159 - Déveine
20 mai 2013 - Rodney Bay - Sainte Lucie
La journée avait pourtant bien commencé. Déjà, hier soir, on s’était fait une bonne bouffe avec Christine, l’adoooorable kiné, golfeuse émérite et amie de José, qui nous a tenu compagnie pour notre dernière soirée martiniquaise.
Christine, merci pour ton accueil et ta gentillesse, on espère te revoir très bientôt à bord !
Réveil peinard, p’tit déj peinard, on lève les voiles, et on se retrouve comme prévu par la météo, avec un alizé parfait, de travers, qui nous emmène à Sainte Lucie à la vitesse fort enviable de 7-8 noeuds.
Mais, comme tu le sais lecteur, cette année, la météo aux Antilles est bizarre. Le ciel se drape de blanc, puis de gris, et se dessinent dans le canal de Sainte Lucie des grains qui finissent par rattraper Kouunji, qui est quitte pour une bonne saucée !
Cet épisode aurait été insignifiant et n’aurait même pas été retranscrit dans ce blog de très haute qualité, (si haute d’ailleurs que Steven Spielberg himself veut en acheter les droits pour une adaptation cinématographique...!) s’il ne s’était accompagné d’une bascule de vent spectaculaire.
Aussitôt que les grains ont déversé leurs trombes d’eau sur nous, le vent refuse, et on se retrouve au près serré, à faire du sur place dans une houle qui a considérablement grossi depuis notre départ.
Scrogneutedjeu...! Mais c’est quoi ce temps de m...?!? L’alizé est complètement déréglé, on a maintenant un vent qui est Sud Sud Est, c’est pas possible d’avoir une déveine pareille !
Rends toi compte lecteur : ça fait trois mois qu’on est aux Antilles, on n’a quasiment jamais eu de vent favorable, alors qu’on a planifié notre parcours en fonction des vents dominants qui auraient du l’être presque tout le temps !
On précise que nos prévisions météo, une fois encore, se sont avérées inexactes.
Vas t’en comprendre, toi...
Après une navigation laborieuse compte tenu de ce temps étrange, nous atteignons finalement Rodney Bay, premier mouillage s’offrant aux navigateurs arrivant du Nord, dont le capitaine et José gardaient un bon souvenir : eau cristalline, fonds blancs et ambiance paisible.
Si l’article s’intitule “déveine”, c’est que, tu t’en doutes, lecteur futé, ça a changé...
Et pas qu’un peu !
Les fonds, comme nous finissons malheureusement par y être habitués maintenant, sont envahis par les algues, l’ambiance n’est plus du tout paisible puisque de gigantesques hôtels ont grignoté tout le pourtour de la baie, et, cerise sur le gâteau, les méduses n’ont pas la même appréciation que nous de l’endroit, puisqu’elles semblent s’y plaire...
Ce qui nuit sensiblement aux sensations de fraîcheur et de détente habituellement procurées par la baignade...
On relève l’ancre après notre repas, pour aller émigrer de l’autre côté de la baie, mais ce n’est guère mieux : musique assourdissante et plages noires de monde où qu’on aille !
Evidemment, c’est le lundi de Pentecôte, donc férié, et il y a sûrement, planqué quelque part, un enfoiré de sorcier vaudou qui fait des incantations pour que la malédiction qui nous frappe se poursuive...!
Rends toi compte, lecteur ça fait une éternité qu’on n’a pas trouvé :
- une plage de sable blanc propre
- de l’eau claire qui donne envie de barboter
- un mouillage tranquille, sans musique, sans bruit, sans nuisance
- une bonne navigation au portant
Alors c’est sûr, quand on vit comme toi une vie de terrien, tout ce qu’on vient de t’énumérer, on s’en tamponne comme de sa première blennorragie.
Mais quand on vit comme nous cette aventure exceptionnelle qui fait fantasmer le commun des mortels et te fait prendre conscience combien ta propre vie monotone, ordinaire est sans saveur (!) on atteint un seuil critique de frustration et de manque dont on espère s’affranchir dans les prochains jours...!