346 - Quand tes prières sont exaucées
28 novembre 2013 - Black Point - Great Exuma - Bahamas
Tu connais cette histoire du Noir qui, mourant de soif en plein désert, découvre par chance dans une oasis un génie, lequel lui permet d’exaucer trois voeux ? Le black réfléchit, et, compte tenu de sa situation, alors qu’il a toujours souffert du racisme, et qu’il est très frustré sexuellement, formule les trois voeux suivants : “je veux être blanc, avoir de l’eau à profusion et voir de jolies fesses de femmes, plein de jolies fesses...”
Le génie, facétieux, le transforme en bidet dans une maison de tolérance...!
Moralité, quand tu formules des voeux, t’as drôlement intérêt à faire gaffe à ce que tu dis !
Par exemple, nous, hier, quand on était scotchés à 3 noeuds dans la pétole, on priait Dieu et tous ses sous fifres pour qu’il nous accordent du vent.
Prières exaucées puisqu’aujourd’hui, ça n’a jamais soufflé à moins de 25 noeuds...!
Alors, toi qui veux tout savoir, lecteur dont l’omniscience demeure ton but inavoué, on va t’expliquer de quoi il en retourne.
Il existe ici aux Bahamas un phénomène météo qu’on appelle le “norther”.
Pour faire simple, c’est du vent du Nord. Facile, hein ? Un peu comme chez nous, le mistral ou la tramontane.
Sauf que là, le vent descend des régions polaires. Avant qu’il arrive,l’alizé tourne d’abord au Sud (comme il l’était hier, on l’avait prédit), avant de continuer au Sud Ouest, puis la bascule s’opère, et tu te retrouves avec un vent du Nord à décorner les boeufs !
On te rappelle à cette occasion que jadis, on coupait les cornes des boeufs pour qu’il ne se blessent pas les jours de grand vent, afin que les mouches et autres bestioles ne viennent pas pondre ou infecter les plaies des bovins.
D’où l’origine de l’expression.
Après cette digression culturelle, laissons les boeufs et revenons à nos moutons.
Le norther est le poison du marin des Bahamas pendant les mois d’hiver. Il est donc notre poison.
Il est froid (en fait il fait frais et ça fait du bien), soutenu, fatigant, et lève une mer cassante même si elle n’est pas dangereuse.
Aussi n’as tu qu’une seule chose à faire quand le temps vire à ce pas beau vilain qu’on n’aime pas : rester sur place.
Tu sais notre propension à faire nos originaux, mais là, c’est pas pareil : tu ne rigoles pas avec la météo, surtout dans ces parages où les dangers sont omniprésents.
On est donc restés sagement ancrés dans notre mouillage qui ne casse pas des briques, mais qui a pour lui l’avantage incontestable d’être assez protecteur.
Et ça vaut mieux, parce que parfois, un “norther” dure plusieurs jours...!
On va donc attendre sagement la fin du mauvais temps pour se remettre en route. On espère juste que ça ne sera pas trop long, parce que notre rendez vous approche, et on est encore à 70 milles de Nassau.