353 - Premier (vrai) périple bahaméen
5 décembre 2013 - 10 décembre 2013 - Berry Islands - Bahamas
1er jour - Rose Island
Ca y est ! On a enfin levé l’ancre !
On a fini notre plein de produits frais, ce matin, pendant que le Pimousse - décidément très atteint par les sévères conditions de navigation que nous avons eues pour arriver - goûtait aux joies du massage dispensé par Brenda, qui, ainsi que tu peux le constater, est la douceur incarnée !
Mais il parait qu’elle a des doigts en or...
Après un plein de gasoil indispensable, nous partons au moteur, cap à l’Est (et donc vent et courant contraires) vers Rose Island, à quelques milles de Nassau, qui nous a été recommandée par Jean comme étant un mouillage paisible et accessible.
En effet, ça l’est, et ce sera la première étape de notre périple qui va nous mener jusqu’aux Berry Islands, pour autant que la météo soit conforme aux prévisions annoncées.
Au cas où on l’aurait oublié, certains éléments nous remémorent qu’ici aussi, c’est l’hiver. Il fait seulement 29°, et l’eau est à peine à 24°...
Brrr... On se gèle !
Du coup, on écourte notre plongée qui nous fait découvrir des spécimens sous marins que nous n’avions jamais rencontré jusqu’à présent, tel que le transatus immerginus et le barcus coupatus, que tu peux admirer ici même !
2ème jour - Traversée vers Bond Island
Après une nuit agitée, à l’image de notre mouillage qui était certes convenable, mais rouleur, les filles s’enquillent un petit déjeuner absolument phénoménal, et qu’on pourrait qualifier de pantagruélique, gargantuesque, bref, ce sont deux ogresses qui dévorent des produits bio pour se caler l’estomac jusqu’à l’heure du goûter, puisque le repas de midi est rayé des tablettes.
Autant te dire que le capitaine, plus conventionnel, s’en tient à ses crêpes au Nutella, et mangera à midi, car l’expérience lui a appris qu’il faut toujours s’alimenter quand on peut le faire, les navigations réservant parfois de mauvaises surprises aux marins négligents.
Ce n’est pas le cas de celle du jour, que nous entamons beaucoup trop tard, avec cette excuse que nous ignorions au petit matin ce que nous allions faire. Mais notre mouillage étant par trop inconfortable, nous décidons de filer aux Berry Islands, où nous resterons jusqu’au départ de notre invitée.
Cap sur Bond Cay (aucun rapport avec le James du même nom !) que nous atteignons six heures plus tard, grâce aux indéfectibles jumeaux Yanmar, qui auront suppléé la carence du vent, que notre météo nous annonçait favorable à 15-20 noeuds, et qui n’aura jamais dépassé 10 noeuds !
Cela a pour effet de nous offrir une navigation très paisible (regarde comme notre invitée est détendue !) mais de nous retarder considérablement, et de nous faire arriver de nuit dans un endroit inconnu, fait dont nous devenons coutumiers.
Seulement, ici aux Bahamas, jouer à ça, c’est un peu comme jouer à la roulette russe...
Quelle sale manie !
Cependant, notre cartographie est d’une exceptionnelle précision, et c’est avec une déconcertante facilité - et quelques chaleurs toutefois quand le sondeur indique qu’il reste 30 cm d’eau sous nos ailerons - que nous jetons l’ancre dans un mouillage d’un calme absolu.
Génial ! On verra demain à quoi ça ressemble...
3ème jour - Bond Cay
Tu étais impatient (comme nous) de voir la bobine de notre mouillage, et bien... voilà !
C’est beau, c’est bleu, c’est calme, c’est tout ce que nous voulions.
Ceci dit, bleu, ça ne le reste pas longtemps, parce que la météo aujourd’hui est tout simplement déconcertante. Alors que les prévisions nous annonçaient du grand beau jusqu’à la fin du séjour de Sylvie, un ciel absolument hideux se profile à l’horizon, et c’est dans la grisaille que nous passons l’essentiel de la journée.
Sylvie s’est tapé 10.000 bornes pour avoir du soleil, et ben c’est raté !
Malgré cela, une luminosité absolument exceptionnelle règne, et nous offre des couleurs et des panoramas sensationnels, qu’hélas le meilleur appareil photo ne saurait restituer, tant la subtilité de ce que nous te dépeignons est grande...
