475 - Îles Gambier : la paix incarnée
27 mai - 1er juin 2014 - Rikitea - Mangareva - Îles Gambier
27 mai
Notre premier “vrai” jour aux Gambier nous permet de nous familiariser avec les us et coutumes locaux, ainsi qu’avec les paysages qui ne figurent pas parmi les plus moches.
D’abord, il faut oublier la civilisation telle qu’on la connait, si tant est d’ailleurs que la véritable civilisation ne soit pas ici. On t’explique...
Les gens sont d’une courtoisie, d’une amabilité et d’une gentillesse qui impressionne. Certes, la taille de l’île (1.400 habitants et un gendarme et demi !) explique que l’ambiance soit à la décontraction.
Mais à ce point, tu as l’impression d’être sur une autre planète !
A La Poste par exemple, tu sais qu’en France, le cerbère qui est assis derrière le guichet ne va pas lever les yeux pour te regarder, va être aussi désagréable qu’un pitbull à qui tu voudrais piquer son os, et ne te décrochera pas le moindre sourire.
Ben ici, t’as l’impression que la postière, c’est ta meilleure copine !
Mais l’épicière est aussi ta meilleure copine, comme la boulangère, ainsi que tous les gens que tu croises et qui te saluent, te sourient, et te donnent le sentiment que tu vis ici depuis toujours.
Mieux encore, l’anecdote que nous allons te narrer va finir de te convaincre que s’il y a des gens qui ont du savoir vivre, ce sont les Polynésiens.
On venait de finir nos emplettes, et étions un peu frustrés de ne pas trouver de fruits frais. On s’en retournait vers Mini-Kouunji, quand on passe à côté d’un jardin où des pamplemousses fort appétissants pendaient sur un pamplemoussier généreux.
On avise le proprio, un gars d’une trentaine d’années, et on lui demande si on ne pourrait pas lui en acheter quelques uns.
Le type se marre, appelle sa femme, qui sort avec un sourire jusqu’aux oreilles et un sac en plastique. On est repartis avec une cargaison de pamplemousses frais inimaginable !
Et pour le prix, ils n’ont pas cessé de nous répéter, avec leur accent inimitable : “c’est grrrratouit !”
Ouais, les Polynésiens roulent les “r” et ne connaissent pas le “u”, seulement le “ou”...!
Alors bien sûr après il a fait un temps dégueulasse toute la journée. Mais grâce à leurs sourires et leur gentillesse, les gens du crû nous ont mis du soleil dans le coeur pour qu’on tienne jusqu’au lendemain !
28 mai
Le lendemain a été studieux. Le matin, nettoyage en grand de Kouunji, qui, après 28 jours passés à traverser le Pacifique, avait besoin d’un sérieux coup de chiffon !
On a astiqué, briqué, frotté, nettoyé, lavé, rincé, dégraissé, et notre navire est désormais prêt à rempiler. Mais pas nous...!
Nous, on est toujours en phase de récupération, et on n’a qu’une seule envie : glander.
Ca tombe bien, d’après ce qu’on voit, les Polynésiens ne sont pas énervés non plus, et tu ne peux rien faire d’autre ici que d’épouser le rythme indolent que dicte la vie sur l’île.
C’est paisible, ça va doucement, et c’est tant mieux.
Aussi nous déguisons nous à nouveau en explorateurs pour l’après midi, et on ne le regrette pas, puisque Mangareva a un certain charme, pour ne pas dire un charme certain.
Qu’est ce que c’est cool...
Voilà ce que devrait te prescrire ton médecin si tu stresses : un mois à Rikitea. On te garantit que ce serait plus efficace que du Prozac.
Seulement c’est pas remboursé par la Sécu...! Dommage...
29 mai
Les jours se suivent et se ressemblent. Pourquoi est-ce qu’on modifierait une formule qui fonctionne bien ?
Matin : on s’occupe de Kouunji. Aprèm : on s’occupe de nous.
Voilà. C’est simple et efficace.
Pour Kouunji, ce morning, c’était nettoyage des fonds, des cales et des pompes, pour le capitaine, lessive pour le Pimousse. Ca sent bon, ça sent le frais, tout ce qu’on aime !
En parlant de frais, sache lecteur jaloux, qu’on est en plein dedans ici : 24° dans la journée, pas plus. Pas de quoi faire une jaunisse si tu crois qu’on crève de chaud, hein ? Et la nuit, on a une couverture polaire ! Et ouais, c’est l’hiver austral qui commence, et il va faire encore plus frais dans un mois ou deux...
On remet notre costard d‘explorateurs après manger, pour sillonner l’autre côté de l’île. On y découvre de beaux panoramas, des cochons, des fleurs jolies qui sentent bon, et on fait la connaissance de Nico, un Polynésien tout ce qu’il y a de plus polynésien : sourire permanent, gentillesse à toute épreuve, générosité sans égale, et on est repartis de chez lui avec deux régimes de bananes, des pamplemousses, des mangues, une papaye, des citrons, et tout ça au tarif habituel : c’est grrrratouit !
Le seul bémol, si on devait faire preuve d’esprit critique, serait à mettre sur le compte de l’esthétique féminine.
En effet, lecteur séducteur, sache que quand tu découvres la Polynésie, le mythe de la vahiné en prend un coup. Il est même atomisé...
Les femmes ici sont plutôt du genre à faire pâlir de honte un pilier du XV de France qui passerait pour chétif à côté d’elles...! On est loin des naïades qui ont fait perdre la tête à l’équipage du Bounty !
