147 - Des algues, et du monde
8 mai 2013 - Grande Terre - Guadeloupe
Après tout le vert qu’on a savouré, on se dit qu’un peu de bleu ne nous ferait pas de mal, et on décide par conséquent, puisque nous sommes non pas des quadrumanes, mais des quadruroues (!), d’explorer les plus belles plages de Guadeloupe, avec le secret espoir d’en trouver une qui aurait été oubliée par nos congénères, afin de goûter à un peu de tranquillité.
Aux premières heures du jour, pour jouir d’un peu de fraîcheur - ce qui est très relatif puisqu’à 8 plombes du mat’ il fait déjà 32° - nous filons à Petit Havre, qui fut jadis un havre de paix (d’où son nom...?), une jolie petite plage assez “secrète”, plutôt méconnue des touristes.
Il semble que rien n’ait changé lorsque nous arrivons : pas de parking bondé, pas de surpopulation, la chance nous sourit-elle ?
Et bien... non !
La plage est squattée par... les algues ! On est quittes pour un bon coup de blues, et pour continuer à cuire, car le rafraîchissement que devait nous prodiguer la baignade prévue est renvoyé à une audience ultérieure, comme on dit dans les prétoires !
Un iguane qui crèche dans le coin nous regarde du coin de l’oeil et a l’air de nous narguer : “la nature reprend ses droits, et tant que vous ne la respecterez pas, elle ne vous fera pas de cadeaux !”
T’as raison, l’iguane, t’as raison... Mais nous, de ce point de vue là, on a la conscience tranquille : on ne jette rien à la mer qui ne soit pas biodégradable, on trie nos déchets qu’on jette toujours à la poubelle, et même les produits d’entretien du bateau sont bio !
On va plus loin ? Allez, on va plus loin...!
On pousse alors jusqu’à Sainte Anne, et la plage municipale, qui compte parmi les plus belles de l’île, même si elle est très fréquentée, ce qui procède d’une certaine logique. On va enfin trouver ce qu’on cherche ?
Et bien... non !
Tu vas nous traiter de capricieux, ou de difficiles, mais - nonobstant la beauté du site, qu’on te laisse apprécier - on a du mal à se détendre ici.
Les clichés ne te le montrent pas (car on sélectionne aussi durement que pour un casting de la “Star Academy” !) mais la plage est noire (sans mauvais jeu de mots) de monde.
Après ce qu’on a connu aux Vierges, on a vraiment du mal, avec les gosses qui braillent, les vendeurs ambulants, et, une fois encore, ces satanées algues qui viennent tout gâcher.
On va plus loin ? Allez, on va plus loin !
Direction Saint François, et la plage des Raisins Clairs, qui là encore est celle qui monopolise les cartes postales. Alors, tout de même, ça va d’aller (hein, Kika)...!?
Et bien... non !
Même causes, mêmes effets : la plage est bondée, les algues sont partout, bref, y’a pas moyen de se trouver un p’tit coin peinard...! Scrogneutedjeu...!
Bon, qu’à cela ne tienne...
On va plus loin ? Allez, on va plus loin !
Nous voilà quelques minutes plus tard le cul posé sur la Plage de la Coulée, qui est aussi alguée que ses homologues, mais qui, n’ayant aucun charme si ce n’est celui d’être ignorée du vulgus pecum, a au moins le mérite d’être calme.
On peut manger nos sandwichs peinards sans avoir à s’enquiller du zouk avec le volume à fond, puisque les antillais, quand ils vont à la plage, amènent avec eux une sono de minimum 30.000 watts !
Mais rien de bien excitant...
On va plus loin ? Allez, on va plus loin...!
Notre bolide nous amène alors à un site qui, tout de même, vaut le détour : la Pointe des Châteaux.
