37 - Un avant goût d'enfer
On ne s’inquiète pas, hein...? Si on vous raconte ça, c’est qu’on en est sortis...! Mais p..., qu’est ce qu’on en a ch...!
Vendredi 25, on quitte Carthagène, qui commence à nous sortir par les yeux, avec des fourmis dans les voiles, parce qu’on en a soupé de rester scotchés au port. Certes, on a mis tout ce temps à profit pour s’occuper de notre fier Kouunji, qui, comme une femme, requiert toutes les attentions.
Sauf que lui, il est absolument interdit de le négliger sous peine de naufrage !
Une femme aussi, mais n’entrons pas dans un débat sans fin, vu que ça a commencé à chauffer entre le pimousse et le capitaine sur ce sujet ô combien délicat !
Le temps est beau, le vent faible mais portant, et nous nous félicitons d’avoir eu la sagesse de patienter pour bénéficier enfin d’une météo à la fois clémente et favorable.
Le capitaine règle les voiles comme il se doit...
Nos félicitations sont néanmoins de courte durée, tout comme le vent favorable qui, après une trop brève apparition d’une paire d’heures, va voir sous d’autres latitudes s’il ne serait pas bon de souffler aussi.
Nous sommes bien obligés de faire avec et de faire appel aux jumeaux Yanmar, qui, sans le savoir, entament alors une cavalcade d’une vingtaine d’heures...
Car, la météo ayant décidé de persister dans son rôle de “prédis moi je ferai le contraire”, alors que le vent est censé reprendre doucement le long des côtes et la mer rester calme, nous continuons au moteur en pensant que ce ne sera que transitoire.
Monumentale erreur, comme disait Schwarzenegger dans le cultissime “Last Action Hero”, un film débile que le capitaine vous recommande, et qui, à défaut de parfaire votre culture, vous détendra les neurones et les zygomatiques.
En réalité, il se passe exactement le contraire !
Pendant la journée, la mer reste très belle, et nous en profitons pour prendre notre premier repas en mer. Vous pourrez constater grâce à la magnifique photo ci-dessous que les mets délicats et raffinés que nous avons dégusté à cette occasion sont dignes de figurer en bonne place dans le “Petit Guide du Parfait Gourmet” : tomates, salade, oeufs mayo, sauciflard, saucisses de Strasbourg crues et Coca millésime 2008 !
On progresse et le moral est bon, bien que la fatigue commence à se faire sentir, mais si le mer reste aussi tranquille, comme dirait Kika ; “ça va d’aller !”
On s’offre à nouveau et pour pas un rond un coucher de soleil somptueux qu’on ne voit que dans les westerns avec John Wayne, sauf qu’il n’y a pas John Wayne, mais seulement nos frimousses...! Et puis, qu’est ce que John Wayne viendrait foutre ici, hein ?!
Nous débordons au début de la nuit le Cabo Gata (le Cap de la Chatte, ça ne s’invente pas...) et soudainement, tout se complique. Ah, tiens...?
La houle, inexistante depuis notre départ, et qui nous avait donné l’illusion qu’on naviguait sur un lac, arrive brusquement sous nos étraves, aussi hachée qu’un steak du même nom, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, nous malmène durement.
Il y a deux options à ce moment là. Soit on bifurque à tribord, et on gagne Almeria, qui n’est pas tout proche, mais qui nous permettrait de nous reposer en attendant que ça s’arrange. Soit on continue, en pensant que cette houle abrupte est due aux hauts fonds sur lesquels nous nous trouvons et qu’elle va s’adoucir dans quelques milles.
Nous choisissons la seconde, qui a l’avantage de nous faire avancer, mais qui va avoir l’inconvénient majeur de nous en faire voir de toutes les couleurs !
Parce que jusqu’à présent, si tu te rappelles, ô lecteur chéri-adoré-joli, on en a bavé entre Ibiza et l’Espagne, et quasiment à chacune de nos navigations, pour cause de mer désordonnée et confuse.
Mais alors là...! De minuit jusqu’à midi le lendemain, soit, si tu as bien compté, douze heures non stop, on va être chahutés par la houle comme jamais on ne l’a été.
Les creux ne sont pas gros, mais ils sont rapprochés, de sorte que Kouunji n’a pas encore fini de plonger derrière une vague qu’une autre le soulève, il est comme un pantin totalement désarticulé sur lequel les vagues cognent de toutes parts.
Le bruit est infernal, ça tape sous la nacelle, sur les flotteurs, et le vent ne nous vient pas en aide, bien au contraire, puisqu’il se remet à souffler pile poil face à nous.
Parfois, le vent casse les vagues, et aplanit la surface de l’eau. Ici, il n’en est rien. La seule chose qui casse, c’est la vaisselle à l’intérieur du bateau.
On débute nos quarts, et le pimousse réussit malgré tout à dormir un peu malgré ces conditions insupportables, pendant que le capitaine veille au grain.
Mais à quoi bon ?
Depuis notre départ de Port Leucate, nous avons croisé en tout et pour tout UN SEUL voilier ! Et encore... Il partait comme nous se réfugier à l’approche de la tempête de la semaine dernière...!
La veille reste cependant indispensable, puisque les cargos et les ferries, eux, n’ont pas déserté les flots...
Au petit matin, le constat est amer. Certes, on a progressé, et bien même, mais à quel prix ? Nous sommes exténués, la mer ne se calme pas, bien au contraire, et c’est certainement ce qui fatigue le plus : la constance de la chienlit !