46 - Le début du pire
La météo nous avait annoncé du portant modéré. La météo s’est planté. Ah tiens...?
La première nuit océanesque (on emploie les mots qu’on veut même si ce sont des néologismes...!) s’égrène paisiblement, si ce n’est la contrainte de tirer des bords de près. La mer est calme, heureusement, et ça se passe plutôt bien.
C’est le pimousse qui est enchanté de se réveiller au matin (enfin, se réveiller, encore faudrait il avoir dormi...) en constatant que nous avons bien progressé. En effet, ce sont 120 milles de parcourus en une journée, ce qui est une bonne moyenne avec ces vents contraires.
Mais le souci, c’est que le vent a encore tourné, et qu’il souffle désormais pile poil dans la direction où nous souhaitons aller.
Et bien, c’est parfait, nous direz vous ?
Que nenni ! répondons nous...
Il faut que tu saches, ô toi notre lecteur-chéri-adoré-qu’on-aime-à-la-folie, que finalement, en bateau, la marge de manoeuvre est assez réduite, pour être à des allures vraiment intéressantes.
De 0 à 50 degrés du lit du vent, tu ne peux rien tirer d’un catamaran, qui est absolument réfractaire au près serré, et au près tout court. De 50 à 70 degrés du vent, on dit qu’on est au près bon plein. Là, c’est un peu mieux, mais le bateau tape et dérive beaucoup, tout en avançant lentement. De 70 à 100 degrés du vent, c’est franchement bon, on est vent de travers, et c’est souvent à cette allure là que Kouunji avance le plus vite. De 100 à 130 degrés du vent, on est au petit largue, et c’est encore acceptable, bien que les performances se réduisent un peu... De 130 à 180 degrés du vent, on est au grand largue ou vent arrière, et, paradoxalement, c’est une allure qui ne convient pas vraiment à un catamaran moderne, et qui est de surcroît très piégeuse.
Vent arrière, donc, on fait ce qu’il faut pour avancer au mieux, c’est à dire qu’on tire des bords de largue : au lieu d’aller tout droit dans le sens du vent, on fait des zigzags avec, entre chaque bord, un empannage en règle, pour virer de bord vent arrière.
Quand on a eu fini de faire ça au bout d’une journée, on en avait franchement plein le dos, ce d’autant que le ciel était gris, le premier - et seul - jour de mauvais temps depuis notre départ...
La grand voile aussi, qui s’est déchirée... Oh, pas grand chose, mais à la prochaine escale, il faudra réparer ça, et sérieusement, parce qu’une grand voile en lambeaux, ça compliquerait un peu les choses pour la traversée de l’Atlantique, mais surtout, ce serait moche, et nous autres français qui sommes les champions du monde de l’élégance, on a un rang à tenir hors de nos frontières, que diable !
C’est l’une des raisons pour lesquelles on lave nos petits pieds jolis à la lingette, car faire sa toilette dans des conditions pareilles requiert des talents d’acrobate dont nous sommes hélas dépourvus...!
Et puis, après deux jours de mer, il est nécessaire de faire un petit brin de nettoyage, faute de quoi le mal de mer pourrait être accru par des odeurs corporelles anti-érotiques...
On a beau être en mer, il faut toujours penser à séduire l’autre ! Toujours !