44 - On se prépare
Il paraît que l’un des maîtres mots en matière de navigation à la voile, c’est anticipation. On veut bien le croire...
Qui veut voguer loin prévoit tout ce qu’il peut lui arriver.
Tout prévoir, c’est peut être un peu optimiste, car par définition, quand on a une tuile, on est souvent confronté à ce qu’on n’avait pas prévu...
Nous tentons néanmoins de mettre toutes les chances de notre côté pour notre première grande traversée (600 milles) qui démarrera demain, la pétole ayant décidé de prolonger son séjour sur le Rocher et aux alentours immédiats.
En marins un peu plus aguerris, nous mettons à profit ce temps pour parfaire l’état de Kouunji, qui se montre toujours aussi désireux de soins divers et variés.
Ca commence avec Kevin, “the king of mechanics” de Gibraltar, qui revient à bord ce matin avec une nouvelle qui nous glace d’effroi : la petite goupille de rien du tout qui a cassé et qui rend inutilisable le moteur bâbord, il ne l’a pas en stock.
Elle n’est pas disponible chez Yanmar en Grande Bretagne, il faut donc la commander à la maison mère, c’est à dire... au Japon !
Temps approximatif pour obtenir la pièce, référencée chez Yanmar sous le numéro 22301 - 040250 : trois semaines...! Oh p...!
Kevin, qui a décidément un humour très british, se fend la poire de voir la tronche décomposée du capitaine, et exhibe très fièrement la pièce qu’il a lui même usinée pour remplacer la goupille défaillante.
Bref, c’est réparé, remonté en deux temps trois mouvements, et du coup, on paye un coup à Kevin qui ne se fait pas prier pour basculer le caoua préparé par les frenchies ! Il reste british jusqu’au bout puisqu’il y ajoute un nuage de lait, et touille la mixture avec le petit doigt en l’air...!
Il pourrait aller prendre le p’tit déj chez la Queen Elizabeth, même avec son bleu de travail (qui est rouge) plein de cambouis, il ne dépareillerait pas...!
Après quoi le capitaine s’attelle au remontage du balcon arrière bâbord, celui-là même qu’on a fait ressouder hier, il s’applique et tout est remis en place, avec joints au Sika et tout ce qu’il faut pour être enfin peinards de ce côté là.
Le capitaine étant quelqu’un de consciencieux, il se dit que ce ne serait pas superflu de jeter un oeil au balcon tribord, lequel, pour ne pas être en reste, déclare lui aussi une patte de fixation pulvérisée par l’oxydation...! Et ben voyons...!
Re-démontage, re-transport chez Gibstainless, et là, le capitaine le fait à la british.
Il avise le gars qui nous a fait la première soudure, et, avec son meilleur accent d’outre-Manche, lui dit avec un air sévère : “you did a very bad work !”
Vous auriez vu la trogne du gars, les amis...! Il bredouille, se confond en excuses, demande, interroge, prie, supplie le capitaine de lui expliquer le pourquoi du comment.
Et, avec le même sourire que Kevin deux heures avant, le capitaine lui balance un “no, it’s a joke, this one is the other side !”
Le gars est tellement rassuré qu’il pousse un “ouf” (ouais, même en anglais ça fait “ouf”) de soulagement tellement puissant que tous les voiliers qui sont au même moment dans le détroit tout proche le traversent aussi sec !
Shaun, c’est son p’tit nom, se fend la poire, et trouve que finalement, les frenchies sont pas si désagréables que ça, et digère un peu mieux la dernière branlée qu’on a foutu aux Rosbifs lors du dernier tournoi des VI Nations...!
De retour au bateau en attendant que Shaun soude ça, le capitaine planifie et prépare la navigation de demain, pendant que le pimousse se détend...
Pour vous faire partager son travail, le capitaine s’est mis en quatre, et si ça vous intéresse, s’en va de ce pas vous résumer le boulot auquel il se livre (sans frais de port).
Regardez avec attention les photos, c’est comme si vous y étiez !
Primo, il faut examiner la carte avec le plus grand soin, pour y déceler d’éventuels dangers.
Deuxio, il faut la lire avec attention puisque toutes les indications sont données concernant les courants de marée, qui sont très forts dans le détroit de Gibraltar, et il faut donc caler le départ sur la marée descendante, faute de quoi même avec un vent favorable, on fera du sur place.
Tercio, il faut examiner les fichiers Grib, c’est à dire des fichiers météo qui donnent avec précision la force et la direction du vent.
Enfin, il faut analyser comment va se comporter la houle, et recouper toutes ces informations avec les données standard qu’on retrouve dans les bibles du grand voyage que sont les ouvrages de Jimmy Cornell, “Routes de Grande Croisière” et “Escales de Grande Croisière”.
Quand vous ajoutez à tout ça que nous disposons des Instructions Nautiques qui donnent toutes les spécificités selon les saisons, et de la cartographie électronique, vous ne pouvez plus avoir peur pour nous, pas vrai ?
En plus, on ira tailler une bavette avec les gars de la capitainerie, ils auront sûrement un ou deux tuyaux à nous refiler...!
Allez, pas d’inquiétude, demain on largue les amarres, et vous notez qu’on vous tient informés jusqu’à la dernière minute...! Qu’est ce qu’on est gentils, quand même !
Rendez vous dans quelques jours, puisque les prochaines news arriveront directement de Lanzarote !
Là, ça va commencer à faire loin !