348 - Overdose de bateau
30 novembre 2013 - Little Ship Channel Cay - Exumas - Bahamas
Réveil morose. La journée d’hier a sûrement été l’une des pires que nous avons vécues depuis le départ de Port Leucate, si ce n’est la pire.
On a lutté pour ne pas s’imaginer sombrer corps et biens dans 4 mètres d’eau... Alors la nuit a été agitée, et l’ampleur de la tâche qui nous attend aujourd’hui a vite fait de nous expulser du plumard où on aime pourtant se prélasser.
Dès l’aube, (à l’heure où blanchit la campagne), le capitaine est à pied d’oeuvre et s’active avec les pompes du bord pour faire la chasse aux molécules H2O qui squattent les fonds.
Après un savant bidouillage avec les pompes de cale, Kouunji est enfin débarrassé de l’excès de liquide qui lui plombe les ailes depuis cette foutue navigation au près.
On ausculte avec la plus grande attention les fonds, afin de comprendre comment autant d’eau a pu s’engouffrer à l’intérieur.
Mais le mystère reste entier, et la solution la plus rationnelle est tout simplement inconcevable...
Il existe un minuscule trou de souris à l’arrière de la baille à mouillage (mal bouché à la construction du bateau), par où l’eau s’engouffre au près. Mais a-t-on décemment pu faire rentrer par cet orifice ridiculement petit plus de 3000 litres d’eau ?
On appelle Sylvie pour la prévenir que nous ne sommes absolument pas certains d’être à New Providence (l’île dont la capitale est Nassau) le jour “J”.
On profite de la relative accalmie météo pour filer vers notre destination, qui est à seulement 12 milles, mais ce court trajet va d’une part nous rapprocher de Nassau la tant désirée, et nous permettre d’autre part de tester le comportement du bateau maintenant qu’il est vidé.
Tout se passe bien, les jumeaux Yanmar font leur boulot convenablement, et nous permettent de remonter face au vent sur une mer apaisée.
L’arrivée est une nouvelle fois à la mode locale, dans deux mètres d’eau (très claire), et aucun abri pour se préserver du vent...
L’après midi est consacrée toute entière aux travaux de remise en état de Kouunji.
On sort tout ce qui doit sécher en profitant au max du soleil enfin revenu, et le capitaine répare tout ce qui peut l’être avec les moyens du bord. Pompe de douche côté invités, pompe de cale, re-vidage des fonds (de l’eau est revenue de nulle part...), nettoyage et graissage des outils qui n’ont guère apprécié le bain de mer, réparation de la couchette avant bâbord, reprise de différents joints au Sika, et séchage en grand du bateau.
Kouunji ressemble à un bateau de romanichels !
Le Pimousse, abattu, ne chôme pas, mais le coeur n’y est plus. Il y a overdose de bateau, là...!
Il faut dire que ça fait tout de même 18 jours qu’on a quitté Curaçao, et on a collectionné les frayeurs et les emmerdes. Même le plus motivé des pimousses aurait un coup de mou dans ces circonstances...
Les rares journées où la navigation a été paisible et agréable ne font pas le poids face à toutes celles où on en a bavé...!
Surtout qu’on en a bavé grave !
Mais ce soir, le bilan est positif : Kouunji est tout sec, tout propre, on a fait tout ce qui pouvait être fait, et on espère avoir colmaté au Sika la ridicule petite ouverture qui sépare la baille à mouillage des autres compartiments du flotteur bâbord.
Si on a vu juste, on n’aura plus de problème de ce genre.
Ce qui est hautement souhaitable, parce que déguiser Kouunji en quasi-Titanic, c’est un truc dont on se dispenserait volontiers !
Quoi qu'il en soit, bon anniversaire au p'tit frère du capitaine, qui nous rejoindra dans quelques semaines… Pas sûr que ce soit une bonne idée, Ben !