482 - Tout a une fin
15 - 21 juillet - Rikitea - Mangareva - Iles Gambier
Avertissement : ne roumègue pas si les photos n'apparaissent pas, on n'y peut rien !
15 juillet
Hervé, de Taravai, s’est pointé au petit matin pour nous fourguer du cochon sauvage fraîchement découpé. On prend !
Quand on ne bricole pas sur Kouunji, y’a rien à faire, faut qu’on aille bricoler sur un autre bateau.
C’est sur Bohemia que ça se passe aujourd’hui, puisque le safran qui doit remplacer celui qui a défunté (!) est arrivé.
Hélas, il s’est arrêté sur le quai, et il a fallu le transbahuter à bord dans la perspective de son installation par celui qui a le plus de compétences pour ce faire, puisque c’est une opération very délicate.
Les Bohémiens bidouillent un système avec des bouts, des winchs et des poulies, et finalement, le quintal du colis est hissé à bord sans trop de peine, ce qui tend à démontrer que, plus tu es fainéant, et plus tu travailles intelligemment !
On dîne sur Kouunji avec François, l’homme qui descend des poissons, et qui doit bien avoir des ouïes planquées quelque part pour arriver à passer des plombes sous l’eau sans respirer...!
C’est un peu normal, dans la mesure où, à l’instar d’Obélix, il est tombé dans l’apnée quand il était petit.
Si on osait, on te dirait que ça s’explique, puisqu’il est le neveu de Jacques Mayol, celui-là même qui a inspiré l’histoire du film de Luc Besson “Le Grand Bleu”. Seulement, il en a plein le dos qu’on remette ça sur le tapis sans arrêt...
Alors on ne le dit pas et d’ailleurs on n’en parlera jamais...
Tout ceci est très anecdotique, car par ailleurs, François est un mec comme ça, débordant de gentillesse et de simplicité, qui connait la Polynésie comme sa poche. Et le courant passe tellement bien que, au final, on lui fait cadeau d’un soin aux huiles essentielles et de l’ancien moteur de Mini-Kouunji !
Quitte à être sympas, autant qu’on le soit avec un mec sympa, non ?
16 juillet
On livre à François son nouveau moteur, il est content, nous aussi, et on aime bien quand tout le monde est content.
Après, il faut bien avouer qu’on n’a pas fait grand chose, et on n’a même pas daigné traîner au “heiva”, qui, on le confesse, a atteint ses limites concernant l’émerveillement qu’il peut susciter chez les néophytes que nous sommes.
Les festivités, un peu répétitives, n’ont plus le pouvoir d’attraction qu’elles exerçaient il y a dix jours seulement...
Mais le temps est beau, les paysages toujours magnifiques, et puis, même si on s’intéresse au “heiva” parce qu’on a la chance d’y assister, on n’est pas venus là pour ça, hein ?
Bref, le temps s’écoule paisiblement, et ça nous convient parfaitement.
Bon anniversaire à Valérie, qui ne nous a pourtant pas donné de nouvelles depuis plus de trois mois...!
17 juillet
Dans la série des anniversaires, on en souhaite un super joyeux à Christophe, l’ami des bêtes et de l’équipage de ton bateau préféré, qui sillonne le monde pour t’apporter l’émotion que tu ne trouveras pas à la télé !
De l’émotion, il y en a encore ce matin, car Toango, le bateau cosmopolite de Magalie, Mayan, Tomas et Tobias, quitte le mouillage après avoir salué tous les boat-potes présents, c’est à dire... tout le monde !
Ils ont rencard aux Tuamotus, et ce serait pas bien d’être en retard !
Nous avons un regain d’intérêt pour le “heiva”, qui nous offre ce soir une première : une légende dansée.
Les deux troupes qui se livrent depuis l’origine un amical duel fratricide interprètent, chacune leur tour, une histoire qui, peu pou prou, pourrait ressembler à un mélange de “Roméo et Juliette” et de “Hamlet”, puisqu’à chaque fois, il est question d’amour, de familles ennemies, de rois destitués, de vengeance, bref, tous les bons ingrédients qui font une bonne intrigue.
Les danses se succèdent, chaque geste a son importance, les corps et les chorégraphies racontent tout, et, très franchement, c’est beau. Ca nous réconcilie avec le “heiva”, et c’est tant mieux.
Tout ce qu’on veut en effet, c’est prendre du plaisir.
Et on en prend.
