133 - C'est quand qu'on se baigne ?
24 avril 2013 - Carlisle Bay - Antigua
Voilà encore un des paradoxes du voyage en bateau.
Sous l’apparente décontraction d’un périple où tout coule de source, et placé sous le signe du farniente et du laisser aller, se dissimule en fait un sacré paquet de contraintes.
Supporter la chaleur en fait partie.
Alors, bien sûr, il est indécent d’écrire ça pendant que toi, lecteur, tu te cailles les noix dans cet hiver qui n’en finit plus de ne pas finir (c’est un créolisme, ou néologisme créole, comme tu préfères...), mais c’est hélas une réalité.
Alors, nous rétorqueras tu avec cet esprit perspicace qui te caractérise, on n’a qu’à se baigner, vu qu’on passe les 9/10èmes de notre temps sur l’eau...
Et bien, c’est à notre tour de te rétorquer que, finalement, ce n’est pas si simple de se baigner...
Non lecteur, nous ne sommes pas tombés sur la tête, et le soleil des tropiques ne nous a pas cramé les derniers neurones qu’il nous reste, c’est juste que, dans l’emploi du temps du tourdumondiste, le bain de mer, c’est également un luxe !
Plutôt que d’essayer de te convaincre de cette énorme énormité, on te livre les faits objectivement, et notre emploi du temps de cette dernière semaine, bruts de décoffrage, et tu en penses ce que tu veux.
Jeudi : c’était le dernier jour de Sylvie, on n’allait pas se baigner sous ses yeux pleins de larmes, quand même ?
Vendredi : Y’avait dentiste et corvées diverses
Samedi : on est allé faire du shopping à Philipsburg
Dimanche : on s’est occupé du linge et avons crapahuté au Fort Louis et l’eau à la sortie du port n’est pas terrible
Lundi (avant hier) : on était au mouillage dans English Harbour, après la traversée depuis Saint Martin, et l’eau est saumâtre, puisque c’est la mangrove
Mardi (hier) : il faisait pas beau, et l’eau était trop froide, seulement à 26°...
Bref, si tu as bien compté, lecteur, voilà qu’on attaquait le septième jour sans avoir trempé un orteil dans la Mer des Caraïbes, nonobstant ses bleus admirables et sa température pourtant si douce...
Un comble, non ?
Alors, on a remédié à ça, et après avoir quitté English Harbour, fait nos pleins et laissé derrière nous l’héritage culturel et historique du grand Horatio Nelson, une brève et agréable navigation d’une heure et demi nous a mené à Carlisle Bay, qui a tout du mouillage parfait : beau, abrité, et quasi désert !
Ce qui nous donne l’occasion de nous baigner (enfin), de nous balader sur une plage somptueuse, et de nous faire enfler au bar du coin, qui nous facture 23 $ US un ti’ punch et un jus de fruit...!
Ils nous ont sûrement pris pour des Américains !
On s’en remettra, mais tout de même... Où qu’il aille et en quelque pays qu’il se trouve, le touriste reste une source intarissable d’enrichissement et une cible privilégiée de la cupidité humaine...!
Réjouis toi lecteur, puisque grâce à nous tu voyages gratos et sans te faire arnaquer...! Quelle chance tu as...!
La fin de journée est on ne peut plus sereine, et nous retrouvons là un des attraits principaux de notre périple : la quiétude.
Quoi de plus agréable que de savourer le temps qui passe, au milieu de nulle part, dans un cadre enchanteur, sans avoir besoin de bouger ni de faire quoi que ce soit pour être mieux.
Ainsi sommes nous bercés de l'illusion, au moins pour ce soir, que rien ne peut nous atteindre.
Au fond, ce doit être ça, le bonheur : jouir d’une paix totale...