141 - Consternation
2 mai 2013 - Ilet Caret - Guadeloupe
Remuer les souvenirs, ce n’est jamais bon... Confronter les souvenirs, qu’on a la fâcheuse tendance d’embellir avec le temps, avec la réalité, c’est encore moins bien.
Rappelle toi, lecteur, un endroit, n’importe lequel, de ton enfance, ou de ta jeunesse, un lieu par exemple où tu aimais passer du temps, aller en vacances, un lieu qui laisse en toi une impression diffuse de légèreté, un lieu que ta mémoire a érigé en temple, et qui restera éternellement, dans ton souvenir, le siège privilégié d’instants fugaces de bonheur, d’instants qui t’ont marqué, et qui resteront gravés en toi jusqu’à ta mort.
Ca y est, tu l’as, le lieu ? Bon... et bien tu veux un conseil ? Surtout, n’y retourne pas !
Parce que le capitaine vient de vivre l’expérience, il a manqué de se suicider par overdose, en engloutissant les 4 pots de Nutella qu’on a à bord, tellement il était triste de voir ce qu’est devenu l’îlet Caret.
Caret, (prononcer “karette”), c’est l’un des tous premiers endroits ou “Papa Dom”, son ancien patron, l’avait emmené faire un tour de bateau alors qu’il venait d’emménager en Guadeloupe.
Caret, c’est là que le capitaine a fait ses premières plongées, on y trouvait des lambis, des dollars des sables, pléthore de poissons magnifiques et c’est là que, jadis, le capitaine avait fait cette pêche miraculeuse de 55 langoustes attrapées en quelques heures...!
Caret, c’est une sorte d’icône, une île miniature, faite de sable blanc, surmontée de quelques palmiers, baignant dans une eau bleue turquoise, au milieu de nulle part, qui était le sujet de prédilection des cartes postales locales.
Et bien Caret, aujourd’hui, c’est ça !
Si les photos ne suffisent pas, on te décrit plus en détail : l’eau est verdâtre, répugnante, les algues ont envahi les fonds, on ne voit plus rien ou presque quand on plonge, des abrutis ont pris l’îlet comme point de départ pour leurs raids en scooter des mers, bref, c’est une calamité !
C’est surtout la transformation des fonds qui laisse pantois : les eaux translucides et le sable blanc immaculé ont laissé place à une bouillasse qui ressemble à une sortie d’égouts ! Beurk ! Beurk ! Beurk !
C’est tellement écoeurant cette eau que, malgré la chaleur (il doit faire au moins 35°), on n’ose même pas aller se baigner...!
La journée avait pourtant bien commencé... Le capitaine, debout à 5 heures du mat’, était à pied d’oeuvre pour enfin trouver une soluce afin de fixer l’annexe sous la plage arrière du bateau.
Tu connais le capitaine, hein ? Quand il a décidé un truc... il est un peu comme un pitbull (mais en plus gentil, quand même..), il ne lâche pas !
Bref, il a trouvé, et ça lecteur, tu vois, c’est super cool, parce que ça nous permet enfin de trimballer notre annexe sans problème, laquelle cessera d’encombrer le trampoline ou la plage arrière durant la navigation.
Youpi !
Comme on a fait l’effort de se lever tôt pour profiter des dernières heures de vent favorable avant que la bascule annoncée par la météo survienne, le vent (pour une fois) récompense cet effort louable, et au lieu de tout avoir en pleine poire, on est au près, serré certes, mais on avance tout de même à 7 noeuds, ce qui est carrément bien !
On a avalé les 40 milles séparant la Guadeloupe d’Antigua en 6 petites heures, et tout aurait été parfait si Caret ne s’était pas transformé en vilain mouillage tout-pourri-pas-glop !
Du coup, le programme évolue : nous qui aurions volontiers glandé ici au moins une journée, on lève l’ancre après avoir mangé, et on file jusqu’à la jonction des deux parties de l’île, Grande Terre et Basse Terre.
Pour cela, on commence par slalomer dans le Grand Cul de Sac Marin, qui est semé d’embûches, et dans lequel on ne se serait pas aventurés si le capitaine n’avait pas déjà navigué sur ces eaux inhospitalières.
Et puis, t’as vu cette météo pourrie ?
Puis, avec le capitaine à la barre (t’as vu ces abdos, hein...?!) on remonte ensuite la Rivière Salée, qui a son charme, mais là encore, tout est relatif...
L’eau est marron, il y a plein de mousse en surface, ça sent mauvais, on est juste à côté de l’aéroport, les moustiques pullulent, nous sommes contraints de mouiller au pied du pont, on a donc un défilé permanent de bagnoles qui fait un boucan d’enfer, tout ça pour attendre l’ouverture du pont qui se fait tous les matins à 5 heures.
On n’a pas d’autre alternative que de mouiller à cet endroit... assurément le pire mouillage qu’on n’ait jamais eu depuis notre départ...!
L’avantage, c’est qu’on prendra le p’tit déj à Pointe à Pitre !
Mais tout de même : quelle tristesse que le Grand Cul de Sac Marin ait été envahi par les algues comme ça... L’endroit, jadis paradisiaque, est désormais repoussant. Le pimousse n’ a même pas trempé un orteil, alors qu’on est presque carbonisés par la chaleur !
Et pour la Rivière Salée, c’est pas mieux : ça pue tellement et il y a tellement de moustiques qu’on se croirait dans une décharge !
Bienvenue en Guadeloupe !