Si tu veux savoir de quoi on parle, t’as qu’à venir nous voir, lecteur !
Tu l’auras compris, le programme du jour était casanier : lecture, cinéma, cuisine.
Après tout, c’est l’hiver pour nous aussi ! La preuve : on s’est baignés ce matin dans une eau à seulement 24°...!
4ème jour - Comfort Cay
Sur le papier (le papier des cartes) notre mouillage du jour promet d’être tip-top. Litlle Harbour Cay, cernée par Comfort Cay, Cabbage Cay et Guano Cay, semble receler un abri tel que nous les aimons : peu profond et entouré de terres, donc préservé de la houle.
Et, surabondamment, il est censé être joli.
Las, il faut y aller. Un examen attentif des cartes nous apprend qu’on ne peut pas rester du côté sous le vent des îles, sur le “banks”, car les bancs de sable, qui bougent sans cesse, sont de toute façon trop peu profonds pour que nous espérions tracer notre route à travers ce dédale sous marin.
Et puis, nous naviguerons à marée haute, donc sans droit à l’erreur, car si on s’échoue, il ne faut pas espérer une montée des eaux pour se sortir de cette mauvaise passe.
On décide donc de ne prendre aucun risque et de remonter à Little Harbour Cay en passant par l’extérieur des terres, c’est à dire avec de l’eau à profusion sous nos coques, mais en étant exposés à la houle et au vent...
Comme de bien entendu, c’est au moment où on lève l’ancre que le vent se lève aussi, et c’est avec 20 noeuds établis de vent contraire et une houle démoniaque que nous faisons notre route.
Hésitation à l’arrivée, car le mouillage initialement visé semble inaccessible, la houle levant une mer bien peu avenante pour s’engager dans un mouchoir de poche inconnu...
On reste prudemment dans une zone plus dégagée pour mouiller en face de Comfort Cay, qui porte bien son nom puisqu’effectivement, après avoir été remués à l’extérieur des terres, l’abri est royal : moins de deux mètres d’eau turquoise, pas un soupçon de houle, alors qu’à un demi mille de là, ça secoue ferme !
On embarque sur Mini-Kouunji pour aller jeter un oeil à terre, puisqu’il parait qu’on y trouve un resto plus que convenable (y’aura p’t’être du Wi-Fi ?) et que c’est convivial à souhait.
Tu parles !
Le resto est fermé, il a l’air abandonné depuis des lustres, et il n’y a rien qui puisse faire le bonheur d’un marin désoeuvré. Jette un oeil, et conviens en...!
Le retour avec Mini-Kouunji est épique. La marée est encore descendue depuis notre passage à l’aller, de sorte que nous sommes quasiment échoués sur les hauts-fonds.
Heureusement qu’on a Sylvie pour nous tracter !
Tu la verrais faire travailler ses quadriceps, la p’tite Sylvie : terrible ! Elle se bousille aussi les pieds à faire la bête de somme, mais au moins les hauts-fonds sont franchis, et ce sans l’aide du crétin dans un bateau à fond plat qui passe à côté de nous à deux reprises à fond la caisse en nous voyant galérer...
Tu crois que ce sinistre abruti aurait l’idée de venir nous prêter main forte ou de nous indiquer où se trouve le meilleur passage...?
Bref, le mouillage est peinard, mais à part ça... Allez, demain on rejoint ce qui est - selon nos guides - l’un des plus beaux coins des Berry Islands.
Ce serai pas du luxe de trouver un endroit vraiment sympa, parce qu’on commence à être un peu en manque, là...
Ce qui ne nous empêche pas de fêter un joyeux anniversaire à la fille du capitaine ! 19 balais ! Qu’est ce qu’ils sont loin, nos 19 ans...!
5ème jour - Hoffmans Cay
Les quelques milles nautiques nous séparant de notre destination ont été longs, très longs à parcourir. Pourquoi ? Et bien lis la suite, tu vas comprendre, impatient que tu es...!
Nous sommes sur le “banks”, c’est à dire côté sous le vent des Berry Islands, et donc sur le banc de sable.
Profondeur maxi en dehors des passes : 2 mètres. On attend donc la marée haute, parce que sans ça, l’échouage est garanti sur facture. Et la facture pour se déséchouer sera salée !
