178 - Et l'humain, dans tout ça...?
8 juin 2013 - Hillsborough Bay - Carriacou
Ce matin au p’tit déj après une natation revigorante au cours de laquelle on a vu de superbes poissons, dont un tétrodon mignon comme tout avec sa tête de bébé, le pimousse a confié au capitaine ses sentiments à propos de notre périple, entamé depuis maintenant 5 mois et quelques jours.
Le constat est au final le même que celui fait par nombre de navigateurs, et il est assez désolant.
Bien sûr, les paysages sont superbes. Toutes les photos qu’on a soumises à ton appréciation critique en témoignent, même si, évidemment, on ne te montre que le plus beau.
Toutefois, c’est loin d’être aussi beau qu’on l’imagine souvent, et c’est même parfois franchement décevant, comme cela a été le cas en Guadeloupe, dont les eaux sont proprement répugnantes aujourd’hui, ou encore aux Grenadines, dont la réputation nous paraît un peu usurpée.
Peut être commençons nous à être blasés et à ne plus faire attention à ces plages de sable blanc interminables et désertes, ces fonds marins où la vie foisonne, aux cocotiers qui se penchent nonchalamment vers les flots bleus turquoise, aux panoramas de carte postale à l’intérieur desquels on se réveille tous les matins...?
Si tel est le cas, cela nous navre au plus haut point.
Mais, tout bien réfléchi, il semble que le sentiment que nous avons de rester un peu sur notre faim provient de tout autre chose.
Nous faisons ce constat amer qu’en dépit de notre ouverture d’esprit, et de notre volonté d’aller à la rencontre de ceux dont nous visitons les pays, ce désir de communiquer, d’échanger, de partager, est loin, très loin même d’être aussi prononcé chez les autochtones.
Est-ce parce que nous voyageons en bateau que nous serons sempiternellement estampillés “blancs riches à plumer” ?
Pendant combien de siècles encore les blancs vont-ils devoir “payer” les errements de leurs ancêtres qui ont eu la très mauvaise idée de soumettre les noirs à l’esclavage ?
D’où provient ce sentiment de mal être que nous éprouvons presque chaque fois qu’on essaye de lier connaissance avec un gars du cru, lorsque nous tentons d’être tout simplement avenants, courtois, ouverts ?
Pourquoi ce rejet quasi systématique, cet hermétisme récurrent, cette obstination à ne pas s’ouvrir ?
Nous sommes un peu las de devoir en faire des tonnes pour réussir à décrocher un sourire, une parole un peu chaleureuse, et l’effet produit - attendu par le local ? - n’est rien d’autre qu’une envie d’aller naviguer sous des cieux plus hospitaliers, ou à tout le moins peuplé de gens plus accueillants.
Résultat des courses, après être allés faire le plein de produits frais, nous restons tranquillement à bord, parce qu’on a un p’tit coup de mou.
Ce n’est qu’en fin d’après midi que le capitaine a un léger regain de forme, et s’en va sous les flots bleus tenir compagnie aux poissons.
Et y’a des spécimens qui méritent le détour !