170 - Tristesse
31 mai 2013 - Chatam Bay - Union - Les Grenadines
Même les meilleurs choses ont une fin. C’est ce qu’a du se dire José au moment d’embarquer dans la navette qui allait le ramener à Saint Vincent, pour un périple extrêmement peu sympathique pour son retour sur les terres du Général De Gaulle, Napoléon et tous les autres français illustres, dont nous faisons désormais partie !
Juge un peu, lecteur : après avoir regagné Saint Vincent, il prendra demain matin (mais où va-t-il dormir ?) un avion qui le mènera à Grenade (carrément au Sud), puis à La Barbade (carrément à l’Est), avant de remonter vers Sainte Lucie (carrément à l’Ouest), et enfin La Martinique, carrément au Nord !
Résultat des courses : 4 heures d’avion pour un trajet qui aurait du durer moins d’une heure !
Ah, y’a pas à dire, les transports aux Antilles, c’est compliqué !
C’est aussi le cas pour nous, puisque nous nous rendons compte que ça fait plusieurs jours, en fait depuis Bequia (on te rappelle qu’il faut prononcer Bekwé sous peine d’avoir l’air truffe !), que nous n’avons pas eu un mouillage paisible et bien abrité.
Crois le, lecteur qui dort dans ton lit tous les soirs, sans te soucier du vent, de la houle, et du paysage environnant, que c’est un grand luxe dont tu disposes, car, pour nous autres, pauvres hères qui allons sans domicile fixe, chaque jour ou presque nous astreint, si nous voulons dormir convenablement, à dénicher le mouillage qui rassemble au moins deux qualités : être abrité de la houle et du vent.
Si en plus il est beau, alors c’est la cerise sur le gâteau !
Après les traditionnelles démarches aux douanes et à l’immigration, nous obtenons le feu vert pour quitter Les Grenadines mais - chut c’est un secret il ne faut le dire à personne - nous ne les quitterons que dans quelques jours, car il y a encore quelques endroits (parait-il attrayants) qu’il nous faut découvrir.
Seulement, si nous ne nous étions pas acquittés des formalités administratives, il aurait fallu revenir à Clifton, et ça, lecteur, tu vois, ça nous em... profondément, parce que ça aurait grandement compliqué la navigation !
Bref, on dit qu’on s’en va, mais on s’en va pas... Et maintenant on va prendre notre temps, tout notre temps, parce qu’on est carrément au Sud des Antilles, et il n’y a pas des tonnes de mouillages à voir avant de retrouver les enfants du pimousse à Trinidad et Tobago, au mois d’août.
Voilà pourquoi on dirige Kouunji vers la côte sous le vent d’Union, et nous allons mouiller à Chatam Bay.
Et bien, vois tu, le hasard fait bien les choses, puisque ledit mouillage est abrité de la houle et du vent. Et en plus il est beau !
Finalement, une pensée horrible nous effleure l’esprit : et si c’était José qui nous avait porté la poisse ?
Pendant qu’il a été là, on n’a jamais autant été harcelé par les boat-boys, on n’a jamais eu autant de déveine, on a dérapé en pleine nuit, on a été très déçus par ce qu’on a vu, on a cassé le siège de barre, on a eu les problèmes électriques - apparemment résolus, mais on en sera sûrs quand on aura du soleil - bref, on a tout de même pas mal galéré, et, pire encore, la météo a été très très médiocre.
Ce soir, le soleil est là...
Allez, c’est pour rire, bien sûr qu’il ne nous a pas porté la poisse ! Il nous a fait la popotte presque tous les jours, et en plus il a sauvé le bateau grâce à son réveil providentiel à Kingstown !
Le pire, c’est qu’il va nous manquer, l’animal...! On a même eu la larmichette quand on lui a dit au revoir sur le quai...
Tu reviens quand tu veux, gros vilain ! Enfin... préviens nous avant, quand même !