481 - Les feux de la rampe
8 - 14 juillet - Rikitea - Mangareva - Îles Gambier
8 juillet
On n'a pas l'habitude de commencer un article par une photo, mais avoue que celle qui précède est drôlement belle, hein ?!
On va te narrer, puisque ça te plait, la suite des exploits réalisés par les Mangaréviens pour le “heiva”.
Le programme est une nouvelle fois chamboulé à la dernière minute, et on n’assistera donc pas à l’épreuve phare de la journée, dite du “porteur de pierre”.
Ce n’est pas compliqué : il faut hisser sur son épaule une pierre posée au sol, parfaitement ronde, qui pèse 65 kilos pour les femmes, et 110 kilos pour les hommes...!
Epreuve annulée au motif que la compagnie d’assurance n’a pas voulu couvrir le risque, pour cause de colonnes vertébrales trop exposées.
On se contente donc du concours de plats chinois, nettement moins physique, qui a remplacé le concours de steak frites. Steak-frites, ça n’fait pas très polynésien, tout de même...
Le capitaine est une nouvelle fois enrôlé dans le jury, et tous les voileux sont là pour profiter du spectacle et goûter aux plats...!
Celui à préparer - le même pour tous les candidats - est simple : chevrettes (les crevettes locales) au curry et lait de coco.
Quatre critères sont notés : mise en place, présentation, quantité et qualité. Il y a quatre candidats, et très franchement, c’est un vrai sac de noeuds pour les départager. Les différences sont subtiles, pour ne pas dire infimes, voire même infinitésimales...
A peine les résultats proclamés, le public se voit accorder l’autorisation d’aller déguster les plats préparés pour les besoins du concours. Quarante huit secondes plus tard, il ne reste plus rien à becqueter...!
Bref, l’ambiance est toujours aussi bon enfant, c’est à la fois naïf, candide et simple et chaque épreuve se déroule dans la bonne humeur.
Un certain art de vivre, en somme...
9 juillet
Bon anniversaire au papa du capitaine, qui fête un paquet de printemps absolument considérable !
Au programme du “heiva” aujourd’hui, y’a du changement. La matinée est consacrée à une initiation aux arts du cirque, dispensée par les jeunes du bateau cosmopolite qui s’inscrit dans un projet alter-mondialiste.
Les gamins se marrent, on s’essaye aux acrobaties et au jonglage, et on renonce, parce qu’il y a trop de boulot !
En fin de journée, un autre grand moment du “heiva” s’annonce : la course des porteurs de fruits !
Rien de plus simple : on charge les concurrents comme des ânes, et ils se tirent la bourre sur un kilomètre. Les hommes trimballent 30 kilos sur leur dos, et les femmes se contentent de 20...!
Autant te dire qu’à l’arrivée, les participants ne sont plus très frais... et c’est un euphémisme.
Y'a pas de photo, car il n'y a aucune raison qu'on te montre tout, il faut bien te faire bisquer un peu… Si tu veux découvrir des trucs passionnants comme nous, lève le cul de ton fauteuil, et pars en voyage !
Nouvelles danses traditionnelles pour clôturer la soirée, on ne s’en lasse pas, et c’est tant mieux.
On commence sérieusement à songer à se faire adopter pour devenir Polynésiens...
10 juillet
On est au coeur du “heiva”, qui bat son plein sous un soleil étonnamment présent en cette saison.
Les festivités se poursuivent aujourd’hui, avec le moment tant attendu par la gent masculine : l’élection de Miss Mangareva.
Et les festivités se poursuivent également avec le moment tant attendu par la gent féminine : l’élection de Mister Mangareva.
Bref, l’ambiance est électrique, les femmes à deux doigts de tomber en pâmoison devant de beaux étalons, et les hommes avec la langue qui traîne par terre et les yeux prêts à jaillir de leurs orbites !
Pas de jeu de mots là-dessus, c’est pas le genre de la maison !
Premier coup dur pour les femmes : l’élection de Mister Mangareva est annulée.
Pourquoi, te demandes tu, lecteur intrigué ? Et bien tout simplement parce qu’il n’y a pas de candidat !
Fallait le dire, le capitaine se serait présenté... Seul, il aurait forcément gagné ! Certes, à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire...
Le sexe féminin encaisse le choc : point de beaux mâles à contempler...!
Second coup dur pour les hommes : il n’y a que trois participantes qui briguent le titre tant convoité ! Elles sont sûres d’être sur le podium, c’est déjà ça...!
Troisième et dernier coup dur, et non des moindres : la plus âgée des participantes a... 11 ans !