Il n’y a pas de château, mais des rochers, des vagues, la Désirade tout au fond là-bas, et un panorama qui vaut son pesant de cacahouètes. Histoire d’en profiter pleinement, on demande à nos pieds gonflés par la chaleur qui attendent désespérément un bain rafraîchissant de nous mener au sommet de la colline, afin de s’offrir une vision globale de l’extrémité Est de la Guadeloupe.
Nos pieds font ce qu’on leur demande, et voilà ce que ça donne !
Mais une fois que c’est vu, il n’y a plus grand chose à faire ici, à part cuire au soleil, puisqu’il n’y a pas un seul minuscule abri à l’ombre.
On va plus loin ? Allez, on va plus loin...!
On bombe sur la route, pour faire local, et on ramasse deux jeunes qui font du stop, qu’on jette à proximité du Moule, THE endroit où il faut faire du surf en Guadeloupe.
Les jeunes n’en reviennent pas quand on leur raconte notre voyage. Ils sont d’autant plus ébaubis que leur souhait, à eux, c’est... de faire pareil !
Faut y croire les jeunes : à coeur vaillant, rien d’impossible !
On va plus loin ? Allez, on va plus loin...!
Notre prochaine étape : Porte d’Enfer.
Malgré ce nom peu engageant, c’est un endroit “muy simpatico”, comme dirait un espagnol, mais il est écrit là-haut que la malédiction Guadeloupéenne a frappé partout : algues et pollution de rigueur, ce qui n’effraie pas les locaux qui ont pris d’assaut le coin...
On va plus loin ? Allez, on va plus loin !
La route nous mène naturellement à la Pointe de la Grande Vigie, qui constitue l’extrémité Nord de la Guadeloupe. Tu notes au passage qu’on est allés du point le plus à l’Est au point le plus au Nord de l’île à fond la caisse !
Pas de plage, mais des falaises façon Etretat, et une perspective assez effrayante pour qui a le vertige ! On s’en fout, on ne l’a pas ! On observe par ailleurs Porte d’Enfer, ce bras de mer qui pénètre les falaises, mais cette fois-ci, à l’envers...!
On va plus loin ? Allez, on va plus loin...!
On descend à Anse Bertrand, charmante petite bourgade qui dispose d’une plage magnifique. A peine arrivés, on sent les prémices d’une crise d’urticaire, et on fait demi-tour sans même prendre le temps de descendre de voiture ou de faire des photos : tu ne verrais pas le sable, il y a trop de monde dessus !
On va plus loin ? Allez, on va plus loin...!
Notre dernière halte du jour se fera à Port Louis.
On se baigne enfin - et on a plutôt intérêt, parce qu’il n’y a plus de plage ensuite ! - mais le coeur n’y est pas.
Même si les clichés ne te le montrent pas, l’eau est ici aussi envahie par les algues, et on est allés à l’extrême extrémité de la plage, pour être aussi loin que possible de la cohue.
Bref, si la journée n’a pas été déplaisante, force est de constater que - tu vas dire qu’on radote - la Guadeloupe a bien changé. Ou plutôt non... elle a mal changé.
Il n’y a plus une plage qui ne soit pas souillée par les algues, la crasse, les déchets, la pollution, et bien que cela ait considérablement altéré la beauté des sites, on dirait que personne n’en a cure.
Les habitudes sont toujours les mêmes, et les plages, chaque jour férié, sont prises d’assaut, salies (la quantité de détritus est ahurissante) et laissées ainsi, sans que personne ne s’en soucie.
L’île est défigurée petit à petit (on passe sous silence les carcasses de voitures abandonnées un peu partout, les maisons en décrépitude, les décharges sauvages...), mais bien que cette tendance ait très largement empirée, rien ne semble pouvoir l’inverser.
Et bien soit... c’est avec beaucoup de tristesse que nous irons poser nos étraves ailleurs, parce que la Guadeloupe n’a plus grand chose d’enchanteur.
Et on ne parle pas de ces enfoirés de moustiques qui pourrissent nos nuits avec une régularité digne d’un métronome !