518 - Et l'art, dans tout ça ?
4 décembre - Hiva Oa - Iles Marquises
Depuis le temps qu’on te fait poireauter, on avait mauvaise conscience. Alors ce matin, on s’est levé tôt, on a fait pléthore de crêpes, on en a mangé un max (logique, non ?), et, ainsi revigorés et ayant fait le plein d’énergie, on a filé direct au Centre Culturel qui abrite le musée Gauguin.
Celui-ci abrite dans un bâtiment secondaire une annexe dédiée à Jacques Brel, qui a tant fait pour les Marquises qu’il aurait été indigne de l’oublier.
Nous voilà donc face aux oeuvres de l’un des pionniers du mouvement impressionniste français.
Qui avait une sale gueule, tout de même… Ses autoportraits en témoignent.
Sauf qu’au moment où il a exécuté ses toiles, il n’avait pas l’aura et la stature que l’évolution et l’histoire de l’art lui ont conféré par la suite.
Il s’évince des correspondances échangées avec Camille Pissaro notamment, que Gauguin, comme tant d’autres, avait du mal à joindre les deux bouts, mais qu’il refusait obstinément de faire quelque concession que ce soit quant à sa vision de la peinture.
Il est assez ironique d’observer aujourd’hui, avec le recul, que les toiles de Gauguin, qui ont essaimé dans les plus grands musées du monde, ne trouvaient pas preneur de son vivant, contraignant l’ami Paul à se fâcher avec les impôts et tous ses autres créanciers...!
Mais le plus révélateur est ailleurs.
Chaque toile exposée dans ce mini-musée est une reproduction, les originales valant beaucoup trop de brouzoufs pour que le Centre Culturel d’Hiva Oa puisse faire l’acquisition de l’une d’entre elles, à moins de faire un crédit à 15 % d’intérêts par an sur une durée de 840 ans...!
Toutefois, la majeure partie des tableaux est présentée avec un commentaire succinct, et une vignette de 8 cm x 8 cm sur laquelle figure l’original.
Et bien figure toi que, si tu te concentres quelques secondes sur la miniature, et que tu laisses ton oeil s’accommoder à la petitesse, l’oeuvre originale, en dépit de son format timbre poste, surclasse - de très loin - la reproduction.
Ces toiles sont incontestablement des pièces maîtresses de l’impressionnisme, les lumières sont travaillées, les ambiances soignées, et les lignes seulement suggérées, ce qui est l’apanage de ce style pictural.
Une simple comparaison avec les reproductions suffit pour te convaincre qu’en la matière, les détails les plus subtils modifient radicalement un tableau, pour transformer une vulgaire peinture en chef-d’oeuvre.
Gauguin avait du talent, ça ne se discute pas.
Et Brel, lui, avait du coeur, puisque l’unique bâtiment qui abrite son Twin Bonanza (son avion) tourne presque exclusivement autour de ce thème, mettant en avant l’incroyable philantropie du chanteur, qui s’est démené pendant des années pour améliorer le quotidien des habitants des Marquises.
L'avion que tu vois est le vrai, l'authentique, sauvé par Dassault au moment où on allait y mettre le feu pour qu'il serve à des exercices de formation des pompiers… Tu imagines ?
Innombrables transports sanitaires gratuits (on t’en a déjà parlé), usage de son influence pour obtenir des crédits et des décisions politiques allant dans le sens du développement économique et social d’Hiva Oa, etc...
Enfin, Brel a offert à l’île son premier... cinéma !
Les projections avaient lieu en plein air, et avec les soirées d’enfer qu’il fait ici, c’était une sacrée bonne idée.
Entre les conseils pour la chasse au cafards d’hier et cette page culturelle, avoue que t’en apprends, des trucs, dans ce blog encyclopédique, hein lecteur ?