155 - La Marseillaise
16 mai 2013 - Saint Pierre - Martinique
On a cru entendre claironner l’hymne national quand on a pénétré à nouveau dans des eaux françaises !
Il faut dire que ce retour dans les eaux “bleu-blanc-rouge” avait quelque chose d’épique.
Après une nuit ultra paisible, on lève l’ancre pour quitter la Dominique, qu’on regrette un peu de ne pas avoir découverte vraiment, mais son littoral est si peu avenant, et l’ambiance qui y règne si peu engageante que, finalement, nos regrets s’estomperont bien vite.
Et puis, on peut toujours y retourner...
Cap sur la Martinique, qui n’est pas tout près, puisque le canal qui sépare les deux îles est l’un des plus larges de toute la Caraïbe, de sorte que nous savons, en hissant nos voiles, qu’on est partis pour un bout de temps !
Après des débuts laborieux jusqu’à la pointe Sud de la Dominique, et un vent girouette qui tourne dans tous les sens, un alizé bien établi nous cueille à l’entrée du canal. Il n’est pas vraiment favorable, mais on se contente de ce près pas trop serré qui nous fait dériver, mais nous permet de progresser à vive allure vers notre destination.
Quelques rafales à 30 noeuds, et c’est Kouunji qui en profite pour nous montrer ce qu’il sait faire, ce qui ne nous déplait pas, loin s’en faut.
Pendant qu’une île et ses hautes montagnes, les plus hautes de tout l’arc antillais, s’effacent lentement derrière nous, une autre, presque aussi haute, se dessine peu à peu face à nous.
Le canal nous chahute un peu, mais, peu ou prou, la navigation est bonne, et plus on progresse, plus les conditions deviennent favorables. La mer se calme un peu et le vent adonne, tant et si bien qu’on gagne les côtes Martiniquaises avec un vent de travers qui nous pousse à 8 noeuds ! Génial !
Ca faisait longtemps qu’on ne s’était pas régalés à naviguer comme ça...!
Plus nous avançons le long de la côte, et plus le vent s’étiole... Normal, puisqu’on est sous le vent de l’île, dont les majestueuses montagnes constituent un paravent contre lequel l’alizé ne peut rien.
A quelques milles de notre objectif, Saint Pierre, ce sont les jumeaux Yanmar qui officient en lieu et place de la grand voile et du foc, ce qui est nettement moins excitant, et beaucoup plus bruyant.
Mais nous n’avons guère le choix, sauf à rallonger notre périple de trois ou quatre heures, perspective qui nous séduit modérément, puisque nous avons déjà navigué quatre heures, et le pimousse n’a qu’une envie : se baigner dans un endroit tranquille et décompresser...
C’est vrai qu’on a une vie tellement stressante : on crève de chaud, et on ne trouve pas un seul endroit pour batifoler dans l’eau ! Incroyable, non ?!
A l’approche de Saint Pierre, on aperçoit une magnifique plage de sable noir, au pied de la Montagne Pelée, le volcan de l’île, et nous décidons de sortir à nouveau des sentiers battus, et d’aller mouiller là, précisément où il n’y a pas un chat.
Euh... mais... s’il n’y a pas un chat, y’a p’t’être une raison, doudou dis donc ?
Ben... oui ! La raison, c’est que, même au bord de la plage, il y a 60 mètres de fond ! Bon, tant pis, on aura mouiller à Saint Pierre, à côté des autres bateaux, là où l’indique notre carte, au grand désarroi du pimousse qui reste en quête de sa plage déserte que c’est rien que pour elle, mais c’est pas pour tout de suite...!
Saint Pierre est d’abord sympatoche, et après nous être sustentés (il restait du cassoulet !), nous allons y dégourdir nos pieds jolis, après avoir bien rangé nos cordages.
Même au mouillage, Kouunji a du style ! C’est ça la classe !
Saint Pierre, on va faire un peu d’histoire lecteur épris de culture et de savoir, est l’ancienne ville phare de la Martinique.
Jusqu’au début du siècle dernier, toute la bourgeoisie Martiniquaise y avait élu domicile, elle était prospère, et bien que Fort de France, anciennement dénommée Fort Royal, soit la capitale administrative, c’est bien Saint Pierre qui tenait le haut du pavé.
Seulement, si tu t’intéresses à la vulcanologie, tu dois savoir qu’en 1902, la Montagne Pelée, que tu as vu sur les précédents clichés, a piqué une p’tite colère, et Saint Pierre a été presque complètement ensevelie sous les cendres, comme jadis Pompeï.
Bref, aujourd’hui, si bien des monuments ont été reconstruits, Saint Pierre n’a plus sa splendeur d’antan, puisque tous les snobinards plein d’oseille qui en assurait la prospérité sont aller claquer leur fric ailleurs, et depuis, Saint Pierre est devenue une modeste bourgade, paisible, où il fait bon flâner.
Ce qui nous donne l’opportunité de partager avec toi les clichés du lieu, que nous espérons à ton goût, et si c’est pas le cas, lis autre chose !
Tu t’en doutes, après quatre heures de navigation “virile”, ce petit intermède terrestre, dans un endroit rassérénant, nous a fait le plus grand bien.
Ce d'autant qu'on a découvert une baraque, sur la plage, sortie tout droit de l'imagination d'un Géo Trouvetou Martiniquais, qui décroche sans contestation possible la palme de l'habitation la plus déjantée de l'île !
On fait la connaissance de Jocelyn, un gars du coin revenu sur ses terres natales après un long exil métropolitain, qui tient une boutique de souvenirs, et qui nous parle avec amour et passion de son île, qui nous conte son histoire, le volcan, l’évolution... On l’aurait écouté pendant des heures... Et lui aurait parlé pendant des heures, vu qu’on a été ses seuls clients de l’après midi !
Ah, c’est bien agréable, ces rencontres éphémères, certes, mais si riches d’intensité, de sincérité. Et étrange aussi...
Jocelyn, on a passé une demi heure avec lui, mais on se souviendra de lui longtemps, très longtemps... Il nous a recommandé d’aller à La Barbade. On va sûrement suivre son conseil.
C’est pas pour tout de suite, puisque demain, on repart : direction Le Marin...!
Vivement qu’on soit à l’abri des cyclones et qu’on reste sur la même plage pendant un mois (à La Barbade ?), y’en a marre de ce rythme de stakhanoviste !