250 - Un chantier peut en cacher un autre
19 août 2013 - Prickly Bay - Grenade
Quand on a quitté Le Marin (cf. art. 223 du présent blog à nul autre pareil), on était drôlement soulagés, parce qu’on se disait qu’avant que Kouunji retourne sur un chantier naval, il allait en passer, de l’eau sous notre coque.
Et bien... non !
La circumnavigation réserve toujours son lot de surprises, et le passage sur les récifs des Tobago Cays en est la manifestation la plus évidente, la plus flagrante, la plus symptomatique, la plus révélatrice, la plus parlante, la plus probante, la plus incontestable.
Ne t’avise donc pas de contester ce qu’on affirme !
Après avoir laissé les p’tits à l’aéroport ce matin, la gorge nouée par l’incertitude (leur avion avait deux heures de retard, alors vont-ils pouvoir prendre leur correspondance à temps à La Barbade pour le Swinging London ?) nous filons directement au chantier, pour nous enquérir des tarifs pratiqués ici pour la mise au sec.
Bonne nouvelle, puisque c’est aussi bon marché qu’à St David’s Harbour, où nous n’aurons donc pas besoin de retourner. Nous sommes mouillés à un quart de mille de la grue, c’est parfait.
Sauf, évidemment, quand on considère le paysage...
Car, il faut tout de même rétablir la vérité : ce blog n’est qu’une illusion, une fumisterie, une supercherie, une escroquerie !
Quand tu poses tes fesses devant ton ordi, et que tu baves à l’avance, tel un chien de Pavlov, à l’idée de contempler des paysages somptueux, des bleus merveilleux, des mouillages paradisiaques, tu ignores (ou tu feins d’ignorer) qu’on ne te montre que le meilleur.
Eh oui lecteur ! Y’a de l’écrémage, de la sélection, du tri, de la discrimination positive dans ce blog !
D’abord on photographie ce qu’on veut. Ensuite, on te l’enjolive, on te le met en valeur, on te le bichonne, on te le magnifie, on te l’esthétise, on te l’embellit, on te le rend plus beau qu’il n’est...
Parce qu’à quoi ça servirait de se taper ce boulot de dingue à rédiger cet opus, si c’est pour te montrer des vilainetés, des mochetés, des affreusetés, des pas-beau-setés, hein ?
Seulement voilà : l’illusion ne peut durer qu’un temps. Et puis nous, tu nous connais, on est la probité incarnée. On ne te baratine pas, on ne te trompe pas, on ne te raconte pas de salades, et quand c’est pas beau, et bien, on le dit : c’est pas beau !
Et on le montre !
Voilà pourquoi, échouant à nouveau dans un chantier naval qui sera notre cadre de vie pendant quelques jours (ça va pas être glop...) on est obligés de t’avouer la triste vérité : c’est tellement moche que même un aveugle voudrait pas y venir !
Et puis, il faut bien qu’on ait la modestie d’admettre qu’on ne peut pas te faire rêver tous les jours, lecteur. On n’a pas le vocabulaire qu’il faut pour satisfaire ta soif inextinguible de récits enchanteurs qui te transportent d’allégresse.
On n’a pas non plus les images qu’il faut pour assouvir ton besoin frénétique de paradis tropicaux et de dépaysement quotidien.
On n’est que des marins, qui doivent faire réparer leur bateau...
Donc, aujourd’hui, tu vois à quoi ça ressemble !
Au moins, tu pourras pas dire que ce blog ne te montre pas la réalité !
Ainsi, tu apprends par exemple :
1 - que sur les talbins (les billets, si tu préfères) de la monnaie locale figurent de jolis petits poissons, des tortues, à côté de la Queen Elizabeth II, à l’époque où elle ne ressemblait pas encore à une momie...!
2 -que, quand le capitaine écrit toutes ces conneries, il est drôlement concentré !