28 - Bis repetita placent
Les choses que l’on répète finissent par plaire, disaient les latins.
C’est le principe de la pop music. A force de te rabâcher un morceau à la radio, ça devient un tube. Ca ne marche pas avec le bateau...
Quand tu as une merde qui revient de façon cyclique, tu as beau faire, ça ne te plait pas, même à la longue... Hier soir, nouvelle frayeur à l’arrivée, et pas des moindres. Le capitaine examine les fonds du navire, comme il se doit après une navigation, et découvre horrifié qu’il y a de l’eau, beaucoup d’eau - jusque sous les planchers - dans le flotteur tribord.
Ca craint ! On aurait donc manqué de couler sans le savoir ?
Il faut tirer ça au clair. Premier constat, c’est de l’eau douce. Ouf ! Moindre mal...
Finalement, le problème est moins grave que ses conséquences ne le laissent supposer : c’est la pompe de douche qui - venant d’adhérer à la CGT - a décidé de se mettre en grève pour une durée indéterminée...
A l’origine de cette décision prise sans concertation du patron ni des partenaires sociaux, comme 99 fois sur 100 quand tu as un problème électrique à bord, c’est un fil qui s’est débranché. Un simple fil à la con, rongé par l’oxydation, et dont la connexion a été faite jadis par un bon à rien, qui plus est à la mords-moi-le-noeud, et nous voilà avec une tuile qu’il va falloir une demi journée pour remettre en ordre...
Au programme du capitaine : vider les fonds au moyen de la pompe de cale, nettoyer, rebrancher, tester, et ensuite glander toute la journée avec le pimousse !
A 10 heures du mat’, le capitaine est à pied d’oeuvre, pendant que tout autour de nous dans le port, c’est l’agitation. La tempête arrive, et les gars du “puerto” sont très pros, ils passent voir tous les bateaux amarrés pour vérifier si l’un ou l’autre n’a pas besoin de pare-battages en plus, on en profite pour ajuster les nôtres (huit défenses du même côté, on est prêts à affronter n’importe quoi !).
La mer est déchaînée, même dans le port ! Les bateaux bougent dans tous les sens, et Kouunji est très fier de rester relativement stable par rapport à ses voisins de ponton.
On n’a jamais été aussi heureux de NE PAS être en mer !! Y’a qu’à jeter un oeil sur la photo qu’on a prise au péril de notre vie pour abonder, hein ?!
Un autre bonheur : le pimousse a eu son petit Swanny au téléphone, y’a de l’émotion dans l’air !!
Le pimousse nettoie, astique fait la chasse à l’humidité, aère les coussins du carré, et le capitaine pendant ce temps a vidé les fonds et tout nettoyé...!
Il rebranche la pompe, qui se met à tourner comme un avion, bref, tout baigne...
Sauf qu’un geste malheureux du capitaine fait sauter le bouchon qui isole la cale moteur de la cale du bateau, et toute l’eau contenue dans la première se déverse dans la seconde.
Rien de grave, le bateau est conçu pour se vider de cette façon. Il suffit simplement de mettre en fonction - après avoir réparé la pompe de douche - sa cousine la pompe de cale.
Mais, que croyez vous qu’il arriva ? Bingo ! La pompe de cale, après quelques années de bons et loyaux services, rend l’âme. En fait, la pompe fonctionne, mais l’embout en plastique sur lequel vient s’emboîter le tuyau d’évacuation est réduit en miettes.
Bon, et bien, c’est reparti pour un tour de bricolage, le capitaine parti en quête de la pompe à remplacer chez les shipchandlers d’Alicante, avec un temps à ne pas mettre un marin dehors. Pluie, vent, froid, humidité, on a tout !
Le pimousse nous mitonne un bon p’tit repas, et après une pause syndicale bien méritée (y’a pas que la pompe qui a des affinités avec la CGT) on se remet au turbin...!
Deux heures de boulot plus tard, c’est fini, et c’est encore mieux qu’avant : pompe automatique qui débite deux fois plus, c’est sécurisant !
On s’en fout d’avoir perdu un peu de temps, puisque de toute façon il ne faisait pas beau, et, comme par miracle, le soleil pointe le bout de son nez juste quand on a fini, comme pour nous dire : allez, maintenant, on prend du bon temps à Alicante !
Olé !