532 - La courte échelle
20 décembre - Vaitahu - Tahuata - Iles Marquises
Cet article n’a qu’un intérêt, c’est celui de te narrer les petits malheurs des plaisanciers, lesquels peuvent parfois prendre des proportions inquiétantes.
Te voilà rigoureusement informé du contenu de notre prose, alors si ça ne t’intéresse pas, va donc lire un autre article, y’en a plus de 500, tu trouveras forcément ton bonheur !
Les petits malheurs commencent donc avec l’Aranui, le bateau qui approvisionne les îles, et qui, à 6 heures du mat’, laisse tomber son ancre à quelques mètres de nous, dans un raffut de tous les diables. Inutile d’espérer dormir davantage.
Ca continue avec nos boat-potes de Contre-Temps, pour qui le diagnostic est tombé : la malheureuse Cécile a chopé le chikungunya. Fièvre de cheval, toutes les articulations rouillées au point de ne presque plus pouvoir bouger, fatigue pire que si elle avait fait le tour du périph’ en courant trois fois d’affilée dans la même journée, bref, c’est pas drôle, pas drôle du tout.
Et, même si on est extrêmement compatissants, on ne peut rien pour elle.
Scrogneutedjeu...!
Au p’tit matin, le capitaine fait ses crêpes traditionnelles, quand William - le capitaine de Parenthèse - se pointe et réclame de l’aide pour affaler son génois. Car l’attache de son étai est cassée, il doit donc enlever sa voile avant d’essayer de réparer.
Le capitaine laisse tomber les crêpes (tu te rends compte à quel point il est disposé à aider, pour abandonner ses crêpes ?!) et s’en va régler ça avec l’équipage de Parenthèse au grand complet, en deux coups de cuiller à pot.
On file ensuite à terre tous ensemble (sauf Cécile qui est aux abonnés absents), puisque l’Aranui a déversé son flot de touristes, et les artisans de Vaitahu exposent leur savoir faire et leurs créations.
On t’a déjà expliqué (cf. article 496) qu’on n’est pas des touristes, mais pourquoi ne pas aller jeter un oeil nous aussi ? C’est l’occasion pour le Pimousse de se faire offrir (encore ?) un nouveau p’tit cadeau, un magnifique collier confectionné avec les piquants d’un oursin-crayon.
Joli, non ?
On s’apprête à revenir à bord, mais l’ancre du dinghy de William reste coincée. En dépit de ses efforts, rien à faire, elle est au fond, semble s’y plaire et se montre donc peu disposée à remonter.
Et qui c’est qui plonge pour aller décoincer l’ancre récalcitrante ?
Celui qui a répondu “le capitaine” (et rédacteur émérite de ce blog) gagne un lot de bas de contention d’occasion offert par la maison de retraite de Ploumenec-Lefouillis, notre partenaire breton !
Cette plongée à cinq mètres constitue un excellent entraînement pour la suite.
En effet, dans l’après midi, alors que tous les membres d’équipage de Kouunji batifolent dans une eau translucide qui avoisine les 30 degrés (pas mal, hein ?), un mini-drame se produit : on paume une fois de plus l’échelle de bain.
Ce n’était pas grave à Tahauku, dans la baie d’Atuona, car il y avait seulement 2 mètres de fond.
Ici, c’est pas pareil : y’a vingt mètres sous les ailerons de Kouunji, alors ça va être du sport d’aller récupérer l’échelle fugueuse.
Et qui c’est qui s’y colle ?
Celui qui a répondu “le capitaine” (et rédacteur toujours aussi émérite de ce blog) gagne un lot de cassoulet en boîte offert par “La Saucisse Joyeuse”, notre partenaire toulousain !
Alors là, on fait une petite halte pour t’expliquer les rudiments de la plongée en apnée, car y’a des trucs à ne pas oublier.
En premier lieu, toujours se rappeler que descendre c’est bien, mais que remonter, c’est mieux. Parce que ça ne sert pas à grand chose d’aller récupérer l’échelle si tu ne peux pas la remonter à la surface et que tu restes au fond avec elle, puisque mourir avec une échelle à la main ne t’aidera pas - en dépit des apparences - à monter plus vite au paradis !
Le capitaine repère donc l’objet tant convoité depuis la surface, puisque l’eau, heureusement, est translucide, puis, une fois la cible en joue, se laisse avaler par les profondeurs bleutées des eaux marquisiennes.
Jolie formule, isn’t it ?
C’est là que tu dois te rappeler du deuxième principe de base de la plongée en apnée. C’est que si tu as besoin d’oxygène, tes muscles en ont besoin aussi, et si tu les actives en mode fortissimo, ils leur en faut beaucoup, les bougres.
En particulier aux quadriceps, qui sont les plus gros muscles du corps, et par conséquent les plus gourmands (et le capitaine sait de quoi il parle quand il traite de gourmandise !)
Le dilemme est le suivant : si tu palmes comme un dératé, tu vas vite, mais tu brûles tes particules O2 à une vitesse déraisonnable. Si tu palmes comme un dépressif suicidaire, tu économises l’air, mais comme tu restes plus longtemps sous l’eau, ça devient problématique quand tu prends conscience en remontant que la nature ne t’a pas pourvu de branchies qui te seraient pourtant extrêmement utiles...
Bref, et comme disait Confucius : la vérité en toutes choses est dans le juste milieu.
Le capitaine se prend donc pour Jacques Mayol l’espace de quelques instants qui lui ont parus très très très longs, car, il en est certain maintenant, l’être humain n’est résolument pas conçu pour vivre sans respirer.
A la remontée, il a même un léger vertige (au demeurant fort agréable, un ersatz sans doute de la fameuse “ivresse des profondeurs”) qui en dit long sur ses piètres aptitudes d’apnéiste : 20 mètres, mais pas plus !
Voilà de nouveau notre échelle de bain à poste, et solidement amarrée.
Après tous ces efforts, on avait bien le droit de se payer un beau coucher de soleil sur Vaitahu, non ?!