144 - Qu'est-il arrivé à la Guadeloupe ?
5 mai 2013 - Ilet Cochon - Guadeloupe
Lecteur, il faut que tu pardonnes notre côté “c’était mieux avant”, et son insupportable parfum de nostalgie qu’il contient, mais tout de même, on est obligés de le dire : la Guadeloupe, c’était mieux avant. Si tu veux comprendre, continue à lire...!
A peine réveillés, on hisse Mini-Kouunji à sa place (c’est à dire solidement harnachée sous la plage arrière) mais cette fois-ci, sans démonter le moteur. On va tester cette configuration, car on aimerait s’économiser quelques efforts, et les incessants montages et remontages du moteur de l’annexe en font partie.
C’est une première, car la dernière fois, nous avions pris la peine de remiser le moteur dans le capot en pied de mât, mais ce matin, la mer étant apparemment relativement calme, il est temps d’essayer une autre technique.
On décampe fissa, parce que Malendure ne nous a pas très bien accueillis, et notre seule consolation, ce sont les - rares - clichés sous marins qu’on t’a offerts.
On fait cap sur Pointe à Pitre, où nous aurions dû nous trouver depuis belle lurette si les énarques du coin n’avaient pas mis un terme au fonctionnement du pont ouvrant sur la Rivière Salée...
Pour cela, cap au Sud d’abord, pour longer toute la côte sous le vent, qui émerveille le pimousse par sa végétation luxuriante et ses verts incroyables.
On passe au pied du volcan de La Soufrière, dont la cime est cachée dans les nuages. Le volcan est calme... Mais qui sait...? Quand on voit ce qu’il est arrivé à Montserrat...
On n’aimerait pas habiter là, nous...!
Sous l’effet de la houle, l’annexe fait mine de vouloir partir de son côté. On stoppe Kouunji, et on refixe tout vite fait bien fait, non sans constater avec un infini plaisir que, nous voyant à la dérive le temps de procéder à ces réajustements, un autre catamaran s’est dérouté et vient nous demander si tout va bien.
La solidarité entre marins n’est pas un vain mot ! Merci l’ami, tout va bien maintenant, on sait comment fixer Mini-Kouunji !
Toute la descente de la côte sous le vent se fait avec un vent de 18-20 noeuds diamétralement opposé à notre destination, mais pour se consoler, on se dit qu’une fois qu’on va embouquer le canal des Saintes, il sera de travers et va nous propulser comme des balles jusqu’à notre destination.
Que nenni...! A peine arrivés à l’extrémité de Basse Terre, on constate atterrés que le vent mollit, et il n’est plus que de 7-8 noeuds lorsqu’on met cap à l’Est...
Ce ne sera guère mieux pour la remontée des côtes, le long de Capesterre Belle Eau et dans le Petit Cul de Sac Marin.
Ce n’est qu’à proximité immédiate de notre destination que le zef se décide à donner à nouveau de la voix... Trop tard !
Mais le pire de cette navigation aura sûrement été de slalomer entre les bouées (enfin, les bidons et bouteilles en plastique pourri qui servent de bouées) que les pêcheurs locaux - qui ignorent sans doute ce qu’est un GPS - laissent traîner un peu partout autour des côtes Guadeloupéennes.
Ces comportements, illégaux et totalement anarchiques, rendent la navigation périlleuse. On ne voit ces objets flottants qu’au dernier moment, car ils sont très peu visibles, et il y en a tellement qu’on ne peut pas tenir notre cap sans être obligés de se détourner toutes les deux minutes.
Et “toutes les deux minutes” n’est pas seulement une formule, c’est d’une rigoureuse précision mathématique !
Chemin faisant, nous avons décidé d’aller mouiller à l’îlet Gosier, à quelques encablures de Pointe à Pitre, qui a tout du mouillage paradisiaque : un petit îlet bordé de sable blanc, sur lequel est érigé un phare, baignant dans une oasis de verdure faite de cocotiers et de palmiers, le tout entouré par une eau turquoise qui avait émerveillé aux larmes le capitaine, lors de sa première venue en 1994.
Seulement, près de 20 ans se sont écoulés, et la consternation est à nouveau au rendez-vous. Comme l’îlet Caret, l’îlet Gosier est défiguré.
Sur la côte, les constructions se sont multipliées, donnant à la plage un air de Costa Brava hideux, et surtout, les eaux - qui doivent être incroyablement polluées - sont verdâtres, les odeurs sont déplaisantes, bref, ce coin là aussi a été saccagé. L’îlet, jadis paisible, est pris d’assaut par des nuées de bateaux, scooters des mers, embarcations de tous acabits, et il y a au mouillage, bien que le lieu soit devenu vraiment laid, autant de catamarans au mètre carré qu’il y a de bagnoles sur le parking de ton supermarché le samedi après midi...!
L’horreur absolue ! On se magne d’aller porter nos étraves ailleurs !
On jette finalement l’ancre à l’îlet Cochon, en face de la marina de Pointe à Pitre, qui est calme et très peu encombré.
Grâce aux talents insoupçonnés du capitaine en matière de résurrection d’appareils photos défunts, on peut même te faire partager ça de visu...!
Là encore, les eaux sont sales. Cette teinte verte, vraiment répugnante, semble être la couleur dominante désormais en Guadeloupe.
On ignore ce qui a pu se produire, mais l’île n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les fonds marins sont incroyablement sales, l’eau est manifestement très souillée, puisque chaque fois qu’on se baigne, on ressort avec la peau collante, et même après un rinçage à l’eau douce, on a la très désagréable sensation d’être poisseux, comme si on était en train de devenir des monstres gluants...!
On décide, avec le pimousse, de changer de programme demain : on louera une voiture et on ira visiter l’île par voie terrestre, parce que la navigation ici est devenue détestable.
Dirigeants Guadeloupéens, on ignore ce que vous faîtes, mais votre île est en train de devenir une véritable décharge, les fonds sont immondes, les constructions anarchiques, les plus beaux endroits, jadis enchanteurs, sont devenus sans intérêt, voire même repoussants...!
Nous, si on était du cru, on ferait la révolution ! Parce qu’une déchéance pareille, ça fait mal au coeur, et celui qui ne se révolte pas contre ça n’aime pas la Guadeloupe !