125 - Intendance
16 avril 2013 - Simpson Bay - Sint Maarten - Friar’s Bay - Saint Martin
Certains jours dans la vie du tourdumondiste voileux sont moins rigolos que d’autres.
Celui-ci en fait partie.
On a jeté Sylvie au club de plongée voisin en début de matinée, et elle va avoir la chance de rajouter deux jolis tampons sur son carnet, vu qu’elle va s’immerger par deux fois dans des profondeurs qu’on aurait du mal à explorer en apnée.
Mais avec un bloc sur le dos, c’est plus facile !
Nous autres, on s’attelle à ce qui a fait gagner maintes batailles aux armées napoléoniennes : l’intendance.
Parce que vois tu, lecteur, le meilleur marin du monde ne fera jamais, jamais, jamais de bonne navigation s’il n’a pas l’estomac bien calé par des mets délicats ou, à tout le moins, nourrissants.
Et notre cambuse commençait à prendre des allures sahariennes, tant la boustifaille, a force d’intégrer nos estomacs, l’avaient désertée.
Comme on t’a dit, on a trouvé un supermarché à deux pas de notre mouillage, mais le capitaine fait l’amère expérience du fait que, “deux pas”, quand on a vingt kilos de bouffe sur le dos, et cinq ou six de plus dans chaque main, c’est tout de même une distance assez longue...
Surtout quand tu la parcours trois fois dans la matinée pour faire le plein !
Mais c’est une bonne - que dis-je - une excellente chose de faite. Après avoir récupéré notre plongeuse, qui a encore les yeux émerveillés par ce qu’elle a vu sous l’eau, et ingurgité ce qu’il faut de vitamines pour tenir jusqu’au goûter (!), nous vaquons à nouveau à nos occupations : Sylvie va faire quelques emplettes, le capitaine file chez le shipchandler, et le pimousse surveille le bateau.
Cela donne l’occasion au capitaine de filer à fond la caisse sur le lagon avec Mini-Kouunji chez Budget Marine, qui est LE magasin incontournable pour tout ce qui touche au bateau.
Il y trouve tout ce qu’il était venu chercher, puisque c’est la caverne d’Ali Baba, cette échoppe, et il repart à toute berzingue récupérer Sylvie, ce qui lui permet de se faire gauler par la police du port (deux gros blacks remplis aux hamburgers et à la testostérone...), qui lui expliquent que c’est “strictly prohibited” de carburer de cette façon dans cette zone...
Le capitaine, en bon avocat retraité, plaide sa cause dans un franglais destiné à noyer le poisson, et s’en tire les cuisses propres, puisque les flics, qui avaient exigé passeport, papiers du bateau, immobilisation de l’annexe, et renoncé de peu à l’incarcération (...) le laissent repartir, alors que le capitaine n’a rien fourni du tout, à part quelques sourires diplomates et des vannes toutes pourries qui n’ont pas arraché le moindre rictus à Starsky et Hutch...!
Dans la mesure où on a la police au cul, comme les babouins, qui eux ont la peau lisse au cul (!), on se grouille de dégager et de filer à Friar’s Bay, un mouillage tout rikiki mais sympa comme tout, qui est le fief de Nico, et du bar où il bosse, le Friar’s Bay Beach Café.
On mouille dans deux mètres d’eau turquoise, le capitaine nettoie la coque en attendant Nico et Lolo, mais un gros grain détrempe la baie et tout ce qu’il y a autour. Nico et Lolo sont h.s., ils reviendront nous voir demain, et, comme on est à terre, on va écluser un godet chez Cali, non, pas le chanteur catalan, mais un rasta qui tient le troquet voisin de celui de Nico, sur la plage.
Un vrai p’tit coin de paradis, n’est il pas ?
C’est le capitaine qui se met aux fourneaux pour le repas du soir, et à 21 heures, la p’tite Sylvie, épuisée par ses plongées et cette journée bien remplie, file au pays des songes, le seul où on ne te demande pas ton passeport quand tu arrives !
Peut être qu’elle rêve qu’elle est en vacances aux Caraïbes sur le bateau d’amis accueillants...? Ce serait un chouette rêve, non ?!
On lui emboîte rapidos le pas, parce que, crois le ou non lecteur, mais nos journées nous épuisent !
Ca doit être le soleil qui cogne trop fort !