40 - Carrefour
Non, on ne fait pas de la pub pour une grande surface, qui de toute façon ne nous a pas sponsorisés pour notre tour du monde, alors elle n’a qu’à aller se faire voir chez les Grecs...!
Nous, les Grecs, on risque pas d’aller les voir, puisque maintenant ça y est, la Méditerranée est derrière nous ! Yahoo !
Et croyez nous, c’est pas demain la veille qu’on nous y reprendra à faire les zouaves sur cette mer de m-e-e-e-e-e-e-e-e-e-e-r-d-e-u-h !!!
Pas la peine qu’on vous raconte notre navigation, puisque comme à chaque fois, on a consciencieusement pris la météo, le vent a fait exactement l’inverse de ce qu’on attendait, et notre progression s’est faite à l’aide des jumeaux Yanmar, sans lesquels nous serions encore au large de Port Leucate !
La seule consolation du jour, c’est que la mer était calme, et notre avancée a été relativement paisible.
Elle nous a en tout cas permis de tirer un trait sur la Méditerranée, que nous n’avons que trop vue et trop supportée ces trois dernières semaines !
Ce soir, nous sommes enfin à Gibraltar, qui n’a jamais mieux mérité son appellation de carrefour que dans ces circonstances. Jugez plutôt : au Nord, l’Europe, que nous quittons sans regret. Au Sud, l’Afrique, que nous allons soigneusement éviter. A l’Est, et donc derrière nous, la Méditerranée, qui ne nous reverra pas naviguer de sitôt sur ses flots hostiles et torturés. A l’Ouest enfin, droit devant nous, l’océan Atlantique qui nous tend les bras...
Il faut quand même qu’on vous raconte l’arrivée à Gibraltar, parce qu’on s’en faisait tout un monde, et on a encore réussi notre atterrissage (eh oui, on dit comme ça pour un bateau) de nuit les doigts dans le nez !
Au départ, le pimousse avait un petit stress. Normal, compte tenu de ce qu’on a enduré lors de nos dernières navigations. Le capitaine a pris son plus beau sourire, le n° 47 bis, réservé pour les cas d’extrême importance, pour essayer de rassurer son pimousse, et lui faire admettre qu’il n’y avait rien à craindre avec la météo du jour.
Mais la peur de la mer étant ce qu’elle est, tu peux avoir les meilleurs arguments du monde, quand t’as la trouille, t’as la trouille ! Le pimousse a néanmoins fait un GROS effort pour prendre sur soi, et c’est bien, très bien même...!
On a hissé le pavillon de courtoisie, car c'est la règle : à tribord, on hisse les couleurs du pays où on arrive !
Au final, le capitaine tire son chapeau au pimousse qui a parfaitement manoeuvré quand il a fallu le faire, et qui devient une spécialiste de l’accrochage (et du décrochage) de pare-battages, et du lancer d’amarres !
Vous verriez les gars sur les quais réceptionner les envois millimétrés du pimousse, vous seriez époustouflés !
Bref, même si le coeur n’y était pas en début de journée, l’arrivée s’est faite dans les meilleures conditions qui soient, et nous remercions à ce propos la cartographie électronique du bord, qui est hautement performante, et nous a permis d’arriver pile poil avant la fermeture de la marina...
Comment, une marina, ça ferme ?
Ben oui, Gibraltar, c’est anglais, et les rosbifs, vous savez, la “dolce vita” des latins, ils ne connaissent pas. Eux, ils sont anglo-saxons, et leur mot d’ordre, c’est “règlement” !
Tant et si bien qu’au port, il y a des panneaux d’interdiction partout : interdiction de faire du vélo, de naviguer en annexe, de promener son chien, interdiction aux chiens de déféquer sous peine d’amende de 100 £, interdiction de quitter la marina en dehors des heures de bureau, c’est proprement ahurissant !
Tout ça a presque de quoi nous faire regretter notre slalom entre les cargos...!
Non mais, vous avez vu un peu ces monstres de fer et d’acier, jalonner le chenal ?
Croyez bien qu’on s’est sentis tout petits, minuscules, insignifiants, dérisoires, quand on a doublé ces porte containers qui faisaient la taille de deux stades de rugby !
Avec nos douze mètres, on était les nains du détroit !