177 - Racket à Carriacou
7 juin 2013 - Hillsborough Bay - Carriacou
Voilà une journée qui a mal, mais alors très mal commencé...
On arrive aux douanes, et la demoiselle du guichet, en posant sur nous un regard condescendant, nous envoie d’abord à l’immigration, qui se trouve de l’autre côté de la rue.
Jusque là, hormis l’antipathie congénitale du fonctionnaire, rien d’anormal.
On entre dans le bureau de l’immigration, où deux loufiats - dont l’un est au téléphone -s’affairent avec d’autres marins.
On bredouille un “good morning” discret, pour ne pas déranger, vu l’ambiance ultra studieuse qui règne.
Au beau milieu de sa conversation avec le Ricain qui nous précède, l’un des deux officiers s’adresse à nous et entreprend de nous donner une leçon de politesse et de savoir vivre, en nous faisant remarquer qu’on n’a pas dit bonjour !
On fait de plates excuses, et expliquons qu’on a tout de même dit bonjour mais discrètement, vu que l’un d’entre eux était au téléphone et l’autre apparemment occupé.
On sent bien que ça ne prend pas, et qu’on va passer un sale quart d’heure.
Impression confirmée quand le Ricain, qui tente vainement de détendre l’atmosphère se casse en nous glissant un “good luck” compatissant...
Mais pourquoi faudrait-il de la chance pour faire de la paperasse ?!?!
L’officier qui jusqu’à présent n’avait rien dit s’adresse à nous, demande nos papiers, et - évidemment - crie au scandale parce que quelque chose ne va pas.
Ca fait six jours qu’on a quitté Union, et il n’admet pas que nous ne nous présentions qu’aujourd’hui devant lui.
Il existe pourtant une tolérance depuis des lustres pour les bateaux, qui sont tacitement autorisés à prendre leur temps entre Union et Carriacou, en passant par Petit Saint Vincent et Petite Martinique, ce que nous avons fait, comme au moins 3.000 bateaux qui nous ont précédé cette année...
Devant son hostilité manifeste, on lui explique que nous avons fait une halte forcée à Petit Saint Vincent, en raison d’une panne de moteur.
S’ensuit un dialogue de sourds, au cours duquel le mec nous explique qu’il ne veut rien savoir, et que nous sommes redevables d’une amende de 5.000 $ E.C. (ça fait plus de 1.500 € !) puisque nous sommes en situation illégale !
Ni une ni deux, il nous confisque nos passeports et les papiers du bateau !
On essaye de rester zen et le capitaine gamberge à toute berzingue.
Mais c’est le pimousse qui embraye, usant de tout son charme, pour tenter de convaincre le mec - qui manifestement n’a d’autre ambition que de nous extorquer un max de fric - que nous sommes respectueux de la loi et des règlements, et que c’est seulement un concours de circonstances si nous sommes dans cette situation qui, évidemment, n’a absolument rien d’illégal.
L’empafé de l’immigration est aussi réceptif à ces arguments que si on lui enfonçait un balai dans le cul, mais du côté des poils !
Il en rajoute une couche en répétant que nous sommes redevables d’une amende de 5.000 $ E.C., et nous demande de nous asseoir. Il veut sans doute nous faire mijoter.
Le pimousse prie (on sait que c’est efficace) et le capitaine use de toute la diplomatie dont il dispose auprès de l’escroc en uniforme, pour lui faire un résumé succinct de l’histoire, et glisser subrepticement qu’il n’est pas question d’aligner autant d’oseille puisqu’on n’a rien fait qui mérite pareil châtiment.
On s’assoit ensuite et on la boucle.
Au bout de cinq minutes, le mec nous tend un imprimé et nous demande de le remplir. Il s’agit en fait de l’imprimé classique qu’on remplit à chaque arrivée, contenant toutes les informations sur le bateau et ses passagers.
On s’exécute - non sans demander préalablement à l’abruti derrière son comptoir de nous prêter un stylo, ce qui ne manque pas de l’ulcérer - et une fois les papiers remplis, il nous tamponne le tout, et nous renvoie aux douanes, après nous avoir octroyé une autorisation de séjour d’un mois, sans autre explication...
Tout ce cinéma pourquoi, alors ?!?!
On ne crie pas trop vite victoire, car aux douanes, la demoiselle condescendante de tout à l’heure n’est pas plus aimable. Au contraire... Elle embraye sur l’illégalité supposée de notre situation, et, une fois encore, nous réclame les 5.000 $ E.C. que son collègue n’a pas réussi à nous extorquer...
Re-discussion sur le fait qu’il est injuste de nous taxer pour une faute imaginaire, mais évidemment, ça ne fait pas avancer le schmilblick, puisqu’elle veut gratter de l’oseille et qu’on ne veut pas payer...!
Et - c’est là où tu vois que les prières du pimousse sont toujours aussi efficaces - le destin nous vient en aide, sous la forme d’un gus débraillé, qui a fait ses formalités presque en même temps que nous, et qui, sous nos yeux, s’acquitte des droits de douane pour son bateau comprenant deux passagers : 350 $ E.C.
Maintenant, on a un atout en main : on sait combien ça coûte “pour de vrai”...! Et ça, c’est drôlement important.
Reprise des conciliabules, et nouvelle marque de fermeté de la part de tes aventuriers préférés, avec une ruse de Sioux du pimousse, qui finit par mettre la fonctionnaire boudinée dans son uniforme mal coupé face à ses contradictions.
On embraye sur le fait que le marin avant nous a payé 350 $ E.C., après quoi, le capitaine pose la question fatale : combien ?
Comme par miracle, l’addition est divisée par 10, et on ne doit plus “que” 500 $ E.C.
Ce qui, tu en conviendras, est nettement meilleur marché !
Mais le meilleur reste à venir ! Comme nous n’avons plus que liquidités nous filons à la banque la plus proche, et nous revenons avec du cash. On aligne les 500 $ E.C. (environ 170 €), et là-dessus, la douanière, qui est une entourloupeuse aussi minable que maladroite, nous rend la monnaie ! 50 $ E.C. qu’on se grouille d’empocher !
Moralité, on aura passé presque deux heures à batailler contre ces fonctionnaires pourris jusqu’à la moelle pour que ceux-ci nous extorquent “seulement” la somme de 100 $ E.C., soit... 30 € !
Vu qu’au départ c’était 5.000, on apprécie d’avoir économisé 4.900 $ E.C....!
En même temps, on n’est pas naïfs : on sait pertinemment que ces salopards te réclament des sommes exorbitantes au départ pour que, au final, le surplus qui va directement dans leur poche ait l’air presque insignifiant.
Tout ça nous met de bonne humeur pour la journée, tu t’en doutes !
Heureusement, tous les gens qu’on rencontre ensuite sont sympas, le pimousse fait réparer ses godasses par un cordonnier rasta défoncé à l’herbe pour pas cher, on bouffe pour pas cher, on a du WiFi gratos, on mange dans un estaminet tout rose trop mignon, on fait nos emplettes, la plage est belle, le soleil brille (enfin !), bref, tout pour nous faire oublier ces empafés de fonctionnaires ripoux.
Quand on te disait, dans les articles précédents, qu’il ne fallait pas rigoler avec les formalités douanières, on avait drôlement raison, hein...?!