Les fantasmes nourris par tous les mâles depuis qu’ils ont pris connaissance du programme des festivités le mois dernier s’évaporent. L’érotisme espéré laisse la place à une franche partie de rigolade, et les mini-Miss sont ma foi fort attachantes, même si, par certains aspects, ce concours est un peu dérangeant.
Voir une enfant de 8 ans singer un top-model ultra érotisé laisse en effet parfois une impression nauséeuse...
Mais tout se termine dans la joie et la bonne humeur, comme d’habitude.
1 Miss désignée + 2 dauphines = 3 candidates primées
Le compte y est !
11 juillet
Le capitaine a les boules !
Notre mouillage secondaire s’est emberlificoté avec notre mouillage principal. Il faut donc démêler les deux chaînes au milieu desquelles la patte d’oie est venue s’entortiller, histoire d’en rajouter une couche.
Le capitaine prépare tout comme il faut, avec une bouée pour récupérer le mouillage secondaire une fois qu’il sera largué, un orin adapté, et plonge pour tout mettre au clair.
Mais, de fil en aiguille, et au gré des nécessités de l’opération, il supprime l’orin, de sorte que la bouée destinée à signaler la présence de notre deuxième ancre coule comme une pierre lorsque cette dernière retrouve sa liberté.
Et une ancre perdue, une !
En guise de lot de consolation, nous savons qu’une bouée flotte trois ou quatre mètres au-dessus d’elle, laquelle gît par 15 mètres de fond. Le capitaine a plongé en apnée, mais c’est peine perdue : on n’y voit pas à deux mètres, là dessous !
Il ne reste plus qu’à plonger avec un bloc pour retrouver notre matériel.
Grande séance d’arts martiaux sur la plage ensuite, avec Diego et le capitaine, qui se mettent sur la gueule fort amicalement afin de discuter des mérites respectifs du karaté et du taekwondo !
Se balancer des coups de pied dans les côtes et des coups de poing dans les gencives, c’est une drôle de façon de confronter ses points de vue, hein ?!
Mais ça nous fait du bien...!
Le Pimousse n’est pas en reste, et ses postures de yoga intriguent les Miss d’hier.
C’est une nouvelle fois un grand moment du “heiva” auquel nous avons droit le soir avec la finale du “futsal”, ou football en salle qui se joue sur un terrain de hand-ball.
L’équipe gagnante est celle des Djeunes (authentique !) qui l’emporte sur le score de 8 buts à 1.
Il n’y a pas que dans les arts martiaux qu’on peut prendre une raclée !
On serait incomplets si on on ne te disait pas que le Pimousse se débrouille comme un chef avec un djembé et un didgeridoo (une flûte australienne de 2 mètres !), que les Bohémiens nous ont encore régalés avec leur compagnie et leur repas du soir, et que les jours passent à une vitesse incroyable.
La vie est belle. Parce que c’est la vie, précisément.
12 juillet
En premier lieu, un immense merci à François, qui crèche sur un bateau voisin, et qui n’a pas grand chose à apprendre de Jacques Mayol concernant la plongée en apnée. Il a retrouvé notre ancre, immergée à une quinzaine de mètres ! Il a attaché notre bouée, bref, y’a plus qu’à tout remonter ! Merci François, tu nous enlèves une sacrée épine du pied !
Le “heiva” n’en finit pas de péricliter... Cette fête, qui avait dans les premiers jours une véritable allure de grand messe traditionnelle, représentative des us et coutumes polynésiens, vire lentement mais sûrement à la kermesse de village.
Tu as pu t’en apercevoir au fil des jours passés, et si tu ne t’en es pas aperçu, c’est que tu n’es pas assez attentif quand tu lis le présent chef-d’oeuvre...!
Cela étant, Rikitea est un village, puisqu’il y a moins de 1.000 habitants sur toute l’île de Mangareva.
Sono foireuse, musique d’une nullité incommensurable, chanteurs affligeants, bal qui a tout pour déplaire à Michel Sardou puisqu’il n’est pas populaire du tout, la moitié de la population le boycottant pour faire les pieds au nouveau maire qui n’a été élu qu’avec 40 voix d’avance, et dont les adversaires politiques ont juré la perte !
L’esprit de clocher dans toute sa splendeur !
Ceux qui boycottent le bal se trouvent à quelques encablures, et se bourrent la gueule consciencieusement à la Hinano, la bière locale, et, une fois ivres morts, sont évacués au petit matin dans un camion benne de la commune !
Bref, heureusement que nous trouvons d’autres attraits à cet endroit que celui pouvant résulter des animations prévues pour “le juillet”, parce que celles-ci sont d’une si piètre qualité que même la foire de Trifouillis les Oies un dimanche pluvieux de novembre doit être plus attrayante...!
