaison (lui bourlingue sous les tropiques depuis des lustres, elle est une ancienne du Cirque du Soleil), ils se sont retrouvés après des années et des années (c’est trop romantique, on croirait un film à la guimauve avec Meg Ryan...!) et ne se quittent plus.
Ils font du charter sur un Bahia 46 (un Fountaine Pajot), et trimballent les touristes qui viennent aux Caraïbes chercher du soleil, du dépaysement, de la détente, des flots bleus jolis, des plages désertes, du rhum accommodé de toutes les façons possibles et imaginables, ou n’importe quoi d’autre qu’ils n’ont pas chez eux, et qu’ils sont susceptibles de trouver sous ces latitudes !
Leur site, parce que nous on fait la promo des gens qu’on aime bien, c’est : arawak-croisieres.com
Alors si des fois il te prend l’envie de naviguer comme nous, mais sans nous lecteur, on te recommande nos boat-potes, ils sont super sympas !
On avait un peu honte de raconter que notre périple à nous, c’est que de la détente, mais on s’est promis de se retrouver à Saint Martin, une fois qu’ils en auront fini avec leurs clients ! Ca va être cool !
Après une navigation express vers Road Town, tout au moteur avec un alizé bien établi mais pile poil face à notre proue, nous allons mouiller tout au fond de la baie, et nous grouillons d’aller aux douanes faire la “clearance”.
Alors ça, il faut qu’on t’explique, lecteur, c’est une des grandes joies des navigateurs qui visitent pléthore de pays.
Quand tu arrives dans une île, tu vas faire coucou à un douanier et à son copain de l’immigration, avec un beau sourire, et tu leur dit grosso modo que t’es là, que tu voudrais bien rester le temps qu’il faut, et que tu ne sais pas quand tu vas repartir.
Alors le douanier et son homologue de l’immigration te tamponnent plein de papiers (le tampon est un truc universel), avec une ferveur quasi hypnotique, ils tamponnent aussi tes passeports, et puis ils t’ont oublié à peine le seuil de leur bureau franchi.
Mais quand tu pars de leur île, il faut retourner voir le même douanier et le même homologue de l’immigration, et collecter à nouveau les précieux tampons.
Si t’as de la chance, ce ne sont pas les mêmes et ça te fait une jolie collec’ sur ton passeport.
Ils en profitent pour te faire payer (payer pour partir, c’est fort, ça, hein ?!), mais c’est le moment fatidique auquel tu dois absolument penser à te faire délivrer ta “clearance”, c’est à dire un papier (décidément !) qui dit en substance que t’es un marin au-dessus de tout soupçon, bien sous tous rapports, que t’as ni arme, ni drogue, ni morpions à bord, et que par conséquent, le douanier et le mec de l’immigration de la prochaine île où tu vas accoster peuvent t’accueillir à bras ouverts, et te proposer leur fille (ou leur fils) en mariage...
Et ça vaut son pesant de cacahuètes, car sans “clearance”, tu peux te brosser pour qu’un douanier anglo-saxon t’accepte dans ses eaux territoriales. Tu sera rejeté comme un malpropre, un chien galeux, un moins que rien, un mécréant, un rat pestiféré, un va-nu-pieds, un clochard, un vagabond, que tu deviendras nécessairement puisqu’on ne voudra de toi nulle part !
On exhibera donc fièrement au prochain douanier auquel on aura à faire non pas nos parties génitales, ce qui serait déplacé, mais notre “clearance” dûment tamponnée (eh oui !) par notre douanier du jour !
Il est 16 heures quand on a achevé la paperasse, on a l’estomac dans les talons, on file par conséquent dans le plus proche resto, qui a l’air mignon tout plein, et qui est tenu par... un français !
On sympathise avec le boss, prénommé Walter, qui nous offre le digestif (!), et on finit l’après midi tranquilles, avec un soleil de plomb qui tape sur Kouunji comme un maréchal-ferrant tape sur son enclume ! Fort ! Très fort !
Vivement qu’on navigue, on crève de chaud !
A bord, on fait la liste de tout ce qu’il faudra revoir à Saint Martin, et ça nous donne l’occasion de fignoler quelques babioles, mais globalement, il n’y a pas grand chose à faire, Kouunji se porte comme un charme !
Tant mieux, et... pourvu que ça dure !
Ah oui... il faut qu’on te raconte ça, lecteur. On est ancrés au fond de la baie de Road Town, dans l’endroit le plus reculé qui soit, dans la mangrove, parce qu’on voulait du calme et de la tranquillité.
Effectivement, l’eau est aussi lisse que le crâne de Kojak, et l’alizé nous rafraîchit juste comme il faut. Sauf qu’à 500 mètres, il y a une église. Et le vendredi soir, aux Vierges, y’a messe. Mais une messe pas comme chez nous.
Ici, la sono à fond, ça chante non pas du gospel (ce serait tolérable), mais des trucs imbuvables, où ça parle de Lord, de Djizuss (c’est comme ça qu’il disent Jésus ici) et le gars qui fait son sermon le fait avec les tripes, et gueule dans son micro comme si sa vie et celle de ses ouailles en dépendait.
Il y a de la frénésie dans l’air, le gars semble possédé, sa voix est gutturale, presque surnaturelle, on dirait un commentateur de foot brésilien qui relate une action dans la surface de réparation et le but qui s’ensuit ! Ou bien qu’un sacrifice vaudou se prépare et qu’on va égorger quelques poulets...!
Il y a un écho de tous les diables, euh pardon... du tonnerre de Dieu, et on dirait que les paroles du pasteur descendent tout droit du ciel !
Le souci, c’est que ça dure trois heures ! Il nous fout la tête comme un compteur !
Si on peut se permettre un conseil, il serait bon qu’on en finisse avec les bondieuseries, et qu’on s’attache à être humain, tout simplement, avec ce que ça suppose de gentillesse, de bonté, de respect, de générosité et d’altruisme.
Pas besoin d’église pour ça, si ?