446 - Confrontation avec le mythe
23 mars 2014 - Shelter Bay Marina - Panama
Ah lecteur, si tu savais...
Arriver à Panama, pour un marin, c’est un truc inoubliable.
Et nous, on ne l’oubliera pas. Primo parce que c’est la première fois, et une première fois ne s’oublie jamais, n’est ce pas ?
Deuxio because on a conservé notre habitude, prise en Méditerranée, d’arriver de nuit dans un endroit délicat.
Mais délicat, ici, est un qualificatif qui ne donne pas toute la mesure - ou plutôt la démesure - du phénomène panaméen.
Arriver ici, c’est se sentir lilliputien, car tu es entouré de bateaux qui sont tous grands comme deux stades de foot, alors que Kouunji fait un peu plus que la largeur des buts...!
Ces porte containers et autres cargos qui te cernent de toutes parts, c’est im-pres-sion-nant ! Et ça l’est plus encore de nuit, quand ces masses sombres qui se déplacent étonnement vite se rapprochent de toi et te donnent l’impression qu’elles vont te broyer menu !
Autant te dire que Kouunji s’est fait tout petit, est resté sagement au bord du chenal pour éviter les mastodontes de fer qui passent à toute vitesse dans tous les sens...!
Tu te souviens de Gibraltar ? Et bien crois nous, à côté de Panama, c’est de la gnognotte !
On a eu un peu l’impression d’être une fourmi qui veut traverser les Champs Elysées aux heures de pointe !
Notre seul vrai regret : on n’aura pas de photo de cet instant incroyable... Sniff...!
Mais l'émotion est là, parce que tu ne peux pas arriver dans un endroit aussi mythique que l'est Panama sans te dire que quelque chose est fait.
Tant que tu es aux Antilles, et que tu fais le zouave dans les îles, il existe toujours une solution de repli : si tu te dégonfles - combien l'ont fait - tu peux toujours faire demi tour, remonter vers les Bermudes et traverser l'Atlantique dans l'autre sens pour regagner la vieille Europe.
Mais, si tu décides de t'engager vers l'Ouest, c'est définitif (ou presque). En général, quand tu es de l'autre côté, tu n'en reviens pas… ou alors c'est en finissant le tour du monde, et là, ça prend du temps…!
Bref, on a l'émotion qui nous titille, parce qu'on sait, au fond de nous, qu'on tourne définitivement le dos à l'Atlantique et l'Europe.
L'aventure prend une nouvelle dimension...