49 - On est cuits, cuits... normal, on est aux Canaries !
Dans la nuit, on peut bien vous l’avouer, on a eu un p’tit coup de blues.
Voici un aperçu de ce que voit, pendant cinq ou six heures d’affilée, celui qui est de quart. Avouez qu’il y a de quoi se la peindre en bleu et se l’exposer au musée du Louvre, non ?
Surtout, nous étions gagnés par la fatigue, car comme nous sommes encore assez près des côtes, quelques bateaux traversent notre route, ce qui ne manque pas de nous causer quelques superbes frayeurs. Le capitaine s’en est payé une de toute beauté cette nuit lorsque, surpris par un méga chalutier en flagrant délit de rédaction du blog au large, il a du remonter de toute urgence à la barre pour éviter la collision fatale...!
Non, allez, on exagère, il n’y a eu aucun risque d’abordage, mais ça laisse toujours une drôle d’impression quand on croise un rafiot haut comme un immeuble !
Le pimousse, quand la mer est mauvaise et nous malmène, ce qu’elle n’a pas cessé de faire, se demande quant à lui de façon cyclique : “mais qu’est ce que je fous là, moi ?”
Et, curieusement, alors que nous sommes vraiment dans le Sud maintenant, le froid nous rattrape cette nuit : tout est moite, humide, pour ne pas dire trempé à bord, il est difficile de trouver un endroit où se mettre au sec, où trouver un peu de réconfort, et c’est dans ces moments là, bande de veinards, qu’on pense à vous qui avez la chance de vous réchauffer dans votre “home sweet home” douillet devant un bon feu de cheminée... ou sur votre terrasse pour ceux qui ont la chance de résider en Polynésie, hein Dom ?!
Mais, pas d’inquiétude pour vos aventuriers préférés, notre coup de blues est de courte durée, très courte même.
Pour remédier à ça, deux choses : un bon p’tit déj, pris en commun comme chaque matin, pour assurer la cohésion de l’équipage, puis un p’tit roupillon pour le pimousse pendant que le capitaine joue avec ses voiles (le capitaine est un grand enfant).
Comme le pimousse n’est pas vraiment fan des manoeuvres (et ça se comprend) le capitaine s’amuse à tout faire tout seul, et procède en même temps à l’inventaire de tout ce qu’il faudra réparer lors de notre prochaine halte.
Ce sont de petites choses, mais mieux vaut prévenir que couler !
(Note du pimousse : le capitaine aime bien déformer les expressions, surtout qu’ici, guérir n’avait pas de sens !)
Enfin, après une progression rapide vent et houle de travers, c’est le pimousse, avec son oeil de lynx, qui aperçoit en premier les côtes de Lanzarote.
Mais c’est le capitaine qui aperçoit en premier les autochtones venus saluer l’arrivée de Kouunji et de son équipage dans les eaux territoriales.
Arrivés à ce stade de votre lecture, vous vous dîtes, non sans une certaine perplexité : “tiens, ils sont drôlement gentils, ces Canariens, de venir saluer les bateaux qui arrivent...”
Vous êtes étonnés, et vous n’avez pas tort. Maintenant, regardez plutôt quelle gueule ont les autochtones en question, et vous comprendrez !
Cette séance, qui a duré un bon quart d’heure avec nos potes les dauphins, a fait s’envoler comme par miracle la fatigue accumulée, la lassitude et tout le reste ! Les dauphins n’ont pas cessé de faire des cabrioles et des sauts devant nos étraves, on avait vraiment l’impression qu’ils venaient nous accueillir après notre plus longue traversée : 650 milles nautiques avalés en quatre jours pile, soit plus de 160 milles par jour, avec des conditions loin d’être favorables, c’est vraiment de la bonne navigation...!
Le printemps arrive, on se sert en fleurs !
L’abord des côtes de Lanzarote est assez étrange. L’arrière pays, avec ses montagnes pelées, est un peu lunaire, et en complet décalage avec l’azur des flots. Les roches volcaniques, noires et menaçantes, semblent nous inciter à la prudence.
L’atterrissage se fait sans encombre (comme d’hab, rajouterions nous si nous étions immodestes, mais nous ne le sommes pas, donc on ne le dit pas), et nous gagnons le port de Naos, qui a été créé en septembre 2012 (ils savaient qu’on allait arriver) qui dessert la “capitale” de Lanzarote, Arrecife.
Voilà, il s’agit certainement de notre dernière escale avant LA traversée, celle que tout le monde attend : la transat !
Mais peut être qu’on va se laisser tenter par un petit périple intra-canarien, comprenez qu’on pourrait traînasser dans les parages, visiter un peu Gran Canaria, Tenerife, etc...
On verra bien, de toute façon on n’a pas d’impératif. Ah, si, en fait... Il paraît que Christophe et José viennent nous voir aux Iles Vierges. En tout cas, rendez vous est pris pour l’anniversaire de Tophe, soit le 22 mars, là-bas. Va pas falloir traîner pour la transat !
En tout cas, le pimousse était claqué à l’arrivée, mais content ! Et y’a de quoi ! Parce que franchement, pour quelqu’un qui n’avait jamais navigué, le pimousse force le respect. Jamais malade, jamais éteinte ni énervée, elle fait face aux dures réalités de la mer avec une grande philosophie, et une abnégation qu’on ne lui a jamais connues jusqu’alors.
Une chose est sûre : le pimousse sortira grandi de cette aventure. Et pas qu’un peu...!