Un catamaran autour du monde

19 Jan

27 - Quand y'en a plus, y'en a encore !

Publié par Le capitaine et le pimousse

Au réveil, notre déception est grande. Un officiel du port vient nous voir, et on se prend la mauvaise nouvelle en plein dans les gencives : il faut partir !

On aurait pris une droite de Mike Tyson que ça nous aurait pas ébranlé davantage !

Partir ? Ah oui, et pourquoi ça ?

Le gars nous explique dans la langue de Cervantes, qui n’est pas celle qu’on comprend le mieux, mais qui est la sienne, donc on fait avec, que la tempête arrive, et que la digue du port n’est pas conçue pour résister aux déferlantes qui - évidemment - ne vont pas manquer de déferler.

L’officiel se marre et nous dit que - comme on est amarrés juste derrière la digue (dixit la photo) - il se pourrait bien que notre bateau soit haché menu façon Parmentier, auquel cas il ne faudra rien demander à l’assureur du port qui, en bon assureur qui se respecte, trouve toujours un truc à te reprocher pour pas t’indemniser.

27 - Quand y'en a plus, y'en a encore !

Ne souhaitant ni envisager l’hypothèse d’un procès avec un assureur ibère (les ibères sont parfois très rudes...) ni retrouver notre fier Kouunji sous forme de confettis, nous levons l’ancre sans désemparer, au grand désarroi du pimousse qui se faisait une joie de glander une p’tite journée après la navigation infernale de la veille.

On se transforme en souvenirs dans l’esprit des officiels de Moraira en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, car si nous voulons atteindre le seul abri décent de la côte, il faudra gagner Alicante, qui est à six heures de navigation.

On imaginait s’arrêter à Vilajoyosa pour aller voir la famille de Ray, mais on nous le déconseille. Rien à voir avec la famille de Ray, qui est très respectable, c’est juste que le port ne sera pas assez bien abrité pour faire face à la tempête...!

Nous revoilà partis en navigation, laquelle, oeuf corse, comme on dit à Ajaccio, se fait avec le vent dans la gueule et au moteur, évidemment, puisque c’est une règle quasi invariable depuis le début !

27 - Quand y'en a plus, y'en a encore !

On longe Benidorm, et ses immeubles hideux (qui a pu laisser faire une laideur pareille ?) et on se fait la plus grosse frayeur qu’on ait eu depuis notre départ.

Alors qu’on slalome entre les bouées sous lesquelles les pêcheurs laissent traîner leurs filets, ce qu’on appelle aux Antilles des DCP (dispositifs de concentration de poissons), tout à coup l’alarme d’un moteur se met à chanter comme la Castafiore, prouvant en cela qu’elle est en mesure de faire des bruits au moins aussi désagréables que la cantatrice chère à Hergé.

Désagréable est le mot qui convient, car être privé de moteur dans des conditions pareilles, c’est aller au devant de très sérieuses difficultés. Le vent souffle encore très fort, avec des rafales à 35 noeuds, et nous éloignerait irrémédiablement de notre destination.

Pas question de faire du près dans une mer aussi démontée, de sorte que le capitaine n’est pas très fier de cette situation.

Il l’est encore moins quand le diagnostic est fait...

Alors qu’on pensait qu’un des filets de ces satanés pécheurs s’était emmêlé dans l’hélice du moteur défaillant, on constate que nous avons bien un cordage coincé dans notre hélice, mais qu’il s’agit de notre propre amarre avant, qui, mal fixée, s’est fait la malle au gré des soubresauts du bateau sur cette p... de m... de ch... de houle...!

L’amarre, qui s’est bel et bien prise dans l’hélice, est tendue comme un string, il est impossible d’aller la déloger sans se mettre à la baille.

On a beau chercher, il n’y a pas de volontaire pour une baignade !

Le capitaine mesure la gravité de la situation car, avec le moteur restant, il est impossible de remonter le vent comme nous le faisons avec deux, la vitesse du bateau est beaucoup trop faible pour se mettre à l’abri à temps.

Les neurones du capitaine chauffent à vitesse grand “V”, car de plus, on est au milieu de petits îlots mignons tout plein quand on peut les contourner sans souci, mais un peu menaçants quand on n’a plus de moteur...!

Puis, après une intense réflexion, le capitaine sort son couteau et se jette sur le pimousse, l’égorge en criant : Eole, par ce sacrifice, j’implore ton aide !

Euh... non...!

Le capitaine sort son couteau, tranche d’un geste sec et précis l’amarre frappée à l’avant sur son taquet. Un petit morceau de l’amarre reste fixé sur le taquet, tandis que le reste part à l’eau, rejoindre les mètres précédents emberlificotés autour de l’hélice.

Il n’y a plus qu’à prier pour que nous ayons arrêté le moteur à temps, en tout cas avant que le bout ait pu s’entortiller autour de l’arbre de façon inextricable.

Le capitaine repart à l’arrière, se munit d’une gaffe à l’aide de laquelle il rattrape le bout flottant entre deux eaux, il tire dessus, et là... suspense et roulement de tambour... Le bout se dégage, lentement mais surement. 


Il y a un sac de noeuds pas possible, mais au final, on ressort tout de l’eau. Un coup de clé de contact et vroum...! Yanmar 2 (ah non, çui-là c’est Yanmar 1) redémarre comme si de rien n’était !

Ouf...!

27 - Quand y'en a plus, y'en a encore ! 27 - Quand y'en a plus, y'en a encore !

Un bonheur n’arrivant jamais seul, quelques temps après, le vent tombe - le calme avant la tempête - la mer devient aussi plate que Jane Birkin, ce qui nous permet de faire quelques clichés de notre arrivée et de vous en faire profiter.

27 - Quand y'en a plus, y'en a encore ! 27 - Quand y'en a plus, y'en a encore !

Vous noterez les nuages très particuliers, qui annoncent une méga-dépression, et la tempête qui va avec...! On vous soigne quand même, hein ? Vous voyez tout ou presque comme si vous y étiez !

On est à Alicante pour deux jours, vu que samedi et dimanche, la météo prévoit du force 10...!

Déjà qu’avec force 7 on en a ras le bol...!

On va jouer les touristes, hein ?

Après tout, ce qu’on fait, ce n’est que ça, du tourisme !!!

Commenter cet article
C
Alors là il faut de l'optimisme, du moral à fond les ballons et du courage pour continuer ... moi je suis désespérée rien que de vous lire.... mais merci Capitaine ! il y a une chose que je sais désormais ... non je ne ferais jamais votre aventure, non non inutile d'insister !!! mais bravo à vous deux ! allez Pimousse on t'aime fort d'aimer ton capitaine !!!! allez bon repos !!!!!
Répondre
J
P..... ! vous avez fini d' nous faire flipper com'ça OH !<br /> En tout cas BRAVO à Mac Gyver et merci pour les jolies images qui ne manquent pas de m'inspirer pour de prochaines compo... muchos besos gringos...
Répondre
R
Ben !.. c'est épique, mais rétrospectivement, y a pas de quoi s'marrer. Ah c'est beau la navigation, mais en rivière ! mdr. j'espère que le pimousse a suffisamment de réserve d'optimisme...Bravo capitaine pour ton sang-froid et ta clairvoyance !...
Répondre

À propos

Un catamaran autour du monde