Bref, on avance à un rythme de tortue shootée au Xanax, et ce n’est pas plus mal, puisque nous devons changer radicalement de cap à plusieurs reprises pour garder de l’eau sous nos coques. Il ne reste parfois que 30 centimètres, et c’est bien peu...
Mais on s’en sort bien et - après quelques chaleurs - nous arrivons à destination.
Le mouillage est censé être l’un des plus beaux des Berry Islands. Il est en effet attrayant, mais il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard.
Juge par toi-même, lecteur chéri.
Serait-on blasés ? On ne le souhaite pas, ça nuirait au plaisir...
Il y a un seul cata dans ce mouillage, qui, peu après notre arrivée, laisse échapper une planche de surf... Personne à bord... Le capitaine chausse palmes, masque et tuba et file récupérer la planche qui avait des désirs d’ailleurs. Il est chaleureusement remercié par l’équipage du cata, des Ricains fort sympathiques, qui vivent en Alaska trois mois par an (l’été), et qui sillonnent les Antilles en hiver.
Nous nous empressons d’aller à terre, pour découvrir une curiosité géologique que les autochtones te dépeignent comme la 8ème merveille du monde : The Blue Hole.
Traduire : le trou bleu. Non, il ne s’agit pas de l’anus d’un Schtroumpf, mais d’une cuvette naturelle creusée dans la roche, au beau milieu de l’île, qui forme une sorte de petit lac.
Voilà à quoi ça ressemble.
Le capitaine fait un peu le zouave, puis nous poursuivons notre exploration jusqu’à la plage suivante, qui n’est pas la plus belle, mais qui n’est cependant pas dénuée de charme.
Et puis l'eau est si claire...
Bref, c’est paisible, tout comme le plan d’eau qui s’assagit au fil de la journée, puisque le vent tombe lentement.
Au retour, nos voisins Amerlocks nous offrent des cookies fait maison, et bien crois le si tu veux, mais on en aurait bien repris, parce qu’ils étaient succulents !
Une plongée rapide aux alentours de Kouunji nous met en présence d’un barracuda à la mine patibulaire, qui ne s’en laisse pas compter et tourne autour de nous comme s’il avait l’intention de nous bouffer...
Comme nous ne souhaitons pas finir en sushis pour le barracuda en question, nous mettons un terme à notre plongée qui n’a guère d’intérêt, si ce n’est celui de nous confirmer que ces poissons ont vraiment une sale gueule !
Selon nos guides, nous avons vu ce qui se fait de mieux aux Berry Islands.
Si nous ne sommes pas déçus, nous ne sommes pas non plus transportés d’allégresse. Certes, le coin est plaisant, mais il n’atteint pas des sommets.
Dès demain, cap sur New Providence. Nous essayerons un autre mouillage, proche de l’aéroport, et d’où nous devrions normalement pouvoir faire de belles plongées.
D’ici là, un gros dodo en perspective, car ce mouillage, comme souvent ici, est d’un calme olympien. C’est déjà ça !
6ème jour
Berry Islands - Clifton Point - Lyford Cay - New Providence
Cette journée, selon la formule consacrée, est une journée de transition.
Nous quittons les Berry Islands, pour revenir à New Providence. Nous avons choisi de mouiller sur la côte Ouest, à Clifton Point, qui a pour avantage d’être plus accessible que Nassau.
Que te dire, lecteur, pour éveiller ton intérêt, dans la mesure où cette journée, pour nous, n’en avait aucun ?
Ah, si...!
On sait maintenant avec certitude une chose : on aime bien le bateau, mais on n’aime pas naviguer.
Allez, on te laisse quelques jours pour méditer sur cet apparent paradoxe.
Pour t’aider, sache qu’une fois encore, la météo nous aura joué un tour de cochon. C’était du vent d’Est qui était prévu, finalement nous avons eu du Sud Sud Est. Bref, un monde entre l’un et l’autre, et une progression difficile, pénible, au près serré, sur une mer heureusement clémente.
On trouve à l’arrivée le mouillage le plus paisible qui puisse exister.
Hélas, on a eu beau explorer la côte de nuit avec Mini-Kouunji, on n’a pas trouvé le moindre resto...! Heureusement qu’il reste du cassoulet à bord !