Un catamaran autour du monde

15 Aug

245 - Un moment d'inattention et...

Publié par Le capitaine et le pimousse

14 août 2013 - Tobago Cays - Carriacou

On l’a échappé belle. En tout cas, on a retenu un truc de cette journée : quand tu navigues, une vigilance de tous les instants s’impose.

Ce matin, on quitte les Tobago Cays sous un soleil magnifique.

245 - Un moment d'inattention et...
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245 - Un moment d'inattention et...
245 - Un moment d'inattention et...
245 - Un moment d'inattention et...

On a décidé de remonter au Nord, à Bequia, parce que c’est sympa comme tout et qu’on voudrait se taper une super pizza chez Mac’s Pizzeria, LA pizzeria des Antilles.

On laisse notre mouillage, on s’engage dans la passe pour contourner les récifs qui entourent tous les ilets, tout va bien. Nos voiles sont hissées, et, vent de travers, nous filons à 7 noeuds vers notre destination.

Le pimousse est à la barre, et suit le cap que le capitaine lui a indiqué.

On discute tranquillement, et le capitaine s’apprête à descendre à la table à carte pour vérifier sur le GPS qu’on est sur la bonne route.

Exactement au même instant, un bruit sinistre se fait entendre sous la coque : on s’est stupidement échoués sur les récifs !

On affale les voiles à toute vitesse, et on tente de faire marche arrière avec les moteurs, pour ne pas aller plus avant sur ces vilains cailloux au-dessus desquels l’eau est beaucoup trop basse malgré notre faible tirant d’eau.

C’est peine perdue. Le vent nous prend de travers et, même à sec de toile, nous entraîne sur le récif.

Débute ainsi une très longue heure durant laquelle Kouunji se déplace, au gré des vagues, dans un mètre d’eau, alors qu’on cale 1,20 m de tirant d’eau.

Ce qui veut dire que nos ailerons sont maltraités. Très maltraités.

Mais, avec l’aide des moteurs, on fait tourner Kouunji comme il le faut afin que, tel une bille de flipper, il poursuive sa route en butant le plus doucement possible sur tous les obstacles sous marins qui jonchent son parcours.

Arrivent deux bateaux locaux : trois pêcheurs sur l’un, deux “Marine Rangers” sur l’autre.

Sans même qu’on ait eu le temps de réagir, un des trois pêcheurs s’est jeté à l’eau et monte à bord sans y être invité, et commence à donner des ordres à tout le monde, y compris au capitaine, pour se déhaler.

Autant te dire, lecteur, que ça coince... Parce que le mec nous dit de remonter contre le vent, sous prétexte que le chemin à parcourir dans ce sens pour se tirer de ce guêpier est plus court.

S’ensuit un dialogue de sourds au terme duquel le bien fondé de l’analyse du capitaine se confirme : Kouunji dérive dans le sens du vent et de la houle, houle salvatrice s’il en est, puisqu’elle nous permet, lorsqu’elle nous hisse suffisamment, de passer au-dessus des récifs.

Ce qui ne va pas sans heurts au niveau des ailerons... Aïe...!

Le gus qui est monté à bord s’empare de toutes les amarres, les lie les unes aux autres, afin que ses potes restés au large des récifs puissent nous tracter. Mais là encore, les divergences d’opinion sont nettes : le capitaine veut aller dans le sens du vent et du courant, le gus dit à ses potes de nous tracter dans l’autre sens, toujours au motif que c’est plus court..!

245 - Un moment d'inattention et...
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Les blacks n’en font qu’à leur tête, et, on te le donne en mille : ça ne fonctionne pas.

Finalement, on s’en sort, Kouunji étant déporté par le vent et le courant à une lenteur incroyable, mais de bon aloi compte tenu des chocs répétés sur les récifs.

C’est là que les vrais emmerdements commencent...

Car tu penses bien que l’altruisme des gars du coin n’est pas désintéressé.

Un type, qui n’a aucune fonction officielle, s’auto-proclame “Marine Ranger”, et dit qu’il va nous foutre une amende pour avoir endommagé le récif !

On n’a pas vérifié, mais il doit avoir une paire de burnes plus grosses que celles d’un taureau...!

Le capitaine entame alors d’interminables négociations avec le seul officiel présent, qui veut à tout prix nous contraindre à le suivre jusqu’à son bureau sur l’île voisine.

