247 - Pétole, méduses et mangrove
16 août 2013 - St David’s Harbour - Calivigny Harbour - Grenade
Des bruits inquiétants nous réveillent dans la nuit. Quelque chose tape sur la coque. Mais quoi ?
Un coup d’oeil aux alentours nous rassure : on n’a pas bougé. Alors ? Impossible de distinguer quoi que ce soit.
Impossible de respirer non plus. Il fait une chaleur suffocante. On a l’impression de dormir dans un four. Un vrai, un traditionnel, pas un micro-ondes !
Une fois l’astre du jour apparu, le mystère est levé : il y a une épave à quelques mètres de Kouunji ! On ne l’avait pas vue hier (l’eau est trouble et verte), et, au gré des mouvements du bateau, on l’a touchée (sans dégâts) à plusieurs reprises.
C’en est fini de Grenville, nous levons l’ancre pour longer, au moteur et sous foc seul, pour cause de pétole avérée, la côte Sud de Grenade. On ne s’y hasarde que parce qu’il n’y a pas un souffle de vent, et peu de houle.
Ce coin là, lecteur chéri, te ferait trembler comme une feuille en songeant à tes navigateurs préférés, car il est farci de récifs, de hauts fonds, et la navigation y est extrêmement périlleuse.
On n’dit pas ça pour faire les mariolles, mais depuis la mésaventure à la sortie des Tobago Cays, on a redoublé (et même quadruplé, si ce n’est sextuplé, voire décuplé...) notre niveau de vigilance, ce qui est l’attitude qui convient dans ces parages.
T’as qu’à voir à quoi ça ressemble !
Notre première halte se fait à St David’s Harbour, un mouillage qui ne paye pas de mine, mais qui jouit du premier avantage qu’on demande à un mouillage : être abrité de la houle !
Enfin, qui ne paye pas de mine... Regarde, et tu nous diras si t’es d’accord... Comme tu le sais déjà, si t’es pas d’accord avec nous, c’est pas grave !
L’inconvénient, c’est que c’est farci de méduses ! On essaye de les trucider au harpon, mais autant essayer d’assommer un éléphant en lui jetant des chamallows à la tête ! Alors pour la baignade, c’est comme pour les carottes : c’est râpé !
Le pimousse se met aux fourneaux, pendant que le capitaine et les p’tits vont à terre, et en particulier au chantier naval, pour s’informer sur les tarifs du grutage.
Après les attouchements que les récifs ont pratiqué sur Kouunji (les récifs sont des pervers, c’est bien connu...), il est plus sage de prodiguer à notre fier navire des soins certes mineurs, mais indispensables, que de différer des travaux qu’il faudra de toute façon réaliser un jour ou l’autre.
Il n’y a rien d’urgent, mais pourquoi ne pas le faire ici ? Bonne idée, car le grutage ici vaut un peu plus de 200 €. Contre presque 1.000 € en Martinique...
Cherche l’erreur !
Nantis de ces précieux renseignements, et le ventre bien rempli, nous poursuivons notre exploration de la côte Sud de Grenade, qui est un peu angoissante : les fonds passent de 20 à 2,5 mètres de profondeur régulièrement, sans aucun signe annonciateur habituel (crêtes d’écume, houle atypique...).
Autant te dire que, quand on voit le sondeur afficher des chiffres pareils, on serre les fesses et on vérifie toutes les 10 secondes sur la carte qu’on est au bon endroit !
Notre nouveau skipper s’acquitte de sa tâche comme il se doit, c’est à dire bien, et, avec l’aide précieuse du traceur, sur lequel nous positionnons des points de passage obligés qui nous permettent de slalomer entre les hauts fonds sans problème, nous atteignons notre second mouillage du jour : Calivigny Harbour.