Un catamaran autour du monde

03 Dec

336 - Tout ce qu'un marin redoute

Publié par Kouunji

13 au 18 novembre 2013 - Curaçao - Little Inagua Island - Bahamas

T’as remarqué, lecteur perspicace, qu’on déroge à notre sacro-sainte règle : “un jour un article”...? Et tu peux nous croire, c’est pas pour rien ! Il te suffit de poursuivre ta lecture, tu vas comprendre...

Comme tu dois le savoir, un marin déteste :

- les coups de vent

- le près

- les avaries

- les voies d’eau

- la pétole

Et bien tu vois, en cinq jours, nous, on a tout eu !

1er jour

Ca avait mal débuté au départ. Partir le 13, c’était une bonne idée ? A priori oui, sauf qu’au moment de lever l’ancre, le guindeau décrète qu’il veut rester à Curaçao.

Une heure et demie plus tard avec l’aide de Joni, on lui fait comprendre qu’il a beau être récalcitrant, on partira quand même, puisque le faux contact du fusible du relais est détecté.

336 - Tout ce qu'un marin redoute

En fin de journée, après avoir remonté au moteur la côte Sud, on bifurque enfin au Nord, direction le passage de la Mona, entre la République Dominicaine et Puerto Rico, 360 milles plus loin.

Le vent est comme la météo a dit, sauf que... il y a quelques degrés d’écart entre la direction prévue et celle que nous rencontrons, tout ce qui fait la différence entre le bon plein et le près serré.

Ou si tu préfères, tout ce qui fait la différence entre une navigation pénible et une navigation insupportable.

On s’accommode toutefois de la chose, puisque le vent est soutenu (30 noeuds) et Kouunji file comme un dératé (à l’image de son capitaine) sur les flots impétueux d’une mer des Caraïbes que les pirates du même nom auraient sûrement préféré éviter.

24 heures après le départ, la situation - hormis les conditions de navigation qui sont détestables - est encourageante : 200 milles de parcourus. C’est l’unique point positif, car pour le reste, tu vas voir, c’est... à te dégoûter pour les 30 prochaines années de monter sur un bateau !

Ca commence avec le vent qui refuse, et la houle qui se déchaîne. Kouunji, tel un fétu de paille, est bringuebalé dans tous les sens, et le capitaine reprend ses bonnes vieilles habitudes vomitoires...

Le Pimousse n’est pas au mieux non plus, car même si on a été vite, la navigation est terriblement éprouvante. Sa crise de tétanie en témoigne.

C’est au moment de choisir quelle stratégie adopter face à ces conditions infernales que survient le premier coup de théâtre. Le Pimousse s’interroge effaré à l’adresse du capitaine, voyant les planchers flotter bien au-dessus de leur niveau habituel : “euh, y’a plein d’eau dans le bateau, c’est normal ?”

336 - Tout ce qu'un marin redoute

Le Pimousse connait la réponse, et toi aussi, lecteur, hein ?

Fait inquiétant en effet que celui-ci.

Il le devient d’autant plus que, selon la loi de Murphy, encore appelée loi de l’emmerdement maximum, il est bien connu que quand un pépin survient, une ribambelle d’autres pépins lui succèdent presque inexorablement...

Ca marche une fois de plus avec la pompe de cale, qui refuse catégoriquement de faire ce pour quoi elle est conçue, c’est à dire vider la cale pleine d’eau. On s’emploie donc, le capitaine avec la pompe manuelle, le Pimousse avec un bon vieux seau à l’ancienne, à vider le bateau de l’eau qui a pénétré à l’intérieur par une voie que nous n’avons pas encore décelée.

Il nous faut plus de deux heures d’efforts pour arriver à un semblant de résultat.

La question qu’on se pose est désormais : qu’est-ce qu’on fait ?

On rebrousse chemin vers Curaçao, ou on continue ?

Réponse : on continue ! Il n’y a pas de quoi réparer à Curaçao, et puis on n’a guère envie de se retaper le chemin en sens inverse, tout en sachant qu’il faudra ensuite refaire ce qu’on vient de parcourir.

2ème jour

Les bras du capitaine s’activent toute la nuit sur la pompe à main, et le Pimousse fait les allers retours avec les seaux. Nos biscotos s’en souviendront !

Au matin, ce n’est pas joyeux. L’eau, bien que stoppée, est toujours là en abondance, et les dégâts sont a priori importants : le guindeau a court-circuité, et toutes les pièces de rechange des moteurs qui étaient stockées dans les fonds ont souffert de l’immersion prolongée dans l’eau de mer.

