63 - Transat au jour le jour
15 février 2013
Le capitaine, qui n’est jamais à court d’idées, en a eu une lumineuse comme le soleil qui nous cogne dessus depuis qu’on a quitté Las Palmas.
30 degrés le jour du départ, 32 le lendemain, un ciel bleu sans le moindre nuagillon, bref, c’est du grand beau, et c’est bon !
L’idée du capitaine, c’est de rédiger le blog tous les jours, pour qu’il soit plus riche en émotions et en détails, plus vivant, en somme, qu’un bête résumé qu’on aurait fait à l’arrivée.
Et qui va en profiter ? C’est vous, bande de veinards !
Après les derniers préparatifs (réparation des voiles pour le capitaine, et apprentissage des noeuds marins pour le pimousse), on quitte enfin Les Canaries.
On appareille avec un vent faible comme un poitrinaire, qui pousse péniblement Kouunji hors de la rade, et slalomons au milieu de cargos gigantesques mangés par la rouille, et d’un hobie-cat avec un joli spi rose fluo qui va trois fois plus vite que nous, le salaud !
Une fois les voiles établies, nous contournons paisiblement Gran Canaria, non sans croiser les doigts pour que le vent souffle un peu plus, faute de quoi il va nous falloir trois mois pour traverser, et c’est sûr on sera à court de bouffe et de papier cul...! La pénurie de l’un étant plus grave que l’autre, on vous laisse deviner lequel...!
Nos doigts ont été bien croisés, puisqu’après deux heures à un train de sénateur, ça fraîchit, et nous voilà propulsés à plus de 10 noeuds sur une mer calme ! Le pied !
Las, le vent s’excite un peu trop, et il faut prendre un ris, c’est à dire réduire la voilure, des fois que vous n’auriez pas intégré le vocabulaire marin, ce qu’il serait tout de même temps de faire !
Les manoeuvres la nuit, le pimousse n’apprécie que modérément. Celle-ci va nous rappeler pourquoi ! Tout se passe bien pour les voiles (c’est le job du pimousse, décidément au top) mais le capitaine se laisse surprendre à la barre et le bateau part dans tous les sens.
Les écoutes du foc en profitent pour s’emberlificoter avec la drisse du code D, et - l’expression n’a jamais aussi bien porté son nom - c’est un sac de noeuds pas possible à l’avant !
Pas grave : on enroule le foc tant bien que mal, et on reste sous grand voile seule, qui suffit à nous faire marcher à 9 noeuds. Incredible, isn’t it !
Le capitaine se prend à rêver qu’à ce rythme, il va nous falloir à peine 15 jours pour traverser.
La nuit passe, on dort bien, ce qui n’est pas rien, car il y a toujours quelques cargos par-ci par-là, et nous leur savons gré de ne pas nous éperonner. Mais on veille au grain, avec l’aide précieuse du radar !