233 - Maman les p'tits bateaux...
2 juillet 2013 - Carriacou - Grenade - Saint George - Grande Anse Bay
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. C’est pareil pour les mouillages. On avait beaucoup apprécié jadis Tyrrel Bay, parce que c’était calme et peu fréquenté.
Las, on est arrivés hier, la veille du “Carriacou Regatta Week End”, qui a lieu chaque année le premier week-end du mois d’août.
Autant te dire, lecteur, que pour le calme et la fréquentation modérée, on repassera !
Comme de toute façon notre idée première était de poursuivre sans plus attendre notre route jusqu’à Grenade, et bien... on s’y tient !
C’est sous un ciel gris que nous prenons le large, cap sur Grenade, qui est à 30 milles à l’Ouest Sud Ouest.
Sous spi asymétrique et grand voile, on file à toute vitesse, si bien qu’on fait presque jeu égal avec un autre cata (un Lagoon 520) qui finit par prendre le large mais qu’on rattrapera ultérieurement, grâce à une meilleure option de navigation. En effet, le vent est presque arrière, ce qui, tu le sais maintenant, lecteur, n’est pas la meilleure allure qui convienne pour un multicoque.
Peu à peu la mer se creuse, mais on surfe la houle, et alors qu’on tablait sur 6 heures de navigation, on écourtera pour n’en passer que 5 sur les flots bleus, en prenant une route directe longeant les côtes de Grenade : cool !
L’autre cata, qui était parti au large chercher du vent, est revenu bredouille, et arrive pile poil en même temps que nous... alors qu’il aurait du nous mettre au moins une demi heure dans la vue !
Il est fortiche, Kouunji, hein ?
On arrive à Saint George, la capitale, à 15 heures 30, et le capitaine se magne d’aller faire les formalités, parce que notre dernier souvenir de passage en douane à Grenade est le pire qui soit concernant la paperasse... (cf. art. 177)
Il semble que la malédiction continue : arrivé à 15h50 au bureau des officiels, il trouve porte close, alors que c’est censé fermer à... 16 heures !
Pas question d’attendre demain pour faire la clearance, parce sinon il va encore y avoir une embrouille qui va nous coûter un bras. Le capitaine use de son meilleur anglais et de son sourire n°48 bis, réservé aux cas urgents, pour obtenir de la capitainerie les infos qui vont bien.
Les douanes sont ouvertes 24 heures sur 24, mais il faut se rendre au bureau principal, le grand bâtiment vert vilain, là, de l’autre côté de la baie, à 2 minutes d’annexe et 5 minutes de marche, ce qui, si tu comptes bien, fait un total de 7 minutes.
Vroum... fait Mini-Kouunji pour transporter le capitaine à l’endroit adéquat. 7 minutes plus tard, le capitaine se retrouve face à une porte où il est écrit : “closed”.
Pas terrible, ça... Le pimousse est en train de cuire sur le bateau, le mouillage, au bord de la route, est bruyant, il n’y a pas un souffle d’air, et notre envie de passer la nuit à cet endroit est assez proche de “pas du tout”...
Le capitaine aperçoit une officielle à l’intérieur et la hèle, accompagnant son onomatopée de son sourire n°36, spécialement destiné aux fonctionnaires obèses.
Ca marche !
Dans le bureau, c’est un mélange de Hitchcock, de Truffaut et d’Almodovar. Suspense parce qu’il faut obtenir des officiels le coup de tampon tant désiré, “french touch” pour la séduction des bureaucrates, et loufoque comme une comédie espagnole, parce que dans les bureaux, les mecs et les nanas bouffent et boivent, se trimballent en débardeur et en tongs, débraillés, comme s’ils avaient déjà entamé leur week-end.
Mais le capitaine, ayant usé de surcroît de ses sourires n°17 (pour les femmes) et 34 (pour les hommes), tout finit bien.
Ce qui nous permet de nous rendre compte que, la première fois, à Carriacou, on a été sacrément arnaqués, car nous payons cette fois-ci 80 $ E.C., contre 500 la première fois... Il faut dire que le gars devant nous avait payé 350 $ sans sourciller...
Moralité : à Carriacou, ce sont des arnaqueurs professionnels !
Scrogneutedjeu...!
Le capitaine - qui a pourtant les nerfs en pelote - s’abstient d’ouvrir sa grande gueule, des fois que ça donne des idées au gars d’ici pour lui soutirer du fric !
On a un visa pour trois mois, donc on est peinards !
On s’empresse enfin de quitter Saint George, où il fait une chaleur abominable, pour aller mouiller à Grande Anse Bay. Ca ne casse pas des briques, mais c’est calme et il fait frais : on n’en demande pas plus !
La baignade qui suit nous fait un bien fou, et les petits pois “à la José” aussi !
Comme chantait Baloo dans “Le livre de la jungle” : il en faut peu pour être heureux...!