Le capitaine lui explique en termes choisis qu’il n’en est pas question (il ne veut pas jouer à l’extérieur), et que les choses vont se régler ici et tout de suite, ce d’autant que nous avons de l’eau dans les cales.

Ce n’est pas de l’eau qui a pénétré à l’intérieur du bateau suite au “naufrage”, mais nous n’avons pas fait fonctionner les pompes de cale depuis un bail, et le capitaine sait que l’eau présente peut faire illusion...

Il soutient donc mordicus qu’on est en train de couler, qu’on doit partir au plus vite pour réparer, et qu’il est hors de question d’aller ailleurs discuter le bout de gras.

Ce coup de bluff fonctionne impeccable !

Il fonctionne d’autant plus que, sous les yeux ébahis des “sauveurs”, qui nous ont certes filé un coup de main mais qui a seulement eu pour effet de hâter de quelques minutes le déhalage de Kouunji, le capitaine sort toutes les espèces disponibles à bord : des dollars E.C. (Eastern Caribean), des dollars US et des euros.

Le cocktail magique...

245 - Un moment d'inattention et...

Mais ça ne prend pas : celui qui se pend pour le patron revient à la charge avec son histoire d’amende dont on serait redevables pour avoir endommagé le récif.

Nouveau coup de bluff du capitaine, qui pousse le mec dans ses retranchements, et le pousse à dire ce qu’il ne faut pas. Le capitaine harcèle le gars de questions, pour qu’au final, pris à court, il lâche un “that’s the law” (c’est la loi) salvateur.

Mais... salvateur pour nous, pas pour lui, puisqu’à ce moment là, le capitaine porte l’estocade : “c’est faux, je suis avocat, la loi ne dit pas ça !”

On te le fait en français, mais tout cet échange se fait dans la langue de Shakespeare...! L’autre ouvre des yeux ronds comme des billes, et la boucle !

Le seul officiel sent que les choses lui échappent. Il propose alors d’appeler son chef pour savoir quelle conduite adopter.

Soit ils prennent le fric qu’on leur offre, soit ils saisissent le bateau et on est dans la mouise...

Le capitaine ouvre super grand ses esgourdes, et ne perd pas une miette de la conversation entre le chef et le super-chef.

Ce dernier pose la question qui tue et dont tout semble dépendre : comment le bateau est-il arrivé sur les récifs ? Réponse : c’est un accident.

Deuxième question cruciale, plus encore que la première sûrement : combien d’argent avez vous pu récupérer ? Réponse : environ 800 $ E.C., somme que le capitaine a martelé depuis le début, et qui a fini par s’incruster dans l’esprit du Ranger, alors qu’il y a deux fois moins...

On voit de suite, à la mine du gars au téléphone, que le super chef semble satisfait.

Les gars s’apprêtent donc à partir, mais on exige un reçu !

Là, ça fout carrément le bordel ! Mais après tout, on veut tout de même une preuve de ce qu’on débourse, on ne sait jamais... On te passe les détails, car chacun y va de sa petite intervention, et de sa plus ou moins petite exigence, mais on se débarrasse finalement de nos “sauveurs” avec deux bières et un paquet de gâteaux...

La journée qu’on voulait passer peinards à Bequia étant sérieusement entamée, on change notre fusil d’épaule. On repart au Sud, une halte à Saline Bay pour le repas du midi (qui a un peu de mal à passer avec toutes ces émotions !), puis direction Tyrrel Bay pour le mouillage nocturne (et la bouffe chez J.B.)

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Il ne reste que quelques jours avec les p’tits, et comme le vent doit faiblir (selon les prévisions), mieux vaut se rapprocher de Grenade, qu’on continuera d’explorer ces prochains jours.

La leçon du jour est simple : quand tu navigues, faut toujours être vigilant. Toujours.

Un grand merci à nos ailerons qui ont joué à la perfection leur rôle de fusible, et qui ont encaissé sans broncher les chocs répétés. L’un d’eux est un peu amoché, mais c’est un moindre mal, car les choses auraient pu être beaucoup plus graves.

Les prières du pimousse ont encore fonctionné !

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R
....Et je constate après cette vilaine aventure que la pizza que mange le Pimousse, semble avoir quelque mal à passer, alors que ses rejetons s'empiffrent étant donné que ces péripéties leur ont donné faim. C'était pour eux l'épisode qui manquait pour avoir une parfaite vision de la navigation dans les Caraîbes.....
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