283 - Profiter de l'éphémère
21 septembre 2013 - Saint George - Grenade
Le capitaine et le Pimousse se sont séparés...
N’aies crainte, lecteur, c’est juste pour la matinée...!
Pendant que le capitaine s’occupe de Kouunji et de ses batteries, en veillant au meilleur moyen de les recharger, le Pimousse file au marché avec Edwige, faire le plein de produits frais, et échanger des fringues achetées la veille qui, finalement, ne conviennent pas.
A midi, on s’éclate avec un délicieux plat préparé avec amour par le Pimousse : gratin de légumes pays et “grandes oreilles” sauté.
On ne dit ni n’écrit sur un bateau le nom de cet animal aux longues incisives et aux grandes esgourdes superbement représenté par Bugs Bunny, car ça porte la poisse... Héritage de la vieille marine, car, jadis, quand on embarquait à bouffer pour plusieurs mois, les animaux étaient vivants. Et ceux qui ont eu la malencontreuse idée de prendre à leur bord des “grandes oreilles” s’en sont mordu les doigts. Ces foutus rongeurs bouffaient tout : les légumes, les cordages, les bois, de sorte que l’équipage, privé de bon miam-miam, mourait du scorbut ou de toute maladie résultant de carences alimentaires causées par la boulimie incontrôlable des “grandes oreilles”...!
Voilà de quoi parfaire ta culture, lecteur !
Dans l’après midi, on file à la marina, pour faire un peu de WiFi, avec Edwige et François.
FBI : fausse bonne idée, comme dirait la fille du capitaine !
Ils t’accueillent au bar du coin avec le même enthousiasme que si tu te pointais pour leur annoncer qu’ils vont mourir dans les 24 heures dans d’atroces souffrances, et se foutent ouvertement de ta gueule quand tu demandes si tu peux te connecter à leur réseau.
Les services de la marina sont réservés à ceux qui casquent (très cher) pour y amarrer leur bateau, les autres (dont nous sommes) sont des clochards qui ne méritent aucune considération.
C’est pas grave, si la considération qu’on nous accorde dépend des dollars qu’on est capables d’aligner, alors qu’ils se la gardent, on n’en veut pas !
C’est la fin de la journée qui nous offre le meilleur moment. Apéro à bord de Téou avec Edwige et François, qui ont déjà leurs six prochains mois planifiés (halte au Marin pour renflouer la caisse de bord, voire même vente du bateau avant de repartir... plus tard), ainsi que Cécile et Joni, qui, pour leur part, vont nous emboiter le pas vers Blanquilla.
On se marre, évidemment (sinon pourquoi se regrouper ?) et on prend conscience, dans le même temps, de toute la fragilité des liens qui nous unissent. Selon que nos routes aillent vers le Nord ou le Sud, l’Est ou l’Ouest, notre rencontre prendra fin, et peut être qu’on ne se reverra plus jamais...
Ces rencontres, si brèves, si éphémères, ont néanmoins une grande saveur. Ici, on ne se ment pas, on ne se la raconte pas, on se montre et on se dévoile tels qu’on est, il n’y a rien à gagner à se travestir, à se vanter, à jouer le rôle qu’on est bien souvent contraint de tenir dans “la vraie vie”, quand il faut plaire à tout prix au patron, aux clients, aux collègues, aux parents, à la famille...
Les bourlingueurs subtropicaux ont ceci de commun qu’ils se foutent de ce qu’on peut penser d’eux, qu’ils se foutent des apparences et que rien n’importe plus que de profiter pleinement des instants partagés avec ceux qu’ils ont à la bonne.
Ce qu’on a fait, et on ne s’en plaint pas !