549 - Elle est pas belle, ma raie…?!
8 - 9 janvier - Anakee - Hiva Oa - Iles Marquises
Il y a des jours où on en bave, sur ce rafiot, en particulier quand les navigations sont dures. Il y a des jours aussi où on se demande pourquoi on a été assez stupides pour ne pas embarquer plus tôt et partir il y a dix ans de cela.
C’est par exemple un jour comme aujourd’hui. Ciel clément, vent aux abonnés absents, le temps s’égrène lentement, et la matinée est consacrée à diverses petites choses, parmi lesquelles la réparation du trampoline.
Le capitaine n’a aucune prédisposition pour la couture, mais il est opiniâtre. Ca compense...
Après un succulent magret de canard, on charge tout à bord de Mini-Kouunji, c’est à dire les combinaisons de plongée, les palmes, les masques, les tubas, l’appareil photo (sinon comment on partagerait tout ça avec toi ?), un couteau, une ceinture de plomb, le fusil-harpon, et on fend les flots pour aller à Anakee, distant d’à peine un mille.
Si on y va, c’est parce que c’est le repaire privilégié des raies manta, qui ont pris l’habitude d’y déployer leurs ailes immenses lorsqu’elles se prélassent et chassent.
Une heure et demie sous l’eau n’y fait rien. Certes, on voit plein de p’tits poissons sympas, mais point de raie à l’horizon.
C’est au moment où on décide d’aller mouiller un peu plus loin qu’une couple arrive.
Comment te dire ? Fantastique...? Non ! Incroyable...? Non ! En fait, c’est impressionnant et émouvant.
Impressionnant, parce que les bestioles font la taille de Mini-Kouunji. Autant te dire qu’on n’a jamais eu à ce point la sensation d’être sur une coque de noix.
Emouvant, parce qu’une fois à l’eau, les raies, loin de prendre peur, s’approchent de nous, afin d’examiner en détail ces étranges visiteurs que nous sommes et qui viennent troubler leur quiétude.
Impressionnant, parce que quand tu vois un mastodonte pareil arriver droit sur toi, t’as beau savoir que ça ne mange que du plancton, tu te sens tout d’un coup extrêmement minuscule.
Emouvant, parce que finalement, les raies tournent autour de nous, un peu comme si elles nous invitaient à se joindre à elles (anthropomorphisme ?), à moins qu’elles soient tout simplement indifférentes (réalisme ?).
L’anthropomorphisme, lecteur interrogatif, est le fait de prêter à Dieu (initialement) et aux animaux (par extension) des sentiments humains, qu’ils n’éprouvent généralement pas. Ainsi, quand un chien te lèche la figure, tu te dis qu’il est adorable de te faire des bisous. En fait, c’est un signe de domination. Si le chien te balance sa langue râpeuse sur la poire, ce n’est certainement pas pour t’embrasser, mais parce qu’il considère qu’il est plus fort que toi.
Bref, il est bien hasardeux de prêter des intentions quelconques à ces géants aquatiques.
Quoi qu’il en soit, nager aux côtés de ces créatures de trois mètres d’envergure, qui volent davantage qu’elles ne nagent, c’est une expérience absolument unique, qu’on te souhaite de vivre un jour, lecteur chéri.
Tu pardonneras la piètre qualité des photos, mais l’eau était trouble, et l’émotion telle que le capitaine n’a pas été très performant. Cela étant, l’opacité de l’eau ajoute au côté un peu onirique de cette plongée féérique.
Et les raies sont là tous les jours ou presque...
On retourne donc les voir le lendemain, pour t’en montrer davantage... et pour savourer ce plaisir indicible de partager avec elles ces moments de pure grâce.
Le programme du jour suivant a donc été exactement identique. Tu remplaces simplement les magrets de canard par des lasagnes maison, et le tour est joué !
Les raies sont là, fidèles au poste. Avoue que deux jours d’affilée à plonger avec les raies manta, c’est un programme plutôt cool, non ?
Du coup, tu as deux articles pour le prix d’un. Mais comme de toute façon tu ne payes pas...
Ah... c’est pas en te contant nos histoires qu’on va s’enrichir...!