33 - Le capitaine est un tueur !
Ouh, ça fait peur...!
Ca y est, le capitaine l’a tuée, assassinée, éradiquée, supprimée, anéantie, exterminée ! Ah, non mais !
N’ayez crainte, ce n’est pas le pimousse qui a fait l’objet de semblable traitement, mais l’infiltration d’eau qui nous a copieusement inondé le bateau ces dernières semaines, étant précisé qu’elle existait déjà depuis fort fort longtemps (comme dirait Shreck)...
Avouez qu’il fait peur, comme ça, le capitaine, hein ? Armé de son pistolet au Sika, on dirait un soldat de l’étanchéité...!
Bon, si tout va bien, et si le capitaine a bien travaillé (il le pense, puisqu’il est fort peu modeste), nous n’aurons plus de souci d’infiltration d’eau, ce qui va alléger le travail de la pompe de cale, remédier au problème d’odeurs tenaces et pas très enivrantes qui avaient tendance à squatter notre cabine, assainir le bateau et contribuer ainsi au bon moral de l’équipage, qui a une fâcheuse tendance, comme la pression atmosphérique, à baisser un tantinet.
Parce que Ray, qui est un de nos plus fidèle lecteur (salut Ray !) a fait un calcul qui fait froid dans le dos.
Il a pris comme base de départ le temps que nous avons mis pour parcourir Alicante - Carthagène, qui est le seul temps de référence concernant la navigation à la voile pour le moment, et l’a appliqué à la traversée de l’Atlantique.
Selon ses calculs, il va nous falloir à peu près autant de temps que Christophe Colomb pour traverser l’Atlantique, ce qui, cinq siècles et demi plus tard (à quelque chose près), n’est vraiment pas terrible...
Et puis il ne faut pas perdre de vue que Christophe Colomb, propulsé après sa traversée (et son retour) héros intergalactique par les Européens, est en réalité un guignol qui s’est perdu, et qu’il n’a pas du tout fait la route qu’il escomptait, puisqu’il voulait aller aux Indes, et qu’il s’est lamentablement vautré aux Antilles...!
Nous, on a pas peur de le dire, Christophe Colomb est un trou du cul !
Alors autant vous dire qu’on envisage sérieusement de déjouer les pronostics de Ray, et de faire mieux que cet immonde vilain grâce auquel ces saligauds d’européens d’il y a cinq cents ans ont génocidé (oui, on sait, c’est un néologisme assumé par les rédacteurs !) les indiens Caraïbes, et bien d’autres encore qui n’avaient rien demandé à personne et qui voulaient juste vivre peinards sous leurs cocotiers !
Mais, avant de songer à la transat, encore faudrait il gagner les Canaries, et avant elles Gibraltar, que nous n’avons jamais autant désiré voir qu’aujourd’hui.
Seulement, vous savez, le couple infernal, Mister Vent et Miss Méditerranée, s’en donnent à nouveau à coeur joie pour déjouer nos plans, même les moins audacieux.
A tout seigneur tout honneur, commençons par le vent, qui, une fois de plus, souffle à en perdre haleine, exactement dans la direction inverse à celle que nous voulons prendre.
S’il daignait souffler moins fort, nous pourrions nous en accommoder, et tirer des bords consciencieusement (c’est à dire faire des zigzags face au vent pour remonter contre lui), mais l’ami Eole souffle depuis deux jours (et pendant deux jours encore) à 35 noeuds !
Soit un p’tit force 6-7 qui, soyons réalistes, interdit à tout marin qui ne veut pas en chier 24 heures sur 24 de partir en mer, puisqu’il se passerait ce que nous détestons le plus, c’est à dire que nous serions chahutés dans tous les sens, et que nous progresserions aussi vite qu’un grand père asthmatique et manchot en fauteuil roulant !
Quant à la mer, à l’intérieur du port on bouge d’une façon absolument invraisemblable, comme tous les autres bateaux qui semblent se préparer pour une course de montagnes russes, c’est vous dire si elle est disposée à nous faciliter la tâche...!
Ne vous fiez pas au calme apparent qu'il y a sur les photos...!
A côté de nous s’est amarré un splendide monocoque, qui est parti de La Rochelle, et qui s’en va à Hyères.
Ce qui a fait faire ce bon mot au pimousse : “s’il n’est pas arrivé, il est drôlement en retard...!” Forcément, puisqu’il devait arriver “Hyères”...!
Merci pimousse pour cet excellent calembour !
En réalité, le bateau est flambant neuf, et il est convoyé par trois skippers vers son propriétaire, à qui nous glisserions volontiers un p’tit mot, bien connu de tous ceux qui un jour ont possédé un bateau...
Le bateau procure deux moments de joie intense : quand on l’achète, et quand on le vend !
On s’abstient, parce qu’on ne va pas saper le moral d’un mec qui vient de faire un chèque d’au moins 500.000 euros...! Ce serait pas sympa !
En tout cas, les gars du monocoque se marrent, parce que ces enfoirés vont exactement dans la direction opposée à la nôtre, c’est à dire que ces saligauds vont avoir du vent favorable pendant les trois ou quatre jours qui viennent, et vont naviguer peinards pendant que nous allons encore galérer pour nous extraire de la MeRditerranée...!
On leur souhaite bon vent, mais de vous à nous, ce qu’on souhaite vraiment, c’est que le vent tourne, qu’il nous pousse vers Gibraltar, et tant pis pour les autres s’ils l’ont dans la gueule !
Ce qui nous réconforte, c’est que ces gars là sont des pros, ils ont un bateau bien plus grand que le nôtre (donc a priori plus sûr) et pourtant, et bien qu’ils soient au portant, c’est à dire avec le vent dans-le-dos-qui-va-bien-qui-fait-plaisir, ils restent eux aussi au port...
Ce qui tend à démontrer qu’on n’est pas totalement déraisonnables quand on en fait de même et qu’on attend sagement la bonne fenêtre météo, même si ça nous tape un peu sur le système...
Pour se remonter le moral, produits frais que le pimousse est allé chercher au prix de trois kilomètres de marche, et surtout, chocolat Valor, ça, c’est une tuerie !
Merci Pimousse !
Ah oui, aujourd’hui c’est l’anniversaire de Nanou ! Alors... Bon anniversaire Nanou !