Donc tout baigne.
18 juillet
Epique partie de poker menteur sur Bohemia, au cours de laquelle le Pimousse réalise l’exploit surnaturel de faire six pokers d’affilée...!
Ce qui a corrélativement plombé les ambitions du capitaine, qui ne pouvait décemment croire à une chance pareille. Et pourtant...
Le “heiva” a décidé de finir en beauté, puisque la soirée ne compte pas moins de trois concours distincts :
- concours de Chow Mein (plat chinois)
- concours de bras de fer
- concours d’orchestre traditionnel
On a fait comme tout le monde, on a goûté les plats chinois après leur réalisation : succulent !
Au concours de bras de fer, on est restés sagement dans notre coin, quand on a vu le gabarit impressionnant des candidats et des candidates qui s’affrontaient. Ca a mis une ambiance du tonnerre, ce qui démontre que les vieilles recettes fonctionnent toujours.
Enfin, un peu de poésie avec les orchestres traditionnels. Même si t’es pas fan de musique polynésienne, là, en direct-live, t’es obligé d’apprécier, parce que y’a de l’émotion dans les trémolos, de la tripe dans la rythmique, du sentiment dans le chant, bref, ça s’écoute...
Si tu ajoutes à ça que les gars ici fabriquent une contrebasse avec une poubelle, un bout de bois et un fil de pêche, t’as une idée de l’ingéniosité des locaux et de la performance réalisée pour faire de la musique avec des instruments de cet acabit...!
Pour finir, tous les groupes qui se sont tirés la bourre pendant le concours font un “boeuf” ensemble, dans une sorte d'œcuménisme musical qui fait plaisir à entendre.
Y’a pas à dire, les Polynésiens savent faire la fête !
19 juillet
C’est un grand jour puisqu’on poursuit la série des anniversaires avec celui de Caroline, qui fête aujourd’hui le nombre de printemps qui convient pour être en adéquation avec son bulletin de naissance, et qu’on ne dévoilera pas !
Happy birthday Caro !
C’est encore un grand jour car le “heiva” en remet une couche, avec de nouvelles danses, de nouveaux costumes, même si c’est assez ressemblant avec ce qu’on a pu admirer jusqu’alors.
C’est en réalité l’art de faire du neuf avec du vieux.
Préalablement, les hommes et les femmes se tirent la bourre (séparément, puisque chacun sait que les hommes ne peuvent pas rivaliser avec les femmes, et inversement...) dans le cadre d’un triathlon un peu particulier.
L’épreuve de natation est en effet remplacée par une épreuve de prao (la pirogue locale), fort délicate à utiliser, puis, une fois le rameur à terre, il n’enfourche pas son vélo pour pédaler, mais il passe le relais à un coéquipier, qui lui même transmettra le témoin au dernier de la bande qui bouclera l’épreuve à l’aide de ses baskets fluo !
Tout le bon sens polynésien est ainsi résumé : pourquoi se fatiguer à faire trois épreuves, alors qu’il est si simple de diviser le boulot entre trois personnes ?
Vient l’heure des danses, et là, coup de théâtre : il ne pleuvine pas, il pleut à verse...!
(NB : on vient de découvrir le mot “pleuviner” grâce à Caro et on voulait à tout prix l’utiliser...)
Les critiques fusent car les conseillers “municipals” (l’animateur qui tient le crachoir toute la soirée dit comme ça, alors nous on se plie aux usages “locals” !) se sont fait désirer pendant près d’une heure, et si ces glands avaient été ponctuels, tout aurait pu se dérouler sans anicroche météo.
Maintenant, c’est râpé. Alors on attend que la pluie cesse, et seul un groupe sur deux dansera. L’autre se produira demain, le chef a exigé que ce soit dans le gymnase, et donc à l’abri...! Pas con le chef ! C’est sûrement pour ça qu’il est le chef !
Nous, on s’est fait une bonne bouffe, invités par les Bohémiens, on s’est marrés, et une fois encore, on a pris de belles photos qu’on partage avec toi et l’ensemble des autres bateaux au mouillage, puisque le capitaine a été officieusement désigné “photographe des voileux”, et refile, avec sa légendaire générosité, nos clichés à tout le monde...!
La vérité, si on faisait payer des droits, on pourrait voyager un peu plus longtemps...!
20 juillet
C’est le dernier jour du “heiva”, mais avant de t’en parler, il faut qu’on te narre quelque chose de comique.