Le vent refuse encore, et notre près est encore plus serré que la veille... Le capitaine met en route le moteur sous le vent, pour nous aider à faire du cap, tout en sachant - sans rien en dire au Pimousse - que le moteur au vent, lui... est en panne !

La journée se passe ainsi, dans une houle hachée et désordonnée, à remonter vers La Mona, avec l'avant du flotteur bâbord qui est à l’évidence plein d’eau, puisqu’à chaque vague, l’eau submerge l’étrave et Kouunji enfourne plus qu’il ne devrait.

336 - Tout ce qu'un marin redoute
336 - Tout ce qu'un marin redoute

Le mal de mer ne lâche pas le capitaine, et dans ces conditions là, impossible de manger... T’imagines l’ambiance à bord ?

On ne s’en laisse pas compter, et, à la faveur d’un regain de forme, le capitaine plonge dans les fonds pour réparer la pompe de cale. Une fois celle-ci opérationnelle, on abandonne bien volontiers la corvée d’écoper !

C’est le seul point positif du jour, avec notre progression : 140 milles de mieux, dans ces conditions, c’est inespéré.

3ème jour

Au petit matin, voici notre panorama : à tribord, Puerto Rico, et les avions militaires américains qui survolent Kouunji, puisque ces glands doivent penser qu’on est des terroristes ! A bâbord, la République Dominicaine, et juste en face de nous Punta Cana, le coin favori des hôtels pour touristes désoeuvrés qui veulent bronzer en hiver.

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On leur fait coucou en passant, et une fois le canal passé, on bifurque à bâbord toute, pour enfin se retrouver au portant.

Au portant oui, mais avec le contre courant qui longe les côtes bien au-delà de ce qui était escompté. Résultat, on est scotchés : 4 noeuds ! Et de toute façon, le vent qui s’en est donné à coeur joie pendant qu’il était défavorable s’évapore une fois qu’il doit nous pousser au cul...

Au moins, le confort à bord s’améliore un peu, puisque nous arrêtons de taper dans les vagues qui sont maintenant de travers. On arrive même à prendre un premier “vrai” repas : une tranche de jambon et une tomate ! Après 48 heures de mer, quel festin ! Tu comprends maintenant pourquoi on a la ligne sylphide que nous envient les plus beaux mannequins ?!

Le capitaine met à profit cette légère accalmie pour se consacrer au moteur en rade, et se remémore les cours express de mécanique que lui a dispensés Papou au Marin, et pour s’encourager, se rappelle le vieil adage bien connu : “si tu suis les conseils de Papou, t’arrives à te sortir de tout !”

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Il ne faut pas plus de deux minutes au capitaine pour trouver l’origine de la panne : de l’air dans le circuit de gazole. Une bonne purge plus tard, Yanmar 2 ronronne d’aise, et nous aussi, parce qu’on n’avait pas besoin de ça en plus.

En plus de quoi ? Et bien de la pétole ! Car figure toi qu’après avoir déboulé à 11 noeuds la veille, Kouunji avance à peine à 4 noeuds et on ne parcourt que 110 milles durant cette journée qui marque une nette amélioration : le bateau est sec, les moteurs fonctionnent, la pompe de cale aussi, et on a pu manger. Que demander de plus ?

4ème jour

C’est maintenant Haïti que nous apercevons à tribord, et ce qu’on demande en plus de la veille, c’est juste un peu de vent... Alleluïa, nos prières sont entendues, puisque le zéphyr a noté - comme toi lecteur on espère - que nos 450 milles avalés depuis le départ nous amènent tout juste à la moitié de notre parcours vers Nassau.

Nous décidons néanmoins de faire une pause intermédiaire à Little Inagua, l’une des îles les plus au Sud des Bahamas, car tirer directement jusqu’à Nassau serait trop long. Il faut bien l’avouer, on en a ras le bol de naviguer sur cette mer qui ne nous laisse pas de répit, et qui tape, qui tape, qui tape inlassablement sur les coques de Kouunji au point de donner l’impression que le pauvre va se disloquer sous l’effet répété de ces coups de boutoir abrutissants.

Il va falloir cravacher pour trouver notre havre de paix !

Ce qu’on fait, mais par intervalles plutôt irréguliers, puisque sur un air de “attrape moi si tu peux”, le vent fait son cabotin : un coup j’suis là, un coup j’y suis plus, etc... Le courant fait de même, les cargos nous coupent la route et se contrefoutent de manquer de nous couper en deux à chaque fois, bref, y’a de l’animation.

