555 - Le charme opère (encore)
19 - 21 février - Ua Huka - Iles Marquises
On avait une patate d’enfer ce matin, aussi décide-t-on d’aller à Vaipaee, la “capitale” de Ua Huka. Par capitale, entend que c’est le plus gros bourg de l’île, et qu’il doit compter une centaine d’habitants...
On s’empare de la carte, et on constate que ce n’est pas si loin, puisqu’à vol d’oiseau, il y a moins de cinq kilomètres. Mais on constate aussi qu’on n’est pas des oiseaux...
On est cependant fiers de nous, parce que, dès le départ, chaque voiture qui allait dans notre direction s’est arrêtée pour proposer de nous embarquer. A tous ces gens charmants, on a répondu qu’on voulait faire de l’exercice.
Leur mine ahurie aurait dû nous mettre sur la voie...
La bonne heure de marche prévue initialement s’est transformée en deux heures et demi, sous un soleil de plomb...! Ca c’est du sport !
La capitale est aussi déserte que Hane la veille, et on trouve seulement un peu de compagnie à l’épicerie où nous faisons une halte réparatrice pour engloutir des litres de boissons fraîches, dont une découverte : le Moussy, une boisson pétillante aux fruits fabriquée... en Alsace !
A part ça l’alerte atomique est toujours en cours, puisqu’il n’y a pas un chat, et le snack où on comptait manger est fermé. Personne ne veut s’en occuper, même quand les paquebots de croisière déversent leurs 300 passagers. Donc pour nous, c’est régime !
Les locaux - toujours aussi souriants, chaleureux et avenants - sont tout simplement effarés de constater qu’on a fait le parcours entre les deux villages à pied, ce qui donne lieu à de franches parties de rigolade. Ils doivent nous trouver un peu cinglés mais s’abstiennent de le dire.
Ce sont des poli-nésiens, après tout... (elle est subtile, celle là, hein ?)
Cela étant, on a rudement bien fait de ne pas se hasarder à Vaipaee en bateau, parce que le mouillage est tout pourri et très moche !
Bref, bonne balade, on a transpiré à peu près 25 litres d’eau, et on a bu au moins autant. Au retour (on a fait du stop, on est pas complètement masos...!), on retrouve une annexe pleine de sable et d’eau (la marée est montée et la plage n’est pas du tout pratique), et nos boat potes Hélène et William, sur Parenthèse, qui nous offrent un goûter bien mérité.
Bref, une journée cool. Ua Huka, c’est sauvage, brut de décoffrage, mais ça a son charme...
La nuit en revanche nous réserve une surprise de taille. Comme c’est le cas depuis notre arrivée, le vent est très irrégulier, ce qui nous a valu de bousiller notre code D, puisqu’il oscille entre 0 et 40 noeuds...!
C’est à l’occasion d’une de ces rafales terribles que les deux branches de la patte d’oie qu’on a frappée sur nos taquets arrières, et qui retient notre deuxième ancre, pètent comme si c’était du fil à coudre, alors que c’est du bout de 20, c’est à dire que ça fait deux centimètres de diamètre, et c’est du costaud...!
C’est te dire, lecteur, la violence du vent, qui est aussi inconstant qu’une femme indisposée en pré-ménopause !
Heureusement, on a eu la bonne idée de frapper un orin sur notre ancre, et la journée suivante est donc consacrée à remettre de l‘ordre dans tout ce fatras.
On rallonge le mouillage principal (40 mètres dans 5 mètres d’eau, y’en a assez pour tenir, non, sachant que la règle c’est de mouiller entre 3 et 5 fois la hauteur d’eau...?)
On récupère l’ancre de secours, non sans se faire une belle frayeur puisque l’orin se détache, ce qui contraint le capitaine à mettre une nouvelle fois en oeuvre ses talents d’apnéiste, lesquels ne sont plus que de lointains souvenirs depuis le temps qu’il n’a plus plongé “pour de vrai”.
Bref, tout ça est un peu merdique, ce qui est bien dommage puisque l’endroit est relativement plaisant, et le serait totalement si la météo était plus clémente.
Mais il est écrit là-haut que la météo en Polynésie est versatile.
Tellement versatile que le lendemain, on pensait partir à Nuku Hiva. Mais les conditions restant inchangées, et le vent indéfinissable (5 ou 35 noeuds ?), on remet notre départ, puisqu’on n’a plus assez de voiles en stock pour se permettre d’en déchirer encore une...
Ce qui nous ramène à cette évidence : seul le ciel fait le bonheur du marin.