326 - Contrastes
3 novembre 2013 - Klein Curaçao - Curaçao
Cette journée nous ramène à l’humilité qu’un marin doit toujours observer face aux éléments, lesquels nous auront démontré, une fois de plus, que les chefs, ce sont eux !
Réveil en fanfare sur les coups de 5 heures du mat’, parce que les orages se succèdent, il pleut à verse, les éclairs déchirent la noirceur du ciel, qui semble prêt à nous tomber sur la tête.
Or, tu sais - si tu as bien lu Astérix - qu’un gaulois ne redoute rien plus que ça...!
Nous sommes donc d’attaque sur le pont, pour parer toute éventualité, et nous voyons autour de nous les monocoques bouger comme s’ils avaient la danse de Saint Gui, et Contre Temps s’en aller sans demander son reste...
Eh, les boat-potes, où vous allez comme ça, sans rien dire ?
Appel VHF et explication : la coque de Contre Temps ayant eu la très mauvaise idée d’aller flirter avec les fonds, son capitaine a décidé de mettre les bouts, considérant qu’une coque bien élevée ne fricote pas avec des fonds qui ne lui ont pas été présentés préalablement...!
On prend notre temps, car notre ancre reste solidement accrochée, et nous sommes les derniers à quitter le mouillage de Klein Curaçao devenu absolument intenable, afin d’éviter par ailleurs tous les autres bateaux qui partent un peu dans la précipitation et la confusion.
Pour te dire comme ça bougeait grave, le capitaine a battu une sorte de record : il a eu le mal de mer alors qu’on était encore à l’ancre !
La journée ne démarre pas super bien, et c’est un euphémisme.
La navigation se fait au moteur, avec le vent pile poil en face de nous. Ce qui revient à dire que le vent est plein Ouest, ce qui, ici, doit arriver trois jours dans l’année...!
Et comme tu vois, nous autres on a peur de rien : on y était !
A Curaçao, tout change. Le mouillage de Spanish Water, si on était dans une zone cyclonique, serait sûrement un trou à cyclones cinq étoiles : l’entrée est presque invisible, très étroite, et le dédale de bras de mers qui s’enfoncent dans la mangrove pour aboutir dans la baie intérieure te met à l’abri de tout ce qui peut nuire à la tranquillité du marin, c’est à dire houle et vent.
C’est un vrai lac sur lequel nous nous arrêtons, et il n’y a pas un brin d’air. Bref, l’abri absolu, avec un grand “A” (ça marche pour a-bri et pour a-bsolu, t’as noté ?!)
Levés depuis 5 heures du mat’ avec les émotions qu’on t’a décrites, tu te doutes qu’à notre arrivée, sur les coups de midi, on a les crocs !
On embarque Cécile et Joni qui nous ont précédé de quelques minutes, et on se trouve un p’tit resto mignon tout plein qui nous sert du local bon marché dans une ambiance parfaite pour se remettre de nos émotions du matin.
Après le repas débute la chasse au WiFi, mais comme tu le sais maintenant pour trépigner d’impatience chaque jour devant ton ordinateur en attendant de nouveaux articles, le WiFi est un animal fort habile dans l’art du camouflage, et on ne le trouve pas aussi facilement, particulièrement sous ces latitudes...
Kouunji fait chou blanc, Contre Temps aussi.
Moralité : cela te rend plus vertueux chaque jour, puisque selon l’adage, la patience est mère de toutes les vertus, et la tienne, adoré et adorable lecteur, est ainsi une nouvelle fois mise à l’épreuve.
En effet, sans WiFi, point de blog. Et sans blog, plus de plaisir internetesque !
En tout cas, le calme absolu qui règne ici contraste singulièrement avec la tourmente de ce matin : plus d’un mètre de creux au mouillage, on n’avait jamais vu ça !