552 - Traversée maudite
16 février - Hiva Oa - Ua Huka - Iles Marquises
Tout avait pourtant bien commencé. On avait pris la météo, qui nous annonçait un vent modéré entre 15 et 20 noeuds, portant, et une mer calme.
Même si le soleil est absent, nous décidons donc de lever l’ancre pour gagner Ua Huka, distante de 55 milles (on te rappelle qu’il faut multiplier par 1,852 pour avoir la conversion en kilomètres).
Les deux premiers tiers de la navigation sont paisibles, sous code D, en dépit d’un ciel gris, et d’une absence de lumière qui nous laisse croire qu’on vit désormais en noir et blanc. Etrange...
Puis ça se corse, mais ton équipage préféré veille au grain, car ce sont précisément des grains qui nous assaillent. On enroule le code D en quatrième vitesse, et on envoie une grand voile avec un ris et le foc déployé.
Ca boume, et on passe tranquilles.
Bien que la mer soit très formée (deux à trois mètres de creux), tout redevient calme. Ca fait une demi heure que le vent est à nouveau paisible, on est à deux doigts de renvoyer le code D.
C’est au moment où on se pose la question de savoir si on le fait ou pas que le vent répond à notre place : non, vous le ferez pas !
Et pourquoi donc ? Et bien parce que, en à peine 10 secondes, le vent se met à rugir de façon terrifiante, Kouunji se retrouve à gîter comme un monocoque, c’est fulgurant. Le vent est passé de 15 à 35 noeuds en quelques instants ! A peine croyable !
Branle bas de combat à bord. On a intérêt à réduire la voilure, sinon, c’est de la casse garantie ! Ce d’autant que la pluie tombe de façon diluvienne, et que Kouunji s’emballe : 12 noeuds au loch ! Mamma mia !
C’est à ce moment là que ça survient. On est en train de réduire le foc quand le point d’écoute percute le code D. On ne sait pas trop comment ça se produit, mais du coup, le code D se met à se dérouler, oh, pas beaucoup, mais juste assez pour que les rafales perfides de ce vent sournois s’engouffrent dans les plis de notre voile chérie, et la déroule juste assez pour nous pourrir la manoeuvre, et surtout pour que le code D se déchire en lambeaux devant nos yeux impuissants.
Car il y a trois voiles à gérer, et on n’est que deux...
On laisse la grand voile en rideau, après avoir réglé un foc minuscule, on affale le code D que le capitaine récupère à la main, sous les yeux du Pimousse effrayé qui redoute de le voir finir à la mer avec la voile qui a tout de même une jolie prise au vent, et une fois celle-ci rangée dans le coffre en pied de mât, on se consacre à nouveau aux voiles qui nous propulsent.
Parce que même si nos voiles n’ont de voiles que le nom, tant elles sont difformes et mal réglées, ça tabasse sévère et Kouunji bombarde toujours autant : 35 noeuds au portant, ça dépote grave !
La pluie diluvienne et le vent déchaîné ne nous quitteront plus jusqu’à notre arrivée.
Il faut voir le bon côté des choses : on a carburé, et parcouru nos 55 milles à plus de 8 noeuds de moyenne.
A l’arrivée, c’est encore le bigntz... Houle impossible et courant tournoyant dans la baie Hane, qui nous contraignent à jeter deux ancres. On mouille “tête et cul”, c’est à dire avec une ancre à l’avant, et l’autre à l’arrière, que nous allons porter avec l’annexe.
Une fois de plus, le Pacifique ne dément pas sa réputation d’océan facétieux et capricieux. La météo est aussi versatile qu’un homme politique en campagne électorale, la mer est très forte, très agitée, et franchement, on est un peu dégoûtés par cette reprise... Sans compter notre code D en charpie...
Allez, une bonne nuit de sommeil, et demain sera un jour meilleur !