30 mai
La bonne surprise du jour est à mettre au crédit de notre nouveau meilleur copain Nico (tu sais que tous les Polynésiens sont tes meilleurs copains), qui débarque sur son prao ce matin, pour nous inviter à un barbecue.
Ok, lui répond-on ! On vient à quelle heure ?
Dix heures ! nous lance-t-il, tout sourire.
Oh punaise, l’apéro commence tôt, ici ! A l’heure dite, nous voilà entourés de tout un tas de gars fascinés par notre voyage, par la France, et... la bière !
Ah lecteur, si tu savais comme c’est peinard, de discuter avec ces gens. Ils sont simples, généreux, authentiques, et leur crédo pourrait se résumer en quatre mots : profiter de la vie.
Comme c’est ce qu’on fait - et de quelle façon, hein ? - on s’entend comme larrons en foire.
Encore une semaine ici et on va connaître tous les habitants de l’île !
On s’est quand même coltiné la corvée de l’eau, parce que nos réserves sont à sec, et qu’il faut bien consacrer un peu de temps au valeureux Kouunji, qui nous a amenés là où on est, ce dont nous lui sommes reconnaissants.
On a donc décidé de poursuivre sur notre rythme polynésien, c’est à dire un petit quelque chose chaque jour, afin de remettre notre Kouunji en parfait état. Encore six mois, et il sera nickel !
Pour autant qu’on s’abstienne de picoler autant de bières que tous nos nouveaux meilleurs copains. Parce qu’eux ont une descente qu’on n’aimerait pas remonter !
31 mai
Le temps est un peu maussade ce matin. Grasse mat’, crêpes au Nutella, re-grasse mat’ pour le capitaine pendant que le Pimousse astique et brique, bref, comme tu le vois, on est rapidement devenus des Polynésiens dans l’âme, et nous pratiquons sans vergogne l’art de ne pas s’exciter...!
Lorsque l’astre solaire pointe le bout de son nez, en début d’après midi, on met Mini-Kouunji à l’eau, et zou...! Nous voilà repartis en vadrouille.
Nous déambulons cette fois-ci sur les hauteurs de Rikitea, non sans faire d’innombrables rencontres, avec des jeunes de Tahiti notamment, qui sont pourtant scolarisés ici et suivent une formation de graveur.
Ils nous convient à la communion de tous les enfants qui aura lieu demain à la cathédrale. Ici, l’esprit collectif règne. L’individualisme, on ne connait pas. Si les enfants de l’île communient, tout le monde doit communier avec eux : même les marins !
Sur les hauteurs, on jouit d’une vue splendide sur Mangareva, et comme on est généreux, tu le sais, on t’en fait profiter !
De retour vers leurs bateaux respectifs, lesdits marins de tous horizons - Suédois, Allemands, Australiens, Portoricains, Chiliens, Américains, Français - se retrouvent “Chez Jojo”, le seul bar de l’île, cosmopolite s’il en est.
Si tant est qu’on puisse appeler “bar” cet amas de chaises en plastique sous un abri en tôle ondulée où tu te sers toi-même dans un frigo vitré avant d’aller payer la caissière qui dépasse allègrement le quintal !
Une fois encore, l’ambiance qui règne sur cette île est paisible, amicale, bon enfant, et tu as l’impression étrange que rien ne peut venir troubler la quiétude qui règne sous ces latitudes.
Espérons que ce soit le cas...
Il doit y avoir un truc tout de même, parce que, d’un point de vue technique, notre régulateur a rendu l’âme, et nos panneaux solaires ne produisent donc désormais pas plus d’électricité que les charentaises de ton grand-père...!
Mais ça nous indiffère complètement !
1er juin
Les rémoras qui ont élu domicile sous Kouunji depuis notre arrivée ont eu la bonne idée de débarrasser nos coques de tous les parasites qui squattaient là. Chez les Polynésiens, même les rémoras ont le sens de l’hospitalité et sont serviables...!
Après une excellente nuit (qu’est-ce qu’on dort bien, ici !), nous avons fait un truc qu’on n’avait plus fait depuis 30 ans : on est allés à la messe !
Tout bien réfléchi, c’était même une première pour le capitaine...
Office émouvant à souhait, avec tous ces enfants vêtus de blanc, qui communiaient, et toute l’île réunie pour chanter les chants traditionnels. Avec l’acoustique de la cathédrale, frisson garanti !
Une nouvelle halte “Chez Jojo” nous informe qu’on devrait enfin avoir de l’internet à partir de demain... Nous on s’en fout, mais c’est pour toi, lecteur... Depuis le temps que tu es privé de nos aventures, tu dois drôlement languir, hein ?
Allez, si tu lis ces lignes, c’est qu’on a enfin remédié au problème !
Journée paisible placée sous le signe de la corvée d’eau (le capitaine fait les allers-retours avec 30 litres en jerricans à chaque voyage) et d’un apéro plus que sympa à bord de Duo, un Lagoon 420 barré par Christine et Michael, des franco-australiens avenants, qui ont mouillé tout près de Kouunji.
Faut bien faire connaissance, hein ? Et ça se fait toujours plus facilement autour d’un verre...!
En tout cas maintenant, on sait où aller si on va en Australie ! Ce d’autant que leurs équipiers, David et Lee Ann, qui sont aussi australiens que des kangourous, nous ont également laissé leur adresse...
C’est quand même cool d’avoir des boat-potes partout dans le monde, hein ?!