Et c’est peu dire si on se réfère aux incessants changements de voiles et de réglages auxquels nous sommes soumis pour essayer de tirer le meilleur parti des caprices d’Eole.

Code D, grand voile seule, foc seul, tout y passe, et l’après midi (la seule depuis le départ) est agréable, sous code D seul et un bon surf sur la houle. Il ne manque qu’un peu de vitesse pour que ce soit parfait... Mais on se contente de ce qu’on a !

C’est évidemment lorsque la nuit arrive que la météo décide de nous refaire un coup à sa manière, et des grains répétés, accompagnés de vents violents, nous obligent à remiser notre code D pour continuer sous foc seul.

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On va moins vite, mais c’est plus sûr.

130 milles de mieux. Plus que 130, et on arrive à notre destination. Il est grand temps, parce que si on avait une baguette magique, tu sais ce qu’on ferait ?

On ferait disparaître Kouunji, et on se retrouverait directement installés au bord d’une piscine à Nassau, dans un grand hôtel où on aurait loué une chambre pour goûter à quelque chose qu’on n’a plus connu depuis très très très très très longtemps : le confort !

5ème jour

On pensait que la nuit serait calme... Perdu !

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La houle - maudite soit elle - a décidé d’obliquer. Au lieu de nous porter, elle est de nouveau de travers. Vas t’en savoir pourquoi ?

Du coup, à l’intérieur de Kouunji, l’impression qu’on a, c’est que, toutes les 5 secondes, le Géant Vert assène un gigantesque coup d’épi de maïs d’une tonne ou deux sur notre coque, qui tremble de part en part. La table du carré se soulève à chaque fois, toute la structure du bateau vibre, et le bruit est proprement insupportable.

Non pas qu’il soit terrible, mais ça fait quatre jours qu’on entend la mer venir s’éclater sur nos flancs, et ce supplice là doit être cousin germain du supplice de la goutte d’eau...

Toutefois, nous avançons bien et le roulement des quarts se fait bien. On avait un peu perdu le rythme des longues navigations, et ça a été un peu dur de s’y remettre.

Pour tout dire, passer autant de temps en mer, ça nous em-mer-de, parce que c’est long, fastidieux, inconfortable, et épuisant. On le savait quand on a fait le choix de remonter jusqu’aux Bahamas, alors nous en assumons les conséquences, mais cela nous coûte.

Vivement un abri et du vrai repos, car à la différence d’une transat où tu peux te payer le luxe de laisser le bateau filer tout seul, ici, il faut une vigilance de tous les instants, et au bout de 5 jours non-stop, même les plus volontaires et les plus déterminés des marins peuvent avoir un petit coup de mou, non ?

Heureusement, cette dernière journée de navigation est - de loin - la meilleure. Le vent souffle à 15-20 noeuds, nous sommes au petit largue, on a bombardé jusqu’à 11 noeuds sous code D seul, la houle s’est calmée, et, en fin d’après midi, Little Inagua est en vue.

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Nous abordons avec un grand soulagement et un plaisir non dissimulé, sous un arc en ciel qui nous souhaite la bienvenue, la plus au Sud des îles des Bahamas.

Nassau est encore à 300 milles, mais on va faire ça par petits sauts, ce sera plus agréable et moins fatigant !

Après avoir jeté l’ancre à la main (on te rappelle que le guindeau est “out”...), et savouré l’incroyable transparence de l’eau (on n’avait jamais vu ça ailleurs !), vient le temps de faire l’inventaire des avaries.

Mais on se le garde pour le prochain article, ok ?!

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R
C'est raconté avec une maestria digne de Flaubert, Captain le Maître du suspens ! C'est vrai que lire çà comme un roman, en essayant d'imaginer la souffrance réelle que vous avez endurée et que çà n'est pas une fiction conduit à partager cette souffrance et crée une sourde inquiétude ! Mais quand on y est faut aller jusqu'au bout ! C'est dans ces circonstances extrêmes que les êtres se révèlent à eux-mêmes et aux autres !... Cette page est exceptionnelle et probablement la meilleure à ce jour ! Je ne parle pas des photos, elles sont extraordinaires et mettent en scène une dure réalité....
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L
Bin punaise! je pensais que vous vous la couliez douce, pas de bol ! toutes ces merdes les unes après les autres, c'est à croire qu'une force obscure fait tout pour vous empêcher d'arriver vers la destination de votre choix...encore une fois vous vous en sortez pas si mal que çà!
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C
waouh pour une reprise c'est une reprise...
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