On a passé une bonne journée avec nos boat-potes !
Parce que ça - c’est le point positif du jour - il règne une ambiance au top dans ce mouillage. L’intervention providentielle de François, à qui on n’avait rien demandé, en est la preuve.
Tu veux une autre preuve ? On n’a pas encore fait couler le bateau des Amerlocks !
13 juillet
Moment d’anthologie en ce dimanche à nul autre pareil, puisqu’après les mini-miss, c’est au tour des miss grandeur nature d’être désignées par les Mangaréviens.
Qui sera élue reine de beauté du “heiva” cuvée 2014 ? Telle est la question qui brûle les lèvres de tous les insulaires, dont nous sommes.
La fille d’Yves est candidate au titre suprême, et bien sûr on vote d’avance pour elle (même si pour le capitaine, la seule reine de beauté qui existe, c’est le Pimousse !).
Notre vote ne vaut pas grand chose, car là, c’est du sérieux, et les marins ne sont plus recrutés pour faire partie du jury. C’est l’affaire des gens du cru, surtout qu’il y a une épreuve qui tue...
En effet, il faut être belle pour gagner, mais avoir en outre un cerveau, puisque les candidates doivent s’exprimer du mieux qu’elles peuvent, en français et en mangarévien, dialecte local encore différent du polynésien...
C’est pas Bac + 8, mais on n’en est pas loin...!
Sous une pluie intermittente, les défilés se succèdent, en tenue de soirée, en tenue de sport , en tenue végétale (véridique !), et le moment des délibérations arrive.
Le capitaine laisse traîner ses yeux et ses oreilles, pour découvrir que les candidates sont notées sur divers critères : présentation, élégance, élocution, aisance, etc...
Chaque critère est noté sur 3, 4 ou 5, selon l’importance qu’on a bien voulu lui conférer.
Or, le capitaine découvre subrepticement (le capitaine “subreptice” fort bien quand c’est nécessaire, il a appris sur Contre-Temps avec Sika...!) que certaines candidates ont réussi l’exploit de récolter des notes de 6 sur 5...!
Avoue que c’est balaise, une performance pareille...!
S’ensuivent d’interminables tractations, chaque juré essayant d’influencer les autres, ce qui témoigne de l’indépendance de chacun...! Tous les curieux qui traînent autour du jury sont congédiés, afin que les négociations (on laisse ta cousine première si ma nièce est deuxième et que la petite soeur de mon beau-frère monte sur le podium...) restent secrètes.
Au final, c’est la diplomatie qui s’impose. Il y a quatre candidates, qui repartent toutes couronnées :
- une Miss Mangareva
- une Miss Heiva
- une première dauphine
- une deuxième dauphine
L’honneur est sauf, toutes les familles ou presque ont une lauréate qui revient à la maison !
14 juillet
On a mis un slip bleu-blanc-rouge aujourd’hui, puisque c’est l’anniversaire de la Brise de la Pastille !
A moins que ce soit la Prise de la Bastille, on ne sait plus trop... L’émotion tricolore, sans doute, qui nous brouille la comprenette...!
Yves, en tant que militaire le plus gradé de l’île, est à l’honneur et hisse avec une légitime fierté les couleurs nationales, encadré par le drapeau Polynésien et le drapeau Mangarévien.
Remise des trophées sportifs, diverses danses qu’on commence à connaître par coeur, “haka” réalisés par les garçons (le “haka” étant une danse guerrière destinée à impressionner l’adversaire, ce que font les All Black avant un match de rugby par exemple), et à peine la cérémonie est-elle achevée que les lamentables DJ qui avaient déjà pourri la soirée d’avant hier parviennent à réaliser l’exploit remarquable d’être encore plus nuls qu’ils ne l’ont été précédemment...!
La musique nous empoisonne la journée complète, puisque la sono (poussée évidemment à fond les manettes) distille une musique tellement naze que les qualificatifs nous manquent pour te dire à quel point le calvaire que nous endurons est inhumain...!
Mais, pour te donner une idée, tu prends les chansons les plus débiles de Patrick Sébastien, tu les accommodes à la sauce exotique, mi-zouk mi-fanfare, tu ajoutes des chanteurs à la voix métallique qui bien sûr chantent comme des casseroles, le tout sur le même rythme syncopé pendant quatorze heures d’affilée, et tu auras une idée de ce à quoi on n’a pas pu échapper.
Le genre de truc qui te donne envie de pulvériser la sono au bazooka et de finir les restes à coups de hache !
Alors on s’est encore instruits sur la Polynésie avec Yves, et on a appris aux Bohémiens à jouer au tarot.
Un vendeur de bazookas aurait vraiment pu faire de bonnes affaires aujourd’hui !