135 - Fausse bonne idée
26 avril 2013 - Saint John - Deep Bay - Antigua
On ne peut pas avoir le cul bordé de nouilles tous les jours.
Même aux îles Vierges, qui rassemblent une concentration hors du commun de mouillages paradisiaques, il nous est arrivé de passer un jour ou deux dans des endroits qui ne méritaient pas vraiment le déplacement.
Tel est le cas de notre périple du jour.
Même si, quand on s’est réveillés, on a pris du bleu plein les yeux ! Admire...
Au petit matin, on a nettoyé en grand notre fidèle Kouunji, parce qu’à force d’aller sur la plage et à terre, on ramène un tas de cochonneries qui finissent par s’accumuler, ça nous déplait et ça fait mauvais genre.
Et puis on a un rang à tenir : les français sont réputés pour être élégants, alors il n’est pas question d’avoir un bateau de clochard tant que le drapeau tricolore flottera à la poupe !
En plus on est dans une île anglophone, on ne va pas donner l’occasion aux Rosbifs de pouvoir nous critiquer...!
Une fois que Kouunji est aussi clinquant que Buckingham Palace, on met les bouts, direction Saint John, qui - on te l’apprend sans doute - est la capitale d’Antigua.
Cela, nous le savons parce que c’est le seul bled de l’île où il y a un Kentucky Fried Chicken et un Burger King...! C’est donc indéniablement la capitale !
On longe de très belles plages, notamment Galley Bay et Deep Bay, en se promettant d’aller y mouiller nos étraves dès que possible.
Et, comme tu vas le voir quelques lignes plus bas, lecteur impatient, le “dès que possible” va survenir beaucoup plus vite que prévu.
En effet, arrivés à Saint John, on emprunte le chenal balisé (à 0% d’intérêts...!) qui nous mène au fond de la baie en toute sécurité. Notre cartographie nous indique qu’il y a là deux mouillages tout près du coeur de la ville, ce qui est idéal pour les piétons que nous sommes une fois à terre.
Alors que nous approchons, nous scrutons avec nos yeux désormais habitués la rive, afin d’y déceler LE signe annonciateur du mouillage recherché : les mâts des autres bateaux qui dépassent...
Mais de mâts nous ne trouvons point. Quelle aubaine, pensons-nous, on va être tout seuls, tranquilles...
C’est sûr que dans un endroit aussi pourri, on ne pouvait être que seuls et tranquilles ! Mamma mia, que ça pue ici !
Le mouillage est en fait un renfoncement dans la mangrove, avec seulement deux mètres de fond, une eau qui stagne, après avoir recueilli toutes les eaux usées de la ville, non sans oublier les immeubles délabrés qui bordent la côte.
On jette l’ancre, et on se dégrouille de filer à terre, pour visiter la capitale ! Et puis on a les crocs, or on préfère ne pas manger à bord, d’abord parce que les odeurs nous couperaient l’appétit (qu’on a pourtant solide !), et ensuite parce qu’on craint de mourir carbonisés, vu qu’il n’y a pas un souffle d’air !
A terre, ça n’est guère mieux. La chaleur nous fait suffoquer, il doit faire au moins 35°, et pas un soupçon d’ombre où abriter nos carcasses.
Nos pérégrinations dans le bourg typiquement antillais (rues sales, immeubles vétustes, bagnoles dernier cri...) nous conduisent vers un charmant petit resto qui joue la “french touch”, puisque le mari de la patronne est un gars de La Roche Sur Yon !
Ca, c’est pas écrit sur la devanture, mais la tenancière est drôlement fière de nous l’annoncer quand elle comprend qu’on est des compatriotes de son jules !
Manger, Wi-Fi, puis on repart à la découverte de Saint John.
Maintenant que notre visite est terminée, on peut l’affirmer : ça n’a aucun intérêt !
On a bien été jusqu’à la cathédrale histoire de dire qu’on a vu le seul et unique monument de l’île, mais la pauvre est dans un tel état de délabrement que ça fait mal au coeur, et il n’est même pas possible d’entrer à l’intérieur (ici ils disent inside !) parce que ce n’est pas le ciel qui risque de te tomber sur la tête, mais le plafond.
Ce qui est une perspective moyennement enthousiasmante...!
Bref, on est à terre depuis moins de deux heures, et il ne nous tarde qu’un seul truc : nous casser vite fait !
Ce qui est le cas une demi-heure plus tard ! On a regagné Kouunji, et on vogue à toute berzingue vers un lieu qui soit plus hospitalier, ce qui n’est pas difficile à trouver, parce que tout le reste d’Antigua doit être plus sympa que sa capitale !
On réussit quand même l’exploit - le mot n’est pas trop fort - de te basculer sur ce fichu blog des photos qui pourraient presque nous faire passer pour des menteurs...!
Mais une photo, c’est très trompeur...!
Quelques milles plus loin, on jette l’ancre dans la très agréable baie dénommée Deep Bay, qui a la particularité d’héberger, en plein milieu du mouillage, l’épave d’un bateau qui dépasse de quelques centimètres le niveau de l’eau...!
Il faut faire gaffe, sans quoi tu te retrouves à devenir épave toi-même, mais, une fois contourné l’obstacle, c’est calme, c’est beau, et on a la plage juste devant nous, rien que pour nous ! T’as qu’à voir !