45 - Réflexions
Au large de l’Afrique, nous prenons toute la mesure de l’ampleur du “défi” que nous nous sommes lancé.
Défi est peut être un grand mot, car nous avons l’humilité d’admettre que ce que nous faisons n’est pas un exploit, en ce sens que bien d’autres l’ont fait avant nous, avec du matériel bien moins fiable.
Quand nous parlions de notre voyage, il était si simple de dire : “d’abord on descend à Gibraltar, puis Les Canaries...”
Deux secondes pour le dire. Plus d’un mois pour le faire. Parler et agir.
Alors que nous voguons précisément vers les Canaries, ce qui constitue notre plus grande traversée jusqu’à ce jour, le temps prend une autre dimension. Il s’égrène avec une lenteur infinie, toute comme notre progression, que nous voudrions plus rapide, et qui, se faisant à la voile avec la complicité aléatoire des éléments, joue avec notre patience.
L’Atlantique ne nous a pas reçu à bras ouverts, c’est le moins qu’on puisse dire. On s’est même demandé s’il n’avait pas fait un concours avec la Méditerranée pour savoir lequel des deux nous em...derait le plus !
On laisse derrière nous Gibraltar avec ses yachts somptueux et ses cargos gigantesques qui font quand même un peu peur quand tu croises leur route, mais on ne perd pas l’occasion de faire les pleins avec un litre de gasoil à 0,90 cts...!
Ca fait rêver, hein ?
Sortir du détroit a été un peu plus compliqué que d’y entrer, pour la simple et bonne raison qu’un fort vent contraire paraissait déterminé à nous faire poireauter encore un peu, et même à nous faire retourner sur la grande bleue si chère à Tino Rossi.
Comme notre périple passe par d’autres latitudes, nous avons fièrement vendu notre peau, et on s’en est pas mal tirés, puisqu’en fin d’après midi, après avoir largement débordé Tarifa et profité du courant portant à l’Ouest le long de la côte espagnole, nous mettons cap au Sud, direct sur les Canaries.
Entre temps, on achève un poulet grillé qui n’a pas résisté à la ténacité du capitaine. Il faut dire que la mer, ça creuse...!
Ca faisait une demi heure qu’on se réjouissait d’être au portant que le vent se met à tourner...!
Ca nous a rappelé l’époque des speakerines. Ca avait de la gueule, ça, une speakerine. La demoiselle arrivait, jolie, pomponnée, souriante, tellement mimi tout plein que t’avais envie de l’épouser et de lui faire deux gosses, et elle te disait ce qui t’attendait sur le petit écran avec une voix tellement mielleuse que tu aurais regardé n’importe quoi juste pour lui faire plaisir, à cette petite chérie !
Et bien là, en guise de speakerine, on a eu un foutu vent de Sud Ouest, qui nous a dit, avec une voix pas mielleuse du tout : ce soir, vous allez en baver, et vous allez tirer des bords toute la nuit !
Ce qui fut en effet fait (...) par le valeureux capitaine, pendant que le pimousse ronflait sec !