On a découvert un truc unique, et même incroyable.
Comme on aime bien te faire partager nos trouvailles, voici, photo après photo, le mystère qui se dissipe.
Ca tient dans une boîte de conserve...
C’est soigneusement emballé...
Ca ressemble à un truc bien de chez nous...
C’est un truc bien de chez nous : du brie... en boîte !
On n’avait jamais vu ça. Et toi ?
Bon, trêve de billevesées, voici l’épilogue du “heiva”.
Les 700 canettes de bière qui était stockées dans l’une des baraques hier ont disparu...! La beuverie du samedi soir a été impressionnante, et on se demande bien comment les gars peuvent ingurgiter autant de liquide...
Ainsi le Pimousse a pu constater de visu un olibrius boire 4 litres de vin directement à la brique (hum...) en une heure et demie à peine... Essaye seulement de boire 4 litres d’eau...
C’est l’heure de la dernière représentation, et de la remise des prix aux lauréats.
Ce qui donne lieu à des remontages de bretelles, et se conclut dans le style “Règlement de comptes à OK Gambier”...!
Primo, le gagnant du concours de pêche est destitué, parce qu’il a amené son poisson au pesage... en voiture, par la route ! Alors que le gars est censé arriver par la mer, non ?
Deuxio, le titre de la plus belle “barrrrraque”, c’est à dire le plus beau stand provisoire monté pour le “heiva”, et que tu as pu découvrir dans les précédents opus de ce blog remarquable, est attribué à la baraque des artisans.
Mais le Président du Comité des Fêtes prend la peine de préciser, en public et devant toute la population réunie au grand complet, que les artisans n’ayant pas payé leur cotisation au Comité pour avoir le droit de s’installer sur le site, ils sont eux aussi destitués de leur titre qui est finalement attribué à un mec qui a payé rubis sur l’ongle...!
Le maire se marre (les artisans seraient-ils des opposants ?), le Président du Comité en rajoute une couche en rappelant que les règles s’imposent à tout le monde, un p’tit laïus du style “dura lex, sed lex” (la loi est dure, mais c’est la loi, pour les non latinistes qui ont l’outrecuidance de lire ce blog alors qu’ils ne maîtrisent pas la langue de Platon) qui doit sûrement faire plaisir à ceux à qui il est destiné...!
Heureusement, les danses sont belles, très belles même, avec des costumes somptueux, et l’objectif de Mangareva est clairement annoncé : briller au grand concours de danses traditionnelles qui aura lieu en fin d’année 2015 aux Marquises...!
Si ça c’est pas de l’anticipation, on n’y connait rien !
21 juillet
Le démontage des baraques montées pour le “heiva” n’a pas traîné. Dès le premier jour de retour à la vie normale, tout ou presque est déjà désossé, démonté, évacué.
Hélas...
Pourquoi “hélas” ? demanderas tu, lecteur perspicace...
Et bien parce qu’en évacuant les déchets et les restes des baraques, un salopard est monté sur notre annexe et l’a crevée !
Autant te dire qu’on a carrément les glandes, parce que Mini-Kouunji, on en prend un soin méticuleux depuis le départ de Port Leucate. Un dinghy pour un marin, c’est aussi précieux, si ce n’est davantage, qu’une bagnole pour un terrien.
On a tout ce qu’il faut dans la trousse de secours, sauf de la colle spéciale Hypalon, ce textile ultra-résistant avec lequel notre bolide jaune est confectionné.
Le capitaine fait donc le tour de tous les bateaux voisins, en vain : personne n’a le produit miracle en stock.
Mais, comme dans les contes de fées, tout finit bien, puisqu’en jetant un nouveau coup d’oeil dans notre placard dédié à cet usage, le capitaine retrouve un tube de colle tout neuf, acheté tout exprès à Grenade...! Presque un an qu’il attend son heure...!
Et bien son heure, ce sera demain, car il faut faire ça en plein soleil pour que ça sèche convenablement.
Comme un malheur n’arrive jamais seul, en fin d’après midi, ce sont nos toilettes qui déclarent forfait. Impossible d’évacuer ce que nous y déposons avec tant de délicatesse ou de hâte, ça dépend des fois...!
Le programme du lendemain promet d’être extrêmement réjouissant...
Tout ça nous dégouterait presque du somptueux panorama au sein duquel on va finir par prendre racine si on n’y prend pas garde.