32 - Naviguer ou bricoler, il faut choisir
De mes récits maritimes, j’ai gardé le souvenir de matelots sacrément débrouillards, qui savent toujours se tirer d’un mauvais pas, soit parce qu’ils sont compétents, soit astucieux, les deux n’étant pas incompatibles.
Que ce soit Joshua Slocum, le premier tourdumondiste, en passant par l’incontournable Moitessier, le grand Tabarly et tous ceux qui leur ont succédé sur les océans, chacun raconte, à un moment ou à un autre, l’ingéniosité dont il a fallu faire preuve pour se tire d’un mauvais pas, et réparer une avarie, souvent mineure, mais qui était la porte ouverte à de plus grandes catastrophes.
Puis, plus tard, en préparant ce satané tour du monde, j’ai lu et relu d’innombrables bouquins, essayé d’acquérir des connaissances théoriques, en espérant ne jamais avoir à les mettre en pratique...!
Ici encore, je dois avoir l’humilité d’admettre que je me suis fourré le doigt dans l’oeil jusqu’au coude, mon orgueil de capitaine dut-il en pâtir, ainsi que l’aura qui va avec...
En réalité, je me demande aujourd’hui s’il ne faut pas être meilleur bricoleur que navigateur pour avoir la possibilité d’emmener son embarcation sur tous les océans du globe.
Parce qu’enfin, si on fait le décompte des heures passées à bricoler depuis l’acquisition du bateau, elles dépassent - et de très loin - le temps passé à naviguer...!
Sans doute les exigences du marin moderne y sont pour beaucoup. Nous voulons à bord de nos navires l’électricité, l’eau douce, l’eau chaude quand il fait froid, l’eau fraîche quand il fait chaud (logique...), les glaçons sous les tropiques, le chauffage au Spitzberg (nous on s’en fout on n’y va pas, déjà qu’on se caille les noix ici...), bref, on veut tout “comme à la maison”...
Ce qui a tôt fait de transformer nos fiers bateaux en concentrés d’appareils divers et variés, dont la vocation première - obsolescence programmée oblige - est de tomber en panne au moment le plus inopportun qui soit.
C’est ce qui nous est arrivé, avec les pompes de cale (remplacées), les pompes de douche (réparées), l’éclairage des cabines (réparé), et ça va sûrement continuer, après tout on ne voit pas pourquoi les dieux de la guigne nous oublieraient, à moins bien sûr qu’il se répande chez eux une épidémie d’Alzheimer...!
Toujours en escale forcée à Carthagène, à cause du mauvais temps... La preuve !
L’heure est donc au bricolage (une fois encore), car nous tablons sur le fait qu’il est peu raisonnable de s’en remettre aux dieux de la guigne ou aux autres (chacun choisit celui qui lui convient, on ne fait pas de prosélytisme).
Car, comme dit le proverbe arabe : fais confiance à Dieu, mais attache ton chameau.
Ce qui, traduit en marin, nous donne : fais confiance à Neptune, mais entretiens ton bateau.
Tout marin qui se respecte vous le dira, la règle d’or en la matière, c’est la prévention. Nous, on arrive un peu tard, vu qu’on a de l’eau qui rentrait dans le bateau, sans qu’on sache d’où elle provenait.
L’imbécile qui a dit “soit c’est de l’eau de pluie, soit c’est de l’eau de mer” a gagné le droit de la fermer !
Of course, mais l’eau, elle rentre par où, Doudou dis donc ?
Et bien pour le savoir, le capitaine - qui déteste ça - s’est attelé au bricolage une bonne partie de la journée, pour découvrir qu’un bête joint au Sika fort mal réalisé lors de la construction du bateau, ne remplissait plus son office.
Pour faire ce diagnostic ô combien savant et précieux pour la suite des événements, il a fallu démonter toutes les parois des WC de notre cabine, et cela donne ce spectacle affligeant que nous ne pouvions pas ne pas partager avec vous...!
Alors, la morale de l’histoire, c’est tout de même que pour un bateau qui, neuf, vaut une petite fortune, pour un joint qui doit valoir à tout casser 5 euros, tu es obligé de démonter tous les panneaux intérieurs, la structure qui tient lesdits panneaux pour les empêcher de vibrer en navigation, tu dois ensuite asperger ton bateau d’eau pour déceler l’origine de la fuite, découper le joint inefficace, et le remplacer.
Puis tout remonter...!
Bref, deux jours de boulot parce que le gland qui faisait les joints sur le chantier naval n’a pas fait correctement son job...!
Ce serait du “made in China”, à la limite, mais c’est du “made in France”. Ou devrions nous dire “merde in France” ?!!
Mais on en a d’autres, des comme ça.
Figurez vous qu’alors que nous étions encore ancrés à Port Leucate, nous avions décelé un problème sur un winch, vous savez, ces gros cylindres dans lesquels on met les manivelles qui servent à tirer sur les cordages pour les régler au millipoil...?
L’un de nos winchs était hors service. Alors on le démonte pour le réparer. Enfin, on essaye... Car on s’aperçoit que le gars chargé d’installer les winchs sur le chantier naval les a montés à l’envers. C’est à dire qu’il a “oublié” que ceux-ci pourraient éventuellement être démontés un jour, pour un simple graissage par exemple (ce qui doit se faire régulièrement) ou comme dans notre cas pour être dégrippé.
Il a donc fallu découper la coque du bateau pour pouvoir extraire les engrenages du winch de leur logement...!
C’est un peu comme si, sur ta bagnole, ô lecteur adoré, tu devais découper une aile pour enlever une roue...!
Ne considérerais tu pas, en pareille hypothèse, que le constructeur est un guignol ?
Ah, ben tu vois, on est d’accord...!
En fait, on pense que le mec qui a installé les winchs est le même que celui qui a fait les joints...!